
La radiothérapie FLASH constitue l'une des évolutions les plus prometteuses et les plus incertaines de la radiothérapie moderne. Son principe est simple en apparence : délivrer la dose thérapeutique à un débit de dose ultra-élevé, typiquement supérieur à 40 Gy/s, contre des débits de l'ordre du Gy/min en radiothérapie conventionnelle. L'objectif n'est pas seulement de raccourcir considérablement la durée d'irradiation, mais surtout d'exploiter un phénomène biologique particulier : à dose totale comparable, une irradiation FLASH pourrait préserver davantage les tissus sains tout en conservant l'efficacité antitumorale. L'intérêt clinique potentiel est considérable. Une augmentation de la tolérance des tissus sains pourrait permettre soit de réduire les séquelles à dose tumorale constante, soit d'augmenter la dose tumorale sans augmenter la toxicité, voire de traiter des tumeurs actuellement difficiles à irradier en raison de leur proximité avec des organes critiques.
Cependant, en 2026, il faut distinguer clairement la promesse biologique, désormais étayée par un important corpus préclinique, de la démonstration clinique d'un bénéfice thérapeutique.
1. Principes de la radiothérapie FLASH
1.1. Une irradiation qui dure moins d'une demi-seconde.
La radiothérapie conventionnelle délivre généralement une fraction de quelques Gy sur plusieurs dizaines de secondes à plusieurs minutes. La radiothérapie FLASH cherche au contraire à délivrer une dose élevée en une durée extrêmement courte, parfois inférieure à 100 ms. Le seuil de 40 Gy/s est devenu une référence pratique pour définir le régime FLASH, mais il ne doit pas être considéré comme une frontière biologique universelle. Le phénomène dépend probablement d'un ensemble de paramètres : dose totale, dose par pulse, débit de dose instantané et moyen, durée d'exposition, structure temporelle du faisceau, fractionnement, oxygénation et environnement biologique. Les travaux récents soulignent notamment que la seule valeur moyenne en Gy/s ne suffit pas à caractériser complètement une irradiation FLASH. Cette distinction est essentielle en protonthérapie et en VHEE : un faisceau peut présenter un débit de dose très élevé au niveau de la machine mais ne pas produire une irradiation FLASH dans l'ensemble du volume tumoral si le temps de balayage, les pauses entre spots ou les changements d'énergie réduisent fortement le débit de dose effectivement reçu par les voxels.
1.2. L'effet FLASH L'effet FLASH correspond principalement à une réduction de la toxicité des tissus sains à dose tumorale comparable, sans perte apparente du contrôle tumoral. Il a été décrit dans de nombreux modèles expérimentaux : peau, poumon, intestin, cerveau, système nerveux central et autres tissus. L'une des observations fondatrices de la radiothérapie FLASH est l'étude de Favaudon et al. menée au sein du centre de recherche de l'Institut curie et publiée en 2014, qui a montré qu'une irradiation par un faisceau direct d'électrons sur l'ensemble des champs pulmonaires de souris à très haut débit de dose pouvait fortement réduire les lésions de fibrose pulmonaire tout en conservant l'effet antitumoral. Ce travail a déclenché une ébullition scientifique et industrielle qui a permis dans les 10 années qui ont suivi de confirmer l'effet FLASH avec différentes techniques d'irradiation.
2. Pourquoi le FLASH protège-t-il les tissus sains ?
Le mécanisme biologique n'est toujours pas définitivement établi mais ne semble pas répondre aux mêmes mécanismes que ceux observés sur l'ADN à un débit de dose conventionnel. Il est désormais probable qu'il ne s'agisse pas d'un mécanisme unique, mais de l'interaction de phénomènes physico-chimiques et biologiques.
2.1. Déplétion transitoire de l'oxygène
L'hypothèse historique la plus étudiée est celle de la consommation radiolytique très rapide de l'oxygène. L'irradiation produit des radicaux libres qui consomment localement l'oxygène dissous. Lorsque la dose est déposée extrêmement rapidement, cette consommation pourrait transitoirement diminuer la concentration en oxygène et modifier la fixation des dommages radio-induits. Cette hypothèse est particulièrement intéressante car la radiosensibilité dépend fortement de l'oxygénation. Des travaux récents continuent cependant à montrer que la relation entre oxygénation, chimie radicalaire et effet FLASH est plus complexe qu'un simple modèle de « déplétion en oxygène ».
