
Prise en charge diagnostique et thérapeutique des patients oligo-métastatiques synchrones d'un cancer ORL
Introduction
Les nodules pulmonaires synchrones des carcinomes épidermoïdes de la tête et du cou représentent un défi diagnostique et thérapeutique. Leur présence est fréquente, mais il existe peu de données permettant de distinguer un nodule bénin, d'un nodule siège d'un second primitif pulmonaire synchrone ou d'une métastase pulmonaire. De plus, la maladie oligométastatique pulmonaire synchrone pourrait bénéficier d'une prise en charge spécifique associant un traitement loco-régional ORL et un traitement ciblé des métastases. L'étude des caractéristiques de cette population semble donc essentielle.
Matériel et méthodes
Il s'agit d'une étude rétrospective, monocentrique et descriptive incluant des patients diagnostiqués d'un carcinome épidermoïde de la tête et du cou entre le 1er Janvier 2015 et le 31 décembre 2022, suivis au CHU de Poitiers, et présentant 1 à 5 nodules pulmonaires synchrones. Les comparaisons entre les groupes ont été effectuées à l'aide des tests du Chi-2, de Fisher, de Kruskal-Wallis et de Mann-Whitney. Les analyses de survie ont été modélisées avec la méthode de Kaplan-Meier.
Résultats
Parmi les 72 patients inclus, 55,6 % étaient considérés comme porteur d'un nodule bénin, 16,7 % un second primitif pulmonaire synchrone, 23,6 % étaient oligométastatique pulmonaire synchrone et 4,1 % avaient un nodule d'étiologie indéterminée. Le primitif des patients oligométastatiques était plus fréquemment localisé au niveau de l'hypopharynx (64,7 % contre 10,0 % chez les patients présentant un nodule bénin et 16,7 % chez ceux atteints d'un second primitif synchrone, p=0.001) et à un stade plus avancé IVc (35,3 % des cas contre respectivement 5,0 % et 8,3 % pour les patients présentant un nodule bénin ou un second primitif synchrone, p=0.014). Les données morpho-métaboliques des nodules indiquaient qu'un nodule solitaire, spiculé, excavé et de taille supérieure ou égale à 10 mm était plus souvent un second primitif pulmonaire qu'un nodule bénin ou une oligométastase. Les nodules malins présentaient un hypermétabolisme modéré au TEP-TDM 18F-FDG (58.8 % des oligométastases et 66.7 % des seconds cancers pulmonaires). Les patients oligométastastiques pulmonaires avaient une survie globale de 10.3 mois (IC95 % 9.8 – 26.9). Leur pronostic semblait moins bon que celui des patients porteurs d'un nodule bénin ou d'un second cancer pulmonaire synchrone, dont les données n'étaient pas encore mature.

Conclusion
Plusieurs caractéristiques cliniques et radiologiques permettent d'orienter quant à la nature des nodules pulmonaires synchrones de carcinomes épidermoïdes de la tête et du cou. L'apport de l'intelligence artificielle dans l'analyse radiologique de cohorte de plus grande ampleur pourrait contribuer à affiner ces observations et à renforcer la fiabilité des données.
Dr Clara DE JESUS

