Oncologie thoracique

Publié le 22 sept. 2026 à 14:30
Article paru dans la revue « AERIO / RIO » / AERIO - RIO N°11

L'ASCO 2026 a une fois de plus confirmé le statut de l'oncologie thoracique comme l'un des champs thérapeutiques les plus dynamiques : des résultats à sept ans qui dessinent les contours d'une maladie chronique, un essai de phase III démontrant l'intérêt d'un traitement adjuvant ciblé dans un sous-groupe moléculaire rare, et des données de survie globale (OS) démontrant l'intérêt d'une nouvelle classe de bispécifiques.

Les abstracts qu'il ne fallait pas manquer

HARMONi-6 – Ivonescimab + chimiothérapie vs tislélizumab + chimiothérapie dans le cancer bronchique non à petites cellules épidermoïde avancé, Chen Z, et al.

  • Patients concernés : CBNPC épidermoïde avancé, naïfs de traitement (1ère ligne), incluant tumeurs centrales (63 %), PD-L1 TPS inférieur à1 % (39 %), maladie multi-site/hépatique/cérébrale ; essai mené en Chine (n=532).

  • Design : Phase III randomisée en double aveugle : ivonescimab (anticorps bispecifique anti-PD-1/VEGF) + chimiothérapie vs tislélizumab (anti-PD-1) + chimiothérapie. Analyse intermédiaire de survie globale présentée en session plénière ASCO.

  • Résultats clés : OS médiane 27,89 vs 23,69 mois ; (Hazard ratio (HR) 0,66 ; IC95 % 0,50-0,87 ; p=0,0017). Survie sans progression (PFS) médiane 11,1 vs 6,9 mois (HR 0,60 ; IC95 % 0,46-0,78, pinférieur à0,0001). Effets indésirables (EI) hémorragiques de grade supérieur ou égale à 3 : 2,6 % vs 0,8 % ; protéinurie tous grades 42,5 % vs 12,8 % ; EI graves liés au traitement 41,4 % vs 34,3 %.

  • En pratique : Résultat marquant pour le concept de blocage bispecifique PD-1/VEGF, mais le comparateur (tislélizumab + chimiothérapie) n'est pas le standard occidental (pembrolizumab + chimiothérapie). En revanche, le profil hémorragique rassure enfin sur la faisabilité du blocage VEGF dans l'épidermoïde, contre-
    indiqué auparavant du fait du risque accru de saignement grave.

Étude CROWN (suivi à 7 ans) – Lorlatinib versus crizotinib en première ligne dans le cancer bronchique non à petites cellules ALK-positif, Mok TS, et al

  • Patients concernés : CBNPC avancé ALK-positif, naïfs de traitement (n=296).

  • Design : Phase III randomisée 1:1, lorlatinib 100 mg/j (n=149) vs crizotinib 250 mg x2/j (n=147) ; analyse post-hoc après suivi médian de 83,0 mois (lorlatinib) et 77,2 mois (crizotinib).

  • Résultats clés : PFS médiane non atteinte (lorlatinib) vs 9,1 mois (crizotinib) ; HR 0,19 (IC95 % 0,13-0,26). PFS à 7 ans : 55 % vs 3 %. Délai jusqu'à progression intra­crânienne : non atteint vs 16,4 mois (HR 0,06 ; IC95 % 0,03-0,12) ; aucune nouvelle progression intracrânienne après 30 mois sous lorlatinib. OS : données immatures.

  • En pratique : Ces ­résultats confirment le lorlatinib com­me option en standard de 1ère ligne du CBNPC ALK-positif. Les patients sans progression à 24 mois ont un risque très faible de progression à 7 ans suggérant une évolution vers une maladie chronique sous traitement prolongé. Profil de tolérance stable, sans nouvelle toxicité après 26 mois.

LIBRETTO-432 – Sélpercatinib adjuvant dans le cancer bronchique non à petites cellules réséqué RET fusion-positif (LBA3), Goldman JW, et al.

  • Patients concernés : CBNPC stade IB-IIIA, réséqué (chi­rurgie ± radiothérapie curative chimiothérapie adjuvante), fusion RET confirmée par PCR ou NGS, sans récidive après traitement définitif, ECOG 0-1.

  • Design : Phase III, multicen­trique, randomisée, double aveugle, contrôlée contre placebo (1:1 ; sélpercatinib n=75 vs placebo n=76). Le sélpercatinib, inhibiteur sélectif de la kinase RET actif au niveau cérébral, était administré à la dose de 160 mg (supérieur ou égale à 50 kg) ou 120 mg (inférieur à 50 kg) deux fois par jour pendant une durée maximale de 3 ans, versus placebo ; randomisation stratifiée selon le stade (IB vs II-IIIA) et le type de traitement locorégional définitif reçu. Un cross-over vers le sélpercatinib était autorisé en cas de récidive ou progression sous placebo. CJP : survie sans événement (EFS), population d'analyse primaire stades II-IIIA. Traitement jusqu'à 3 ans ou récidive/progression.