2.2. Chimie radicalaire et espèces réactives de l'oxygène
L'irradiation FLASH modifie également la dynamique de production et de recombinaison des espèces radicalaires. Les échelles temporelles extrêmement courtes pourraient favoriser certaines réactions de recombinaison ou de piégeage et diminuer certaines espèces responsables des dommages aux tissus normaux. Des expériences récentes utilisant des faisceaux VHEE montrent notamment que la structure temporelle du faisceau, jusqu'à l'échelle de la picoseconde, peut influencer les réponses biologiques, ce qui suggère que le simple débit de dose moyen est insuffisant pour décrire l'effet FLASH.
2.3. Réponses cellulaires, vasculaires et immunitaires
D'autres mécanismes ont été proposés : modulation de la réponse inflammatoire, protection de l'endothélium vasculaire, modification des cytokines, réponses immunitaires et différences dans la capacité des tissus tumoraux et normaux à réparer les dommages. L'élément important est que l'effet FLASH n'est pas encore suffisamment compris pour permettre de prédire avec certitude, pour un patient donné, si une irradiation donnée produira un bénéfice FLASH. Cette incertitude constitue aujourd'hui l'un des principaux obstacles à la généralisation clinique.
3. Quels résultats précliniques ? Le bilan préclinique est globalement très encourageant. Des effets de protection des tissus sains ont été observés dans différents organes et modèles animaux, notamment pour la fibrose pulmonaire, les lésions intestinales, les toxicités cutanées et certaines atteintes neurologiques. Le point particulièrement important est que, dans de nombreux modèles, la diminution de toxicité normale est observée sans diminution équivalente de l'effet antitumoral. Il faut néanmoins éviter une interprétation trop optimiste. Les résultats ne sont pas universels : l'effet dépend du tissu, de l'oxygénation, de la dose, du débit de dose, de la géométrie d'irradiation et des paramètres temporels. Certaines expériences ne retrouvent pas d'effet FLASH dans certaines conditions. Une revue récente consacrée spécifiquement au proton FLASH identifie ainsi plusieurs facteurs encore critiques pour la translation : dose nécessaire, débit de dose réellement reçu par le volume cible, utilisation de plusieurs champs, interruptions du faisceau et robustesse biologique de l'effet.
4. Les technologies permettant de faire du FLASH
Le FLASH n'est pas une modalité de rayonnement en soi. Il s'agit d'un régime temporel de délivrance de la dose qui peut théoriquement être obtenu avec plusieurs types de rayonnements.
Les principales approches sont :
Électrons de basse ou moyenne énergie ;
Protons ;
Électrons de très haute énergie (VHEE) ;
Plus marginalement, photons ou autres particules.
La problématique clinique est cependant différente selon le type de faisceau.
4.1. Électrons de basse énergie
Les électrons de quelques MeV sont historiquement la technologie la plus simple pour atteindre le régime FLASH. Ils peuvent être produits par des accélérateurs linéaires médicaux adaptés et permettent de délivrer des débits de dose extrêmement élevés. Leur principal problème est leur faible profondeur de pénétration. Ils sont donc particulièrement adaptés aux tumeurs superficielles, à certaines indications cutanées ou à la radiothérapie peropératoire. Le premier traitement FLASH chez l'homme, publié en 2019, concernait ainsi un lymphome cutané traité par électrons de 5,6 MeV à plus de 100 Gy/s. Le patient avait reçu 15 Gy et présentait une régression tumorale rapide avec une toxicité aiguë limitée. Des systèmes tels que Flashknife de Theryq ou IntraOp® Mobetron® sont issus de cette approche et sont destinés aux applications superficielles ou peropératoires. Varian a proposé un prototype de Tuebeam® « débridé » permettant de délivrer uniquement des électrons en mode FLASH.

5. Proton FLASH : l'approche la plus avancée cliniquement
La protonthérapie présente un avantage majeur pour le FLASH : elle combine la capacité des protons à atteindre les tumeurs profondes avec des courants suffisants pour atteindre des débits de dose extrêmement élevés.
