Cancer du sein RH+HER2- et sein localisé

Publié le 22 sept. 2026 à 16:37
Article paru dans la revue « AERIO / RIO » / AERIO - RIO N°11

Les abstracts qu'il ne fallait pas manquer

Étude SAKK 96/12 REDUSE : Prevention of symptomatic skeletal events with reduced denosumab dose density (Q12w vs Q4w) – Von Moos et al., ASCO presentation 2026

  • Patients concernés : Cette étu­de a inclus des patients suivis pour un cancer du sein avec au moins trois localisations osseuses métastatiques ou pour un cancer de la prostate résistant à la castration présentant des métastases osseuses.

  • Design : Il s'agissait d'un essai de phase III de non-infériorité. Les patients étaient randomisés en 1:1 entre le Denosumab administré toutes les 12 semaines au schéma standard toutes les 4 semaines. La randomisation était stratifiée sur le type de cancer, le performans status, le pays et la fonction rénale.

    Les patients recevaient également une ­supplémentation quotidienne à base de 500 mg de calcium et 400 UI de vitamine D. Le critère de jugement principal était le délai avant le premier événement osseux symptomatique.

  • Résultats clés : 1380 patients ont été inclus dont 56,9 % avec un cancer du sein (392 randomisées dans le schéma toutes les 12 semaines et 390 dans le schéma toutes les 4 semaines). L'administration du Dnosumab toutes les 12 semaines était non inférieure au schéma toutes les 4 semaines avec un délai médian jusqu'au premier événement osseux symptomatique de 56,5 versus 56,6 mois (HR = 1,023). Le schéma espacé était également associé à une diminution de la survenue d'hypocalcémie ou d'ostéonécrose de la mâchoire.

  • En pratique : Ces résultats suggèrent qu'un espacement des injections de Denosumab à 12 semaines permet de maintenir l'efficacité tout en améliorant la tolérance et en réduisant les coûts de prise en charge. Ce schéma pourrait devenir un nouveau standard de traitement de support dans le cancer du sein métastatique osseux nécessitant du Denosumab.

Étude OPTIMA : First results from the OPTIMA phase III randomized non-inferiority trial of test-directed chemotherapy in patients with high clinical risk ER-positive HER2-negative early breast cancer – Stein et al., JCO 2026

  • Patients concernés : L'étude a inclus des patientes de plus de 40 ans suivies pour un cancer du sein précoce RH+/HER2- opéré présentant un risque ­clinique élevé (0 à 9 ganglions atteints ou tumeur supérieur ou égale à 3 cm si N0) et n'ayant pas reçu de chimiothérapie néoadjuvante.

  • Design : Il s'agissait d'une étude de phase III de non-infériorité ayant randomisé les patientes en 1:1 entre une stratégie standard de chimiothérapie suivie d'hormonothérapie et une stratégie guidée par le test génomique Prosigna. Les patients avec un score Prosigna supérieur à 60 recevaient une chimsiothérapie suivie d'hormonothérapie, tandis que ceux avec un score inférieur ou égale à 60 recevaient une hormonothérapie seule. Le critère de jugement principal était la survie sans cancer invasif à 5 ans.

  • Résultats clés : 4429 patientes ont été incluses (2215 dans le bras standard et 2214 dans le bras guidé par le test). Pour un suivi médian de 3.9 ans, la survie sans maladie invasive à 5 ans était de 91,5 % dans le bras guidé par Prosigna contre 90,4 % (HR=0.99, p=0.013 donc non inférieur). Chez les patients présentant un Prosigna inférieur ou égal à 60, la survie sans maladie invasive à 5 ans était également non inférieure, avec des taux respectifs de 94,9 % et 93,7 % (HR = 1,06 ; p = 0,0051). Ces bénéfices étaient retrouvés quels que soient le statut ménopausi­que ou ganglionnaire.

  • En pratique : Chez les patientes opérées pour un cancer du sein RH+/HER2- présentant un score Prosigna inférieur ou égal à 60, la désescalade vers une hormonothérapie seule paraît légitime.

