
Pas de révolution à l'ASCO 2026 pour la prise en charge des gliomes, et en particulier des glioblastomes. Ni l'implant de carmustine ni l'adaptation du témozolomide, testés dans deux essais de phase 3, n'ont détrôné le bon vieux protocole STUPP +/- TTF. L'intérêt du vorasidénib chez les patients IDH mutés est confirmé.
En revanche, les essais explorant de nouvelles thérapies (implants locorégionaux, thérapies cellulaires, thérapies ciblées, vaccination) montrent des résultats préliminaires encourageants, reste à confirmer ces signaux dans des essais comparatifs de plus grande envergure, portant sur des cohortes plus larges et moins sélectionnées... stay tuned.
Les abstracts qu'il ne fallait pas manquer
MACS Study : Implant de carmustine dans les glioblastomes - Saito et al. J Clin Oncol 44, 2001-2001(2026).
Patients concernés : Glioblastomes nouvellement diagnostiqués, âgés de 20 à 75 ans, avec résection macroscopiquement complète.
Design : Phase 3, multicentrique, randomisé, japonais. 221 patients randomisés (110 bras contrôle / 111 bras expérimental) entre schéma conventionnel (Stupp) seul versus schéma conventionnel + implant de carmustine dans la cavité opératoire. Populations comparables entre les deux bras (âge médian 62-63 ans, nombre de cycles de TMZ adjuvant, proportion de patients sous TTFields).
Résultats clés : Absence de différence statistiquement significative sur le CJP (survie globale) : médiane 27,7 mois (bras expérimetal) vs 21,7 mois (bras contrôle), HR 0,91
[IC 0,69-1,19], logrank p=0,26. Pas de différence non plus en survie sans progression.En pratique : Résultat négatif qui renforce, avec les preuves de la classification histo-moléculaire actuelle, l'attitude déjà adoptée par de nombreux centres français de ne pas recourir systématiquement aux implants de carmustine chez les patients avec glioblastome réséqué.
MAGMA Study : Intensification du temozolomide dans les glioblastomes - Gedye et al. J Clin Oncol 44, 2004-2004(2026).
Patients concernés : Glioblastomes nouvellement diagnostiqués, réséqués, OMS inférieur ou égale à 2.
Design : Essai de phase 3, randomisé, multicentrique, australien, posant deux questions indépendantes : (1) intérêt du TMZ néoadjuvant (75 mg/m²/j, supérieur ou égale à1 semaine avant RT-CT) – 131 vs 122 patients randomisés ; (2) intérêt de l'extension du TMZ au-delà de 6 cycles (jusqu'à 12 cycles, 200 mg/m²/j J1-J5) – 146 vs 145 patients randomisés. RT selon fractionnement classique (60 Gy/30 séances) ou hypofractionné (40 Gy/15 séances).
Résultats clés : Sur les deux questions, absence de gain en survie globale (CJP). TMZ néoadjuvant : HR 1,18 [0,89-1,56], p=0,24 (médianes 16 vs 20 mois). Extension du TMZ à 12 cycles : HR 0,82 [0,63-1,06], p=0,13 (médianes 20 vs 18 mois).
En pratique : Ces résultats confortent les recommandations nationales actuelles du protocole Stupp : pas de TMZ néoadjuvant avant la radiochimiothérapie, et pas de bénéfice démontré à poursuivre le TMZ au-delà de 6 cycles en maintenance.
Au-delà des incontournables
INDIGO (actualisation) – Cloughesy et al. J Clin Oncol 44, 2010-2010(2026).
Essai de phase 3 vorasidénib vs placebo dans les gliomes grade 2 IDH1 mutés avec résidu ou récidive post-chirurgie seule. Avec suivi prolongé, médiane de SSP (CJP) à 44,1 mois vs 11,1 mois (placebo), effet surtout cytostatique à long terme car pas de réponse complète objectivée, 20 % de réponse partielle souvent à 2-3 ans de traitement. Il faut être patient avant de voir des signes de réponse à l'IRM, maladie évoluant lentement et régressant aussi lentement !! Profil de tolérance stable, toxicités hépatiques principalement en 1ère année.
Olaparib + RT-TMZ (OLA-TMZ-RTE) – Stefan et al. J Clin Oncol 44, 2005-2005(2026).
Essai de phase I/IIa dans les gliome grade 4 sans résection initiale : olaparib 100 mg x2/j 3x/semaine associé à RT-TMZ puis TMZ. Critère principal atteint (69,1% de survie à 12 mois), au prix d'une tox hémato notable (neutropénie GIII 22 %). Signal d'efficacité des inhibiteurs de PARP à confirmer en OS, résultats de la phase 3 attendus en 2027 (GLIOFOCUS, niraparib vs TMZ).
NeoVax + pembrolizumab – Ghannam et al. J Clin Oncol 44, 2006-2006(2026).
Vaccin peptidique personnalisé selon les neo-antigènes de la tumeur du patient (EGFR/NF1/TP53/PTEN...) associé au pembrolizumab (pour augmenter la réponse immunitaire intra-tumorale) dans les GBM en début de prise en charge opérés. Médianes de survie encourageantes (36,9 mois MGMT méthylé ; 19 mois non méthylé), effet possiblement plus marqué en administration précoce pendant ou juste après la RT. Population très sélectionnée, effectifs faibles : pas encore extrapolable en 1ère ligne large.
CAR-T bivalents EGFR/IL13Rα2 – Hollander et al. J Clin Oncol 44, 2013-2013(2026).
CAR-T intraventriculaires (Ommaya) ciblant EGFR et IL13 exprimés par la tumeur, dose unique sans lymphodéplétion, chez 18 patients en récidive de leur glioblastome. Toxicité aiguë systématique (CRS et/ou ICANS) mais peu de toxicité tardive ; SG médiane 12 mois, 28 % vivants à 18 mois. Action antitumorale réelle (8/13 réponses) mais transitoire, illustrant la résistance rapide.
INCIPIENT Study : Carv3-TEAM-E –Choi et al. J Clin Oncol 44, 2059-2059(2026).
CAR-T ciblant EGFRvIII + effet T-cell engager anti-EGFR sauvage, injections intraventriculaires +/- répétées. L'ajout d'une lymphodéplétion (fludarabine-cyclophosphamide ± rituximab) semble prolonger la persistance des CAR-T dans le LCR. Cohortes encore restreintes, mais piste intéressante pour limiter l'échappement immunitaire.
Implants de césium 131 + STUPP dans les glioblastomes - Chen et al. J Clin Oncol 44, 2011-2011(2026).
Essai de phase 2 de faisabilité : implants de césium 131 en cavité opératoire suivis de RT-TMZ standard. Tolérance jugée acceptable (45 % de grade supérieur ou égale àIII contre 38 % selon les auteurs pour le TTT standard), SG médiane 19,5 mois (MGMT méthylé) et 14 mois (non méthylé). Approche de RT in situ cohérente car 70 % des récidives des GBM sont locales, la question reste de savoir si on aura un gain en OS, la phase 3 est en cours aux US (essai BRIGES).

Alix CELARIER