5.1. Le choix du faisceau de transmission
La première stratégie clinique a consisté à utiliser des protons de 250 MeV en transmission. Contrairement à une protonthérapie conventionnelle utilisant le pic de Bragg pour arrêter les protons dans la tumeur, le faisceau de transmission traverse le patient et la tumeur avant de sortir du corps. Il présente ainsi un profil de dose relativement plat dans la profondeur traversée. Cette approche est physiquement moins élégante qu'un pic de Bragg parfaitement placé, car elle entraîne une dose de sortie, mais elle simplifie énormément la délivrance FLASH. C'est cette stratégie qui a permis la première démonstration clinique du proton FLASH.
5.2. FAST-01 : première étude chez l'homme
L'étude FAST-01 menée à Cincinnati a constitué la première utilisation clinique du proton FLASH.
Dix patients présentant 12 sites de métastases osseuses douloureuses des extrémités ont reçu 8 Gy en une fraction, avec un débit de dose supérieure ou égale à 40 Gy/s, par faisceau protonique de transmission. Aucun problème technique lié au FLASH ni retard de traitement n'a été observé. Le temps moyen sur la table était de 15,8 minutes par site. Sur les 12 sites traités :
6 ont obtenu une réponse complète ;
2 une réponse partielle ;
soit une réponse complète ou partielle dan 8/12 sites, 66,7 % ;
les toxicités attribuées au traitement étaient majoritairement de grade 1 ;
quatre sites ont présenté une poussée douloureuse transitoire.
Ces résultats sont encourageants, mais FAST-01 était une petite étude non randomisée principalement destinée à démontrer la faisabilité et la sécurité, et non à démontrer une supériorité du FLASH par rapport à la radiothérapie conventionnelle.
5.3. FAST-02 : extension aux métastases thoraciques
FAST-02 constitue une étape particulièrement importante car elle déplace l'utilisation du proton FLASH vers des lésions situées à proximité d'organes critiques thoraciques. L'étude a inclus 12 patients, dont 10 ont effectivement été traités, présentant une à trois métastases osseuses thoraciques non vertébrales. Chaque lésion a reçu 8 Gy en une fraction à supériere ou égale à 40 Gy/s. Avec un suivi médian de 189 jours :
Aucune toxicité aiguë ou tardive de grade ≥2 attribuable au FLASH n'a été observée ;
6 des 10 patients traités ont obtenu une réponse complète à trois mois parmi les données disponibles ;
3 ont obtenu une réponse partielle ;
1 une stabilité ;
3 patients ont présenté une poussée douloureuse dans les premiers jours.
FAST-02 est donc une nouvelle démonstration de faisabilité et de tolérance, notamment dans une situation anatomique plus exigeante. Elle ne permet cependant toujours pas de conclure que le FLASH est supérieur à la radiothérapie conventionnelle.
6. VHEE-FLASH : la solution potentielle pour les tumeurs profondes
Les VHEE (Very High Energy Electrons) constituent probablement l'une des voies les plus intéressantes pour rendre le FLASH accessible aux tumeurs profondes.
Il s'agit d'électrons typiquement compris entre 50 et 250 MeV, avec un intérêt particulier autour de 100–200 MeV. À ces énergies, les électrons peuvent parcourir plusieurs dizaines de centimètres dans les tissus.
Leur intérêt est double :
Ils permettent d'atteindre les tumeurs profondes ;
Ils peuvent être produits directement avec des courants très élevés, ce qui est favorable au régime FLASH.
Contrairement aux électrons conventionnels, les VHEE n'ont donc pas besoin d'être convertis en photons par une cible : le faisceau électronique est directement utilisé pour traiter le patient. Les VHEE présentent plusieurs propriétés intéressantes :
Pénétration profonde ;
Faible sensibilité aux hétérogénéités de densité par rapport aux photons ;
Possibilité de focalisation magnétique ;
Balayage électromagnétique rapide ;
Accélérateurs potentiellement beaucoup plus compacts qu'une installation de protonthérapie ;
Potentiel très élevé en termes de courant et donc de débit de dose.
Les études dosimétriques montrent que des VHEE de 150 MeV ou plus peuvent produire des plans de qualité comparable à ceux obtenus avec des protons de transmission de 250 MeV dans certaines situations cliniques. Une étude comparative récente proton/VHEE a également montré des qualités de plans comparables, mais avec un avantage des protons dans l'indice FLASH lorsque les paramètres de débit de dose des machines actuelles sont utilisés. Elle estime qu'une fréquence de répétition d'environ 500 Hz, idéalement 1000 Hz, est nécessaire pour que les VHEE atteignent des débits de dose compatibles avec le FLASH dans les conditions étudiées. Le principal défaut des VHEE est qu'ils ne possèdent pas de pic de Bragg aussi marqué que les protons. Il faut donc trouver d'autres moyens de concentrer la dose.