Étude SERENA-6 : First-Line Camizestrant for Emerging ESR1-Mutated Advanced Breast Cancer – Bidard et al., NEJM 2025

  • Patients concernés : Cette étude a inclus des patientes atteintes d'un cancer du sein métastatique RH+/HER2- présentant une mutation ESR1 détectée sur ADN tumoral circulant sans progression clinique après au moins six mois de traitement par inhibiteur de l'aromatase associé à un inhibiteur de CDK4/6.

  • Design : Il s'agissait d'un essai de phase III de supériorité ayant randomisé les patientes entre un switch précoce de l'inhibiteur de l'aromatase vers le Camizestrant tout en poursuivant l'inhibiteur de CDK4/6 ou la poursuite du traitement standard par inhibiteur de l'aromatase associé à l'inhibiteur de CDK4/6. Le critère principal était la survie sans progression évaluée par l'investigateur.

  • Résultats clés : Au total, 315 patientes ont été randomisées (157 dans le bras ­Camizestrant vs 158 dans le bras inhibiteur de l'aromatase). Le Camizestrant a montré une amélioration significative pro­longé de la survie sans progression de 16,0 contre 9,2 mois (HR=0.44, pinférieur à0.0001) avec un bénéfice observé dans tous les sous-groupes. La survie sans 2ème progression était en faveur du Camizestrant mais non significative au seuil de 0.0001. Le délai avant mise en place d'une chimiothérapie avant dégradation de la qualité de vie étaient également allongés dans le bras Camizestrant. Une clairance du ctDNA était observée chez 51% des patients. La survie globale était encore immature mais pour l'instant non significative bien qu'en faveur du bras Camizestrant. Les effets indésirables étaient principalement hématologiques. Il y avait 60 % d'effets indésirables de grade 3 dans le bras à l'étude mais peu d'arrêts pour toxicité.

  • En pratique : Le switch de l'inhibiteur de l'aromatase vers le Camizestrant en cas de mutation ESR1 sur le ctDNA semble améliorer la survie sans progression et la qualité de vie. Les résultats de survie globale sont encore attendus, mais cette stratégie pourrait rapidement modifier les standards thérapeutiques.

Au-delà des incontournables

ENOMAC, omission du curage axillaire complet dans le cancer du sein avec macrométastase ganglionnaire sentinelle, Overall survival and patient-reported arm morbidity from the randomized SENOMAC trial – de Boniface et al., JCO 2026.
Phase III (n = 2 540), curage complet vs abstention après macrométastase(s) sur ganglion sentinelle. Non-infériorité confirmée en SG à 5 ans (94,4 % vs 93,4 %, HR = 0,89), avec nette réduction de la morbidité du bras sans curage. Élargit la population pouvant éviter le curage complet, y compris mastectomies et tumeurs T3.

VIKTORIA-1, gedato­lisib + fulvestrant ± palbociclib dans le cancer du sein RH+/HER2-/PIK3CA sauvage – Hurvitz et al., JCO 2026.
Phase III (n = 392) après échec CDK4/6i. Bénéfice majeur en SSP avec le triplet (9,3 vs 2,0 mois ; HR = 0,24). Première validation du ciblage PI3K/AKT/mTOR indépendamment du statut PIK3CA, ­ouvrant une option ciblée après CDK4/6i pour une population sans alternative validée.

PersevERA BC, giredes­trant + palbociclib vs létrozole + palbociclib en 1ère ligne du cancer du sein ER+/HER2- – Jhaveri et al., ASCO 2026.
Phase III (n = 992). Amélioration numérique de la SSP avec giredestrant (33,1 vs 28,2 mois) mais ­objectif principal non atteint (HR = 0,89 ; p = 0,155). Signal d'activité encourageant, développement du giredes­trant poursuivi dans des populations plus résistantes.

Cancer du sein RH+HER2- et sein localisé

Jeanne DUVAL

Publié le 1790087835000