  • Résultats clés : EFS à 2 ans : 91,5 % vs 61,1 % (HR 0,172 ; IC95 % 0,058-0,509 ; p=0,0003). EI de grade supérieur ou égale à 3 : 66,7 % vs 23,7 % des patients ; principaux EI de grade supérieur ou égale à 3 : cytolyse hépatique (ALAT 17,3 %, ASAT 18,7 %), HTA (10,7 %) ; arrêt du traitement pour toxicité chez 17,3 % des patients sous selpercatinib contre 1,3 % sous placebo.

  • En pratique : LIBRETTO-432 comble un vide thérapeutique à travers ce premier essai de phase III à valider un inhibiteur de RET en situation adjuvante dans ce sous groupe rare (fusion RET, ~1-2 % des CBNPC). Les toxicités sont cependant notables : 2/3 des patients ont un effet indésirable de grade supérieur ou égale à3, et près d'1/5 arrête le traitement pour toxicité. La mise en œuvre pratique nécessitera une recherche systématique des fusions RET sur les pièces opératoires.

Oncologie thoracique

Au-delà des incontournables

• WU-KONG28, le sunvozertinib dans les insertions de l'exon 20 de l'EGFR, Heymach JV, et al.
Essai de phase III (324 patients) comparant le sunvozertinib à la chimiothérapie standard en 1ère ligne. Amélioration significative de la SSP (10,3 vs 7,5 mois ; HR 0,65 ; p = 0,0008) et du taux de réponse (58,9 % vs 31,1 %). Les données de survie globale restent immatures. Le comparateur étant la chimiothérapie seule (et non l'amivantamab + chimiothérapie, standard issu de l'essai PAPILLON), le sunvozertinib apparaît comme une option thérapeutique supplémentaire, notamment en cas de contre-indication, d'intolérance ou après échec de l'amivantamab, plutôt qu'un nouveau standard de première ligne.

• ALKOVE-1, le neladalkib après échec des inhibiteurs d'ALK , Lin JJ et al.
Ce nouvel inhibiteur d'ALK de dernière génération, actif sur les mutations de résistance (notamment G1202R) et doté d'une bonne pénétration ­cérébrale, montre une activité prometteuse après échec d'un précédent inhibiteur d'ALK, y compris du lorlatinib. Le taux de réponse atteint 26 % dans la population globale et jusqu'à 68 % chez les patients porteurs d'une mutation G1202R, avec une activité intracrânienne notable.

• OptiTROP-Lung05, le sacituzumab tirumotecan associé au pembrolizumab en 1ère ligne du cancer du poumon PD-L1 positif, Zhou C, et al.
Essai de phase III randomisé mené en Chine comparant ­sacituzumab tirumotecan (ADCanti-TROP2) + pembrolizumab au pembrolizumab seul. Amélioration marquée de la SSP (non atteinte vs 5,7 mois ; HR 0,35 ; pinférieur à0,0001) et du taux de réponse (70 % vs 42 %), au prix d'une toxicité de grade supérieur ou égale à3 plus fréquente (55 % vs 31 %), principalement hématologique. Ces résultats doivent toutefois être interprétés avec prudence, le comparateur n'étant pas le standard pour les patients avec une expression de PD-L1 entre 1 et 49 %. Les données de survie globale sont attendues.

• CHRYSALIS-2, l'amivantamab-lazertinib dans les mutations EGFR atypiques, Neal JW et al.
Mise à jour de la survie globale en 1ère ligne chez les patients atteints d'un CBNPC porteur d'une mutation atypique de l'EGFR (hors délétions de l'exon 19 et mutation L858R). La survie globale médiane atteint 41,0 mois, avec 55 % des patients vivants à 3 ans et 46 % à 4 ans, marquant un bénéfice majeur dans cette population jusque-là associée à une survie inférieure à 20 mois sous afatinib.

• LORIN, le lorlatinib en néoadjuvant dans le cancer du poumon ALK+ stade III, Zhang C et al.
Essai de phase II multicentrique (43 patients) évaluant le lorlatinib en néoadjuvant (3 cycles) puis en adjuvant (2 ans) dans les CBNPC de stade III ALK+. Les résultats sont très encourageants, avec un taux de réponse de 83,7 %, une réponse pathologique complète de 46,9 %, un downstaging ganglionnaire de 90,6 % et 75 % de conversion vers une chirurgie. Ces données soutiennent le développement de cette stratégie périopératoire, qui devra être confirmée par un essai de phase III.

• DeLLphi-304, l'activité intracrânienne du tarlatamab dans le cancer du poumon à petites cellules, Mountzios GS et al.

Oncologie thoracique

Johanna BALDUZ

Publié le 1790080220000