Pencil-beam scanning
Un faisceau VHEE peut être balayé magnétiquement comme un faisceau de protons ou de photons par spot scanning.
Focalisation magnétique
Des quadrupôles ou systèmes magnétiques peuvent focaliser le faisceau à une profondeur donnée. Les expériences réalisées à CLEAR ont montré qu'il était possible de focaliser les VHEE et de déplacer le point focal en modifiant les champs magnétiques.
Cette approche pourrait conduire à une sorte de « pic de Bragg électronique artificiel », ou tout au moins à une concentration de dose beaucoup plus importante en profondeur.
Collimation et beam shaping
Des collimateurs adaptés peuvent également améliorer la pénombre latérale, mais ils doivent rester compatibles avec les courants extrêmement élevés nécessaires au FLASH.
7. Les grands programmes VHEE-FLASH
7.1. CLEAR – CERN / Oxford
Le CERN Linear Accelerator for Research (CLEAR) constitue aujourd'hui l'une des principales plateformes mondiales pour la recherche VHEE-FLASH. CLEAR dispose d'électrons pouvant atteindre environ 200–220 MeV et accueille des collaborations internationales portant sur :
La dosimétrie UHDR ;
La radiobiologie ;
La chimie des rayonnements ;
La focalisation VHEE.
Le contrôle du profil du faisceau ;
Le monitoring pulse-to-pulse ;
Les détecteurs adaptés au FLASH.
Des expériences à CLEAR ont notamment démontré des phénomènes de réponse biologique sous VHEE-FLASH et exploré l'influence de la structure temporelle du faisceau. CLEAR reste toutefois une plateforme de recherche et non un dispositif clinique.
7.2. CHUV–CERN–Gustave Roussy : FLASHDEEP
Le programme associant le CHUV de Lausanne, le CERN et THERYQ constitue l'un des projets historiques de translation des VHEE vers la clinique. Le projet FLASHDEEP repose sur un accélérateur linéaire compact inspiré de la technologie CLIC du CERN, destiné à produire des électrons de 100 à 200 MeV et à traiter des tumeurs jusqu'à environ 20 cm de profondeur.
L'objectif annoncé initialement était une installation au CHUV et des premiers essais cliniques autour de 2025. Le calendrier ayant évolué, le développement clinique est désormais également porté en France dans le cadre du programme FLASHDEEP de THERYQ et Gustave Roussy.
7.3. FRATHEA : Institut Curie – CEA – Thales
En France, un deuxième programme majeur est FRATHEA, porté par l'Institut Curie avec le CEA et Thales, a bénéficié d'un financement de 35 millions d'Euros dans le cadre du programme France 2030 (ANR-24-FRAT-001) et 2 millions d'euros de la région Île-de-France. L'objectif est de construire à Orsay une plateforme FLASH utilisant des VHEE, avec une installation de l'irradiateur prévue en 2027. Les travaux portent simultanément sur :
Accélérateur ;
Radioprotection ;
Dosimétrie ;
Monitoring du faisceau ;
Physique médicale ;
Planification ;
Radiobiologie ;
Préparation des futurs protocoles cliniques.
L'Institut Curie indique viser des études précliniques puis des essais cliniques, avec une perspective annoncée autour de 2029. FRATHEA est donc légèrement en amont de la translation clinique par rapport à l'ambition affichée du programme FLASHDEEP.

8. Les autres plateformes de recherche VHEE
Plusieurs autres programmes cherchent à résoudre le problème de la taille des accélérateurs. Le développement d'accélérateurs en bande X à fort gradient permet notamment d'envisager des LINAC beaucoup plus courts que les accélérateurs conventionnels (en bande S ou C). Des travaux internationaux explorent également les accélérateurs laser-plasma (prototype de la société californienne Lumitron).
Le programme FLASHlab@PITZ, en Allemagne, explore les VHEE à très haut courant, tandis que le projet SAFEST, porté en Italie par l'Université de la Sapienza et l'INFN, étudie une architecture C-band visant environ 100–130 MeV avec une installation beaucoup plus compacte.
