
Si l'ASCO 2026 n'a pas révolutionné la prise en charge des cancers ORL, plusieurs études permettent d'affiner les pratiques, notamment concernant les indications de radiothérapie adjuvante dans les carcinomes épidermoïdes de la cavité buccale ou la place du carboplatine dans les carcinomes non kératinisants du nasopharynx.
En parallèle, plusieurs essais de phase précoce apportent des preuves de concept prometteuses, notamment autour de la vaccination thérapeutique chez les carcinomes épidermoïdes HPV+ et le ciblage de MYB dans les carcinomes des glandes salivaires. Enfin, comme souvent, les équipes indiennes occupent une place importante dans ce congrès, reflet du poids majeur des cancers des VADS dans ce pays.
Les abstracts qu'il ne fallait pas manquer
Étude OrigAMI-4 cohorte 1 : Amivantamab après progression sous chimio et immunothérapie des carcinomes épidermoïdes récurrents/métastatiques HPV négatifs (Burtness et al, NCT06385080)
Patients concernés : Patients atteints d'un carcinome épidermoïde des VADS HPV négatif, récidivant/métastatique, en progression après une chimiothérapie à base de platine et une immunothérapie. Les patients ayant déjà reçu un traitement anti-EGFR étaient exclus.
Design : Essai multicentrique de phase II monobras évaluant l'amivantamab (anticorps bispécifique EGFR/MET) sous-cutané en monothérapie.
Résultats clés : 102 patients ont été inclus, avec un suivi médian de 9 mois. Taux de réponse objective à 47 % (dont 4 réponses complètes) et survie sans progression médiane à 6,8 mois. Le profil de tolérance était conforme aux toxicités attendues, avec 6 % d'arrêt de traitement liés aux effets indésirables.
En pratique : Les résultats sont particulièrement encourageants chez ces patients dont les possibilités thérapeutiques sont limitées après chimiothérapie et immunothérapie. Les premières données des autres cohortes d'OrigAMI-4, évaluant l'amivantamab en association avec le pembrolizumab (ORR 56 %, PFS 7,7 mois) ou avec le paclitaxel (ORR 64 %, PFS non atteinte), sont également prometteuses. Ces résultats devront être confirmés dans des essais comparatifs.
Étude MACE postop : Essai indien académique, CTRI/2017/02/007777
Patients concernés : Carcinomes épidermoïdes de la cavité buccale de stades II à IV sans récidive 1 à 2 mois après chirurgie et traitement adjuvant.
Design : Essai multicentrique indien de phase III en ouvert comparant une chimiothérapie métronomique (methotrexate 15 mg/m2 hebdomadaire associé au celecoxib 200 mg matin et soir) pour 18 cycles de 28 jours) à une surveillance seule.
Résultats clés : La survie globale à 2 ans était à 79 % versus 70 % (HR 0,76, p.13) sans différence statistiquement significative. La PFS était plus importante, à 77 % vs 68 % (HR 0,72, p.044). Une diminution du risque de récidive métastatique (8,4 % vs 14,4 %) et de second cancers (1,5 % vs 3,8 %) a également été observée. Le bénéfice semblait plus marqué chez les patients avec un envahissement ganglionnaire ou une maladie de stade IV.
En pratique : Bien que non statistiquement significatif pour la survie globale, cet essai suggère un gain en survie sans progression, évolution métastatique et de second cancer, et a un intérêt dans les pays avec difficulté d'accès à l'immunothérapie. L'intérêt de ces résultats dans un pays comme la France où le pembrolizumab périopératoire vient d'avoir une autorisation d'accès précoce est limitée.
Étude AREST : Abstract d'un essai indien présenté par Nair et al ; Radiothérapie adjuvante chez les patients avec carcinome épidermoïde de la cavité buccale de risque intermédiaire (CTRI/2017/07/009114)
Patients concernés : Carcinomes épidermoïdes de la cavité buccale pT1-T2 N0 après une chirurgie R0 avec au moins 1 facteur de risque intermédiaire : profondeur d'invasion de 5 à 10 mm (DIO 5-10 mm), invasion périnerveuse, emboles lymphovasculaires, faible différenciation tumorale.
Design : Phase 3 randomisée, radiothérapie adjuvante (60 Gy en 30 fractions sur 6 semaines) du lit opératoire et des aires ganglionnaires versus surveillance seule.
Résultats clés : n=392, suivi d'un peu moins de 4 ans. Survie sans récidive locorégionale à 3 ans significativement en faveur du bras radiothérapie : 91,1 % versus 80,9 %, HR 0,43, 95 %IC (0,23-0,80) ; p.008 %. Le gain était particulièrement marqué pour les tumeurs de la langue mobile. En revanche, pas de différence significative en termes de DFS et de survie globale.
En pratique : Jusqu'à présent, chez ces patients à risque intermédiaire, les recommandations reposaient principalement sur des données rétrospectives : en France, on propose une radiothérapie adjuvante au cas par cas chez ces malades, en fonction la présence d'emboles lymphovasculaires et d'engainements périnerveux. L'essai AREST indique l'intérêt d'une radiothérapie adjuvante sur la diminution du risque de récidive locorégionale ; qui ne s'accompagne pour l'instant pas d'une amélioration de la DFS ou de l'OS.
Étude NCT-03919552 : Essai chinois, comparant la chimiothérapie d'induction puis concomitante à la radiothérapie à base de carboplatine versus cisplatine
Patients concernés : Patients de 18 à 65 ans atteints de carcinomes non kératinisant du nasopharynx (ex UCNT) de stades III-Iva
Design : Essai multicentrique chinois de phase III randomisé de non infériorité. La marge de non-infériorité était fixée à 10 % sur la failure-free survival (FFS) à 3 ans. Les patients recevaient 2 cycles de chimiothérapie d'induction à base docetaxel et de carboplatine ou de cisplatine suivi de 2 à 3 cycles de chimiothérapie concomitante à la radiothérapie.
