
Interview du Dr Caroline DAVEAU
Oncologue radiothérapeute, Institut de Cancérologie de Seine-et-Marnea

Parcours
Pouvez-vous vous présenter et revenir sur votre parcours ?
Je résumerais mon parcours en six grandes étapes : des études de médecine à la faculté Paris VI, un internat à Paris, une année d'assistanat à l'Institut Curie, un clinicat à l'Hôpital Européen Georges-Pompidou (HEGP) puis une période mixte associant une activité de praticien hospitalier à temps partiel à l'HEGP et une pré-installation, et enfin mon installation complète en libéral à partir de 2018. Sur le plan personnel, je suis mariée et mère de deux garçons.
Qu'est-ce qui vous a orientée vers l'oncologie-radiothérapie et l'exercice libéral ?
J'ai débuté mon internat avec l'idée de devenir oncologue. C'est lors d'un stage à Gustave-Roussy que j'ai découvert la radiothérapie, une spécialité qui associe à la fois une forte dimension clinique et des technologies de pointe en constante évolution. Cette alliance entre relation de soin et innovation m'a immédiatement séduite.
Concernant l'exercice libéral, le choix s'est imposé assez naturellement après plusieurs remplacements. J'ai constaté que les centres libéraux disposaient d'équipements et de techniques de radiothérapie parmi les plus innovants, tout en offrant une grande autonomie dans l'organisation des soins. N'étant pas particulièrement attirée par une carrière universitaire, ce mode d'exercice correspondait pleinement à mes aspirations professionnelles.
Le centre
Pouvez-vous nous présenter votre centre et son plateau technique ?
L'Institut de Cancérologie de Seine-et-Marne (ICSM) est implanté au sein du Groupe Hospitalier de l'Est Francilien, sur le site de Jossigny.
Notre équipe est composée de sept oncologues- radiothérapeutes, entourés de cinq physiciens médicaux, quatre dosimétristes et vingt manipulateurs en électroradiologie médicale (MERM).
Notre plateau technique comprend un accélérateur TrueBeam équipé du système ExacTrac de Brainlab, ainsi que deux accélérateurs Halcyon bénéficiant du système de repositionnement surfacique Luna 3D de LAP. Ces équipements nous permettent de proposer des traitements précis, innovants et adaptés à chaque situation clinique.
Quels sont aujourd'hui les principaux projets ou axes de développement du centre ?
Les techniques de stéréotaxie, d'IGRT (radiothérapie guidée par l'image) et de DIBH (Deep Inspiration Breath Hold) sont désormais réalisées en routine dans notre centre. Notre objectif est d'offrir à chaque patient la technique la plus adaptée à sa pathologie, dans les meilleurs délais possibles.
Le projet majeur de l'ICSM est actuellement la construction d'un nouveau centre comprenant cinq bunkers, à proximité immédiate du site actuel. Cette nouvelle structure accueillera notamment un CyberKnife®, ainsi qu'un espace dédié aux soins de support et à la photobiomodulation. Ce projet nous permettra d'élargir encore notre offre de soins et de renforcer notre expertise technologique.
La contact-thérapie
Votre centre dispose d'une plateforme de contact-thérapie :
Pouvez-vous nous présenter cette technique et ses indications ?
La contact-thérapie est une technique d'irradiation de contact destinée principalement aux tumeurs cutanées planes et superficielles, qu'il s'agisse de traitements exclusifs ou adjuvants.
Elle trouve notamment sa place dans la prise en charge des carcinomes basocellulaires, de certains carcinomes épidermoïdes superficiels à faible risque ganglionnaire, ainsi que dans certaines formes de lymphomes cutanés. Elle est particulièrement intéressante pour les lésions du visage ou des régions péri-orificielles, lorsque le résultat esthétique constitue un enjeu majeur ou lorsque la chirurgie est refusée ou susceptible d'être délabrante.
Il est important de souligner que la chirurgie reste toujours possible ultérieurement si nécessaire.
Quels bénéfices voyez-vous pour les patients et pour la radiothérapie moderne ?
Pour les patients, la contact-thérapie constitue une alternative efficace, non invasive et bien tolérée. Elle permet souvent d'éviter certaines séquelles esthétiques ou fonctionnelles liées à une chirurgie plus extensive, tout en maintenant d'excellents résultats carcinologiques.