L'Université d'Oxford travaille quant à elle avec CERN/CLEAR sur deux verrous fondamentaux : la dosimétrie UHDR et le monitoring temps réel du faisceau. Un détecteur à fibres destiné au monitoring pulse-par-pulse est notamment en développement.
9. Le verrou technologique majeur : mesurer la dose
La dosimétrie constitue probablement l'un des problèmes les plus sous-estimés de la radiothérapie FLASH.
Les chambres d'ionisation classiques, qui constituent la référence en radiothérapie conventionnelle, deviennent fortement non linéaires à très haut débit de dose en raison de la recombinaison ionique. Le problème est particulièrement important pour les faisceaux pulsés : une dose très importante peut être déposée en quelques nanosecondes ou microsecondes. Il faut donc développer des systèmes capables de mesurer :
La dose absolue ;
La dose par pulse ;
Le profil du faisceau ;
Le courant ;
La fréquence de répétition ;
La position des spots ;
Les interruptions du faisceau ;
Le débit de dose instantané.
Ces systèmes doivent idéalement fonctionner en temps réel et permettre d'arrêter le faisceau en cas d'anomalie. Les travaux menés à CLEAR et à Oxford montrent que des technologies issues de la physique des accélérateurs et de la physique des particules pourraient jouer un rôle important dans cette évolution.
10. Le deuxième verrou : la planification FLASH
Un TPS classique optimise essentiellement la distribution spatiale de dose. Pour le FLASH, cela ne suffit plus. Il faut également optimiser la distribution temporelle de la dose. Deux plans présentant exactement la même distribution spatiale peuvent avoir des effets biologiques très différents si :
L'un est délivré en 50 ms ;
L'autre en 5 secondes ;
L'un est délivré sans interruption ;
L'autre avec plusieurs pauses ;
L'un concentre la dose sur quelques pulses ;
L'autre la distribue sur de nombreux spots.
En proton PBS, le problème est particulièrement complexe car les spots sont délivrés séquentiellement. Le calcul du débit de dose dépend donc de la définition utilisée : débit moyen, débit pondéré par la dose, débit intégrant les temps de scanning, etc. Cette dimension temporelle devra probablement devenir une nouvelle variable d'optimisation du traitement.
11. Protons ou VHEE : quelle technologie paraît la plus prometteuse ? Les deux approches sont complémentaires.

Les études comparatives récentes montrent que les VHEE peuvent atteindre une qualité dosimétrique comparable à celle des protons de transmission dans certaines situations. En revanche, les protons bénéficient actuellement d'une infrastructure clinique mature et de performances UHDR déjà démontrées chez l'homme.
12. Où en est réellement la clinique en 2026 ?
Si la faisabilité technique en clinique a été démontrée avec FAST-01 et FAST-02, le bénéfice clinique reste à démontrer. Il faudra établir dans des essais prospectifs comparatifs que le FLASH diminue réellement la toxicité, sans perte de contrôle tumoral, et que ce bénéfice justifie les contraintes et les investissements technologiques. Cette prudence est également reflétée par un consensus international de 2025 sur les futurs essais de proton FLASH. Les experts recommandent notamment de sélectionner des patients adultes, de disposer d'une démonstration préclinique solide pour chaque indication et, idéalement, d'utiliser la réduction de toxicité comme critère principal plutôt que de chercher immédiatement à démontrer une amélioration du contrôle tumoral.
13. Les principales questions scientifiques pour les prochaines années
Plusieurs questions vont déterminer l'avenir du FLASH.
13.1. Quel est le véritable paramètre biologique du FLASH ?
Le seuil de 40 Gy/s est pratique mais probablement insuffisant. Il faudra comprendre le rôle respectif :
De la dose totale ;
De la dose par pulse ;
Du débit de dose instantané ;
Du débit moyen ;
De l'oxygénation ;
De la durée totale d'irradiation ;
De la structure temporelle du faisceau.
13.2. Le FLASH est-il universel ?
Probablement pas. Le phénomène dépend du tissu et de son environnement biologique. Il faudra identifier les tissus et les situations dans lesquelles le bénéfice est réellement reproductible.
13.3. Peut-on fractionner le FLASH ?
La plupart des premières expériences utilisent une dose élevée en une seule fraction. Or la radiothérapie moderne repose souvent sur plusieurs fractions.
