
L'ASCO 2026 confirme une intensification thérapeutique croissante à tous les étages : en périopératoire du cancer de prostate localisé à haut risque (PROTEUS), en consolidation à long terme dans les tumeurs urothéliales (EV-302/KEYNOTE-A39), et en adjuvant dans le cancer du rein à haut risque (LITESPARK-022). Ces bénéfices s'accompagnent d'un surcroît de toxicité qui impose une sélection rigoureuse des patients et une vigilance biologique renforcée (anémie, neurotoxicité).
Les abstracts qu'il ne fallait manquer
Étude PROTEUS : Intensification par apalutamide en périopératoire du cancer de prostate localisé à haut risque. Mary-Ellen Taplin et al. J Clin Oncol 44, LBA1-LBA1(2026)
Patients concernés : Cancer de prostate localisé à haut risque, naïfs de traitement (majorité Gleason supérieur ou égale à8, PSA médian 14,8 ng/mL). Cette population présente un risque de récidive métastatique précoce élevé (micrométastases).
Design : Phase 3 internationale, randomisée en double aveugle, 2109 patients. Hormonothérpaie +/- Apalutamide (240 mg/j) périopératoire (6 mois néoadjuvant puis prostatectomie totale puis 6 mois adjuvant). RTE de rattrapage autorisée.
Résultats clés : Le premier co-CJP est le taux de pCR/MRD (lésion résiduelle inférieur ou égale à5 mm) qui est multiplié par 9 (8,9 % vs 1,0 %, OR=10,17 ; pinférieur à0,0001). Le co-CJP est la MFS (survie sans méta évaluée par TEP-PSMA + imagerie standard) qui est positif avec une réduction de 20 % du risque de méta/décès (HR=0,80 ; p=0,02). EFS médiane 57,1 vs 38,4 mois (HR = 0,71). Toxicité grade 3-4 majoré sous Apalutamide (39,6 % vs 31,0 %), rash cutané = 1er motif d'arrêt. Le bénéfice en MFS est principalement porté par la TEP-PSMA (imagerie conventionnelle seule : HR=0,84, non significatif).
En pratique : Premier essai de phase 3 à valider l'intensification systémique périopératoire autour de la chirurgie ; nouveau standard malgré la nuance méthodologique sur l'imagerie.
Étude EV-302 / KEYNOTE-A39 : Tumeurs urothéliales métastatiques : Données actualisées à 3,5 ans confortant le standard de première ligne (EV-pembro) Thomas Powles et al. J Clin Oncol 44, 4507-4507(2026).
Patients concernés : Carcinomes urothéliaux localement avancés ou métastatiques (laA/mUC), non préalablement traités, éligibles ou non au cisplatine.
Design : Phase 3, 886 patients randomisés entre Enfortumab Vedotin (ADC anti-Nectin-4) + Pembrolizumab vs chimio (platine + gemcitabine). Co-critères principaux : PFS et OS. Focus 2026 sur la profondeur de réponse à 42,8 mois de suivi médian.
Résultats clés : OS médiane 33,6 vs 15,9 mois (taux d'OS à 42 mois : 44,0 % vs 24,6 %, HR=0,53). Taux de réponse (ORR) de 67,5 %. OS à 42 mois de 83,6 % (HR=0,36) chez patients en réponse complète (CR). 20,1 % de répondeurs tardifs (conversion d'une réponse partielle en CR) avec un délai médian 4,3 mois. En L2 post-échec EV-Pembro, chimio par platine peu efficace (ORR 20,7 %, OS 10,9 mois). ~20 % des patients nécessitent une adaptation de dose (neuropathie cumulative, rash, hyperglycémie).
En pratique : Confirme le doublement de l'OS vs chimio historique ; justifie de maintenir le traitement au-delà de 6 mois même en l'absence de CR précoce, la conversion tardive offrant la même survie à long terme.
Au délà des incontournables
Cancer de la Prostate
TALAPRO-3 (Phase III) Neeraj Agarwal et al. J Clin Oncol 44, LBA5007-LBA5007(2026) : Enzalutamide +/- Talazoparib (iPARP) en L1 méta hormono-sensible (mHSPC), sélection sur altération des gènes HRR+. rPFS positif (HR=0,481), bénéfice max chez BRCA-mutés (HR=0,368) mais significatif aussi hors BRCA (HR=0,567). OS immature. Alerte tolérance : 51 % d'anémies grade supérieur ou égale à 3 entre S+3 et M+2 ++
DECIPHER (Validation Pronostique) Christopher Sweeney et al. J Clin Oncol 44, 5001-5001(2026) : Confirmation de la valeur pronostique indépendante du score génomique DECIPHER ; cutoff à 0,85 identifiant une population à très haut risque, biomarqueur d'intérêt pour guider les stratégies de dé/intensification.
ARACOG (AFT-47) Alicia K. Morgans et al. J Clin Oncol 44, 5005-5005(2026) : Comparaison de la neurotox centrale Darolutamide vs Enzalutamide (score MCCD à S+24 de TTT). Déclin cognitif plus marqué sous Enzalutamide (-36,1) que sous Darolutamide (-15,8). Biais de sélection important lié au crossover (Darolutamide pris en charge par l'essai, Enzalutamide à charge du patient) – à interpréter avec prudence.
Cancer du Rein
LITESPARK-022 (Phase III) Toni K. Choueiri et al. J Clin Oncol 44, LBA418-LBA418(2026) : ccRCC à haut risque : Pembrolizumab +/- Belzutifan (anti-HIF-2α) adjuvant après néphrectomie. DFS améliorée (HR=0,72), bénéfice concentré dans le sous-groupe de risque intermédiaire-haut (T2-T3, 85 % de la cohorte) ; pas d'effet chez très haut risque (T4/N+/M1 NED). Toxicité grade supérieur ou égale à 3 doublée (42 % vs 18 %), dominée par anémie/hypoxie.
RAMPART (Phase III Académique) James M.G. Larkin et al. J Clin Oncol 44, LBA4511-LBA4511(2026) : Durvalumab +/- Tremelimumab vs surveillance après chirurgie d'un RCC à risque intermédiaire/élevé. Durvalumab seul : signal positif, DFS à 3 ans 78 % vs 72 % (HR=0,74). Pas d'intérêt de l'ajout du Tremelimumab et majoration des tox immuno (colites/hypophysites grade supérieur ou égale à 3).

Léa JEHANNO