Résultats clés : n=482. La FFS à 3 ans était de 85,7 % dans le groupe carboplatine versus 87,6 % dans le groupe cisplatine (HR 1,234, 95 % IC (0,744-2,045), concluant à la non-infériorité du carboplatine dans cette indication. Les résultats de survie globale, de contrôle locorégional et métastatique était comparable dans les 2 groupes. Comme attendu, le carboplatine présentait un profil de tolérance plus favorable, avec moins de neutropénies, d'anorexie, de nausées-vomissements et de néphrotoxicité.
En pratique : Cet essai démontre la non-infériorité du carboplatine et conforte son utilisation chez les patients fragiles ou non éligibles au cisplatine. Ce dernier demeure cependant le traitement de référence chez les patients éligibles. Un suivi prolongé ainsi que des données chez d'autres populations (notamment européennes) sont nécessaires pour envisager un changement de pratiques.
Étude MYTHOS, cohorte 2 : Trastuzumab deruxtécan (T-DXd) dans les carcinomes des glandes salivaires récidivants/métastatiques HER2-low
Patients concernés : Patients atteints d'un carcinome des glandes salivaires récidivant/métastatique HER2-low(IHC 1+ ou IHC 2+/ISH−).
Design : Essai multicentrique de phase II, monobras, évaluant le T-DXd à 5,4 mg/kg toutes les 3 semaines. Le critère de jugement principal était le taux de réponse objective.
Résultats clés : 36 patients ont été inclus, dont 30 carcinomes canalaires salivaires. Le taux de réponse objective était de 38,9 %, inférieur à l'objectif préspécifié de l'étude (50 %), avec une survie sans progression médiane de 8,7 mois et une survie globale médiane de 24,8 mois. L'activité semblait essentiellement limitée aux carcinomes canalaires salivaires (ORR 46,7 % contre 0/6 dans les autres sous-types histologiques). Une pneumopathie interstitielle est survenue chez 25 % des patients, dont un décès lié au traitement.
En pratique : Bien que le critère principal de l'étude n'ait pas été atteint, ces résultats restent encourageants chez les patients atteints d'un carcinome canalaire salivaire HER2-low, une maladie rare et agressive pour laquelle les options thérapeutiques sont limitées. Le risque de pneumopathie interstitielle constitue toutefois une toxicité majeure nécessitant une surveillance étroite.
Au-delà des incontournables
NIVOPOSTOP (analyse post-hoc française) – Bourhis J, et al. (GORTEC), ASCO 2026 (Abstract 6000). L'essai avait montré un bénéfice en DFS du nivolumab adjuvant après chirurgie et radiochimiothérapie dans les carcinomes épidermoïdes des VADS à haut risque. Cette analyse post-hoc étudie l'impact de l'étendue du curage ganglionnaire sur l'efficacité du nivolumab. La DFS plus basse observée avec un curage bilatéral disparaissait après ajustement (stades plus avancés dans ce groupe). Le bénéfice du nivolumab était comparable entre curage unilatéral (HR 0,79 [0,50-1,26]) et bilatéral (HR 0,77 [0,57-1,03]). Analyse exploratoire apportant un premier élément de réponse sur l'influence du curage ganglionnaire sur l'efficacité de l'immunothérapie, question transposable à d'autres localisations.
Étude TMC-I – Shah MJ, Noronha V, Menon NS, et al. (Tata Memorial Centre), ASCO 2026 (Abstract LBA6007). Analyse à 4 ans d'un essai indien de phase III positif, évaluant l'ajout de nivolumab à faible dose (20 mg) à une chimiothérapie métronomique triple (méthotrexate, célécoxib, erlotinib) dans les carcinomes épidermoïdes des VADS récurrents/métastatiques (n = 151). Après 55,6 mois de suivi, bénéfice en SG maintenu (médiane 9,33 vs 6,60 mois ; HR 0,70 [0,506-0,994], p = 0,046). Résultats particulièrement pertinents pour les pays à accès limité à l'immunothérapie ; en France, ils ne changent pas les standards mais constituent une preuve de concept intéressante pour de très faibles doses d'anti-checkpoint.
Étude REM-422 – Ferrarotto R, et al. (essai ARIA, MD Anderson Cancer Center), ASCO 2026. Phase I/II du REM-422 (dégradeur oral de l'ARNm de MYB) dans les carcinomes adénoïdes kystiques récidivants/métastatiques à fusion MYB::NFIB (n = 69, dont 59 évaluables). Réduction tumorale chez 70 % des patients, réponse RECIST chez 42 %. Dose retenue pour la phase 2 : 24 mg/j ; tolérance correcte (épistaxis, fatigue, anémie grade 1-2). Preuve de concept prometteuse, malgré un effectif limité et un faible recul.
CD40.HVac – Marabelle A, Even C, et al. (Gustave Roussy), ASCO 2026 (Abstract 6018). Phase I/II française d'un vaccin thérapeutique (anti-CD40 fusionné aux antigènes HPV16 E6/E7) chez des patients en RC après traitement curatif d'un carcinome oropharyngé HPV16+ (n = 22). Aucun EI de grade supérieur ou égale à 3 ; réponse immunitaire spécifique durable jusqu'à 1 an (LT CD4+/CD8+ anti-E6/E7) ; aucune récidive à 1 an. Résultats encourageants mais à interpréter avec prudence, les vaccins thérapeutiques ayant rarement démontré de bénéfice clinique malgré une bonne immunogénicité.

Lila PHILIPPS

