
Pendant l'internat, il y a quelques mots qui reviennent sans arrêt : ESMO, ESTRO… et surtout ASCO. On lit les abstracts, on écoute les « best of », on attend les résultats qui vont changer nos pratiques. Bref, l'ASCO, on en entend parler toute l'année. Mais le vivre sur place, c'est une tout autre histoire.
Dès l'arrivée à Chicago, on comprend qu'on ne joue plus tout à fait dans la même catégorie. Le McCormick Place est immense, les amphithéâtres sont gigantesques, les gens arrivent du monde entier et le programme est tellement dense qu'il faut parfois renoncer à trois sessions passionnantes pour en choisir une quatrième. Après deux jours, on ne regarde même plus le nombre de pas sur sa montre…
Ce qui m'a marqué, c'est surtout l'ambiance. Pendant quelques jours, on se retrouve entouré de dizaines de milliers de personnes qui parlent toutes… d'oncologie. Dans les files d'attente, devant les posters ou au café, on entend discuter d'immunothérapie, de KRAS, d'ADC ou de méthodologie. On a vraiment l'impression d'être plongé dans la communauté mondiale de notre spécialité. Il y a bien sûr les grands moments scientifiques. Assister en direct à la présentation du daraxonrasib dans le cancer du pancréas restera un souvenir fort. À la fin, toute la salle s'est levée pour une standing ovation, et quelques heures plus tard l'étude faisait déjà la une du New England Journal of Medicine et de nombreux médias internationaux. C'est le genre de moment où l'on a le sentiment d'assister à un petit morceau d'histoire de l'oncologie.
Et puis il y a tout le reste. Les discussions avec les collègues français, les rencontres avec des chercheurs dont on ne connaissait jusque-là que le nom sur PubMed, les kilomètres parcourus dans les allées du congrès ou les repas passés à refaire les sessions de la journée. Je garderai aussi un excellent souvenir de cette pause déjeuner devant la finale de la Ligue des champions, depuis le lieu du congrès face au lac Michigan, entouré de plusieurs de mes PU (je ne citerai pas de noms !). Ce n'est pas vraiment une scène qu'on imagine vivre en début d'internat… et heureusement, le PSG a gagné !
J'ai également découvert Chicago, une ville qui mérite largement le détour. Entre les grands buildings, la Chicago River, le Millennium Park et le lac Michigan, on alterne les journées intenses au congrès avec la découverte d'une ville fascinante. Finalement, visiter Chicago faisait pleinement partie de l'expérience.
Je suis rentré avec une valise un peu plus lourde, beaucoup de fatigue… mais surtout une motivation décuplée. L'ASCO donne envie de prendre part à cette formidable émulation scientifique et humaine qui fait avancer notre discipline.
Alors, s'il y a un conseil à retenir de cet édito, c'est celui-ci : impliquez-vous dans des projets, soyez curieux, soyez proactifs. Les opportunités de participer à l'ASCO arrivent souvent comme ça. C'est une expérience qui marque durablement un internat… et qui, accessoirement, permet parfois de regarder une finale de Ligue des champions au bord du lac Michigan en parlant… d'oncologie.

Clément GROSNON