La relation entre fractionnement et FLASH reste donc une question fondamentale, et le consensus international de 2025 n'a pas permis de conclure sur le nombre optimal de fractions ou l'utilisation de plusieurs faisceaux.
13.4. Quelle place pour l'imagerie et l'adaptation ?
Si l'intégralité du traitement est délivrée en quelques millisecondes, l'imagerie ne peut évidemment pas corriger le traitement pendant son déroulement comme elle peut le faire sur des échelles de temps beaucoup plus longues.
Il faudra donc développer des stratégies de :
Vérification pré-traitement ;
Guidage rapide ;
Monitoring du faisceau ;
Gestion des mouvements ;
Gating ;
Éventuellement adaptation prédictive.
14. Perspectives : vers une nouvelle génération de radiothérapie Le véritable intérêt du FLASH n'est probablement pas de simplement remplacer une séance de radiothérapie conventionnelle de 10 minutes par une irradiation de 100 ms. Son ambition est plus profonde : modifier le compromis fondamental entre efficacité tumorale et tolérance des tissus sains. La prochaine décennie devra donc répondre à une question centrale : le FLASH est-il simplement une manière extrêmement rapide de délivrer une radiothérapie, ou constitue-t-il véritablement une nouvelle radiobiologie permettant d'élargir la fenêtre thérapeutique ? Les réponses dépendront moins de la seule capacité à produire des centaines de Gy/s que de la capacité à maîtriser simultanément la physique du faisceau, sa structure temporelle, la dosimétrie, la planification, les mouvements du patient et surtout la radiobiologie. C'est cette convergence entre accélérateurs, physique médicale, radiobiologie et oncologie clinique qui déterminera si le FLASH deviendra une nouvelle modalité de routine ou restera une technologie expérimentale particulièrement prometteuse. En clinique, la protonthérapie FLASH est aujourd'hui la voie la plus avancée. Les VHEE pourraient représenter l'étape suivante. Ils offrent potentiellement la combinaison particulièrement attractive d'un accélérateur compact, d'une très grande capacité de courant, d'une pénétration profonde et d'une focalisation magnétique rapide. Le projet français FRATHEA montre que cette technologie est progressivement en train de passer de la physique fondamentale vers la radiobiologie préclinique puis la translation clinique. La prochaine étape ne sera pas simplement technologique. Elle devra démontrer que l'effet biologique observé en laboratoire se traduit par un bénéfice clinique mesurable : moins de toxicité, meilleure qualité de vie, ou possibilité d'escalader la dose tumorale sans augmenter les complications.
Références clés
Favaudon V. et al., Ultrahigh dose-rate FLASH irradiation increases the differential response between normal and tumor tissue in mice, Science Translational Medicine, 2014.
Mascia A.E. et al., Proton FLASH Radiotherapy for the Treatment of Symptomatic Bone Metastases: The FAST-01 Nonrandomized Trial, JAMA Oncology, 2023.
Daugherty E.C. et al., FAST-02: Results from the second in-human prospective evaluation of single-fraction proton FLASH for symptomatic thoracic bone metastases, Radiotherapy and Oncology, 2026.
Ma Y. et al., Advancing Proton FLASH Radiation Therapy: Innovations, Techniques, and Clinical Potentials, IJROBP, 2025.
Klaver Y.L.B. et al., Requirements and Study Design for the Next Proton FLASH Clinical Trials: An International Multidisciplinary Delphi Consensus, IJROBP, 2025.
Zur Horst A. et al., Impact assessment of current knowledge gaps and mitigation strategies in clinical FLASH proton therapy, Frontiers in Oncology, 2025.
Böhlen T.T. et al., Very high-energy electron therapy as light-particle alternative to transmission proton FLASH therapy, Radiotherapy and Oncology, 2024.
Robertson et al./CERN-Oxford, travaux sur les VHEE, la focalisation et le régime FLASH à CLEAR.
Bazalova-Carter M. et al., Balancing innovation and safety in FLASH radiotherapy, Nature Reviews Physics, 2025.

Pr Gilles CRÉHANGE
MD, PhD
Responsable du département d'oncologie radiothérapie
de l'Institut Curie (Paris, Saint-Cloud, Orsay)
Coordonnateur du projet national France 2030 FRATHEA
(Flash RAdiation Therapy with Electron Acceleration) : ANR-24-FRAT-0001