Pour notre centre, cette activité complète notre offre thérapeutique et favorise des collaborations étroites avec les dermatologues du territoire.
C'est également un bel exemple d'une technique historique qui a bénéficié d'importantes avancées technologiques. Les traitements sont très ciblés, les séances rapides et confortables pour les patients, ce qui correspond pleinement aux attentes de la radiothérapie moderne.
Engagement et centres d'intérêt
Vous êtes impliquée au sein du COLib : pouvez-vous nous en dire quelques mots ?
Lors du renouvellement du bureau en 2024, j'ai eu l'opportunité de rejoindre plusieurs confrères oncologues-radiothérapeutes libéraux afin de poursuivre les projets du COLib.
Je suis notamment en charge des questions liées à la recherche clinique (accompagnement de projets de thèse) ainsi que de l'organisation des congrès nationaux et régionaux. Cet engagement me permet de participer activement au développement de notre spécialité et de favoriser les échanges entre professionnels.
Quels sont vos principaux centres d'intérêt en radiothérapie aujourd'hui ?
Je suis particulièrement investie dans le développement technique de notre centre. En collaboration étroite avec l'équipe de physique médicale, nous travaillons en permanence à l'optimisation de nos traitements.
Cela passe notamment par l'utilisation d'outils avancés comme Velocity® pour les situations de ré-irradiation ou encore par le développement de nouvelles stratégies dosimétriques utilisant RapidArc Dynamic®. Cette recherche continue d'amélioration est essentielle pour offrir à nos patients des traitements toujours plus précis et personnalisés.
Comment s'organise la coordination avec les autres établissements du territoire (CHU, cliniques, médecins de ville) ?
La coordination avec les différents acteurs du territoire repose avant tout sur des liens professionnels solides construits au fil des parcours de formation des médecins de l'ICSM, notamment à la Pitié-Salpêtrière, à Saint-Louis, à Gustave-Roussy ou encore à l'HEGP et Cochin.
Nous assurons également des consultations avancées de radiothérapie dans plusieurs établissements partenaires et participons régulièrement aux réunions de concertation pluridisciplinaire (RCP) de différentes structures du territoire.
Les relations avec les médecins de ville sont facilitées par notre implication au sein des CPTS. Nous avons notamment mis en place un circuit d'accès rapide appelé « FAST ONCO », permettant aux médecins traitants de nous adresser un patient en moins de 24 heures lorsque la situation l'exige. Nous organisons également régulièrement des actions de formation et d'enseignement, notamment à l'occasion d'Octobre Rose ou de Movember.
Conclusion
Quels conseils donneriez-vous aux jeunes radiothérapeutes intéressés par l'exercice libéral ?
Depuis quelques années, les centres libéraux accueillent des internes dans le cadre de leurs stages. C'est une excellente opportunité pour découvrir concrètement ce mode d'exercice, comprendre son fonctionnement au quotidien et se familiariser avec son environnement professionnel.
C'est également un moyen privilégié de créer des liens avec les équipes et de construire progressivement son projet professionnel.
Un dernier mot pour les lecteurs du SFjRO Magazine ?
Quel que soit votre futur mode d'exercice, je vous souhaite de conserver chaque jour la passion de notre métier, la curiosité d'apprendre, l'envie de partager vos idées au sein d'une équipe soudée et, surtout, la volonté constante d'offrir à vos patients les meilleurs soins possibles. La radiothérapie est une spécialité exigeante, innovante et profondément humaine : profitez pleinement de cette richesse tout au long de votre parcours.
Propos recueillis par

Olivier CRAVÉREAU
Chef de clinique
Institut de Cancérologie
de Lorraine et Nancy

Dr Alizée RENAN
Cheffe de clinique
Institut de Cancérologie
de Lorraine et Nancy

