Actualités : Institut de Cancérologie de Lorraine (Nancy) - La photobiomodulation à l’Institut de Cancérologie de Lorraine

Publié le 10 mars 2026 à 08:15
Article paru dans la revue « SFJRO / le mag » / SFJRO N°8

La photobiomodulation (PBM) entraîne une cascade de phénomènes physicochimiques aboutissant à des réactions sur le plan cellulaire et moléculaire grâce à une lumière non ionisante, avec notamment des effets anti-inflammatoires, de vasodilatation, d'oxygénation, permettant aux cellules de retrouver leur niveau d'homéostasie avec in fine des effets sur de nombreux facteurs cliniques comme l'antalgie et la cicatrisation. L'objectif étant d'améliorer la tolérance des traitements qui entraînent souvent une altération de la qualité de vie, d'améliorer le vécu de la maladie, et également d'avoir une impact sur l'efficacité des soins en évitant d'interrompre les séquences thérapeutiques et d'augmenter l'étalemen

Indications

Les indications que ce soit en oncologie radiothérapie ou oncologie médicale sont croissantes.

À l'ICL, nous proposons cette technique aux patients qui sont traités par radiothérapie pour des cancers de la sphère ORL, ainsi que de la sphère périnéale comme les cancers du canal anal ou encore de la vulve, ces localisations sont connues pour être pourvoyeuse de toxicités radio-induites potentiellement sévères, aiguës et tardives, sur le plan cutanéo-muqueux. Le traitement par PBM est proposé avant, pendant, et les jours suivant l'irradiation.

La PBM vient s'intégrer dans un parcours de soin organisé et coordonné en soins de support avec une prise en charge multidisciplinaire conjointe avec des diététiciennes, une infirmière en pratique avancé, et l'équipe médicale paramédicale de soins de support du centrage spécialisé dans les questions de nutritions, de gestion des plaies et d'antalgie notamment.

Prochainement, nous aimerions élargir l'accès à cette technique à toutes les irradiations à risque de dermite comme les irradiations mammaires, ainsi qu'à la prise en charge des effets secondaires radio-induits tardifs, comme la xérostomie ou le trismus en ORL

Mise en place pratique

Il y a eu une première phase de revue de la littérature afin d'acquérir les connaissances de base puis nous avons pris contact avec les centres référents en photobiomodulation en France à savoir à Nice avec le Pr BENSADOUN et à l'Institut Gustave-Roussy avec le Dr BILLARD-SANDU qui ont eu la gentillesse de nous recevoir dans leur service pour nous montrer de façon pratique comment se déroule un traitement par PBM. Pour se former en PBM, il existe aujourd'hui un séminaire et un diplôme universitaire dédiés.

Après cette phase de formation initiale, nous avons travaillé sur le type de population de patients qui était la plus à même de bénéficier de ce traitement dans notre service puis nous avons choisi les appareils compatibles avec les indications que nous avons validé. Nous avons bénéficié des conseils du Dr BILLARD-SANDU et du Pr BENSADOUN à chacune de ses étapes. Il y a eu ensuite bien sûr une partie administrative avec discussion de l'aspect financier.

Notre initiative a été salué et encouragé aussi bien par les associations de patients que les ligues anticancer.

Tous les membres de l'équipe médicale et paramédicale étaient également très enthousiastes à l'idée du déploiement de cette technique.

Nous avons ensuite formés tous les membres de l'équipe médicale à la gestion d'une séance de PBM, ainsi que plusieurs des MERM du service.

Impact

Les premiers retours des médecins seniors, des internes, de notre IPA ainsi que de nos MERM sont très positifs, en particulier ces derniers qui sont en première ligne tous les jours au poste de traitement et qui suivent l'évolution de façon quotidienne.

On a l'impression que la mucite est moins grave et moins longues. Une évaluation des pratiques sur l'impact clinique de la pratique avec la consommation d'antalgiques et l'impact nutritionnel avant et après le déploiement de la PBM dans le service est en cours par un de nos chef de clinique, le Dr GEHIN.

À ce jour, aucun effet secondaire de la PBM n'est décrit dans la littérature. Les principales précautions concernent les femmes enceintes (non concernées en radiothérapie) et les patients épileptiques, du fait de l'utilisation de lumière rouge. Aucun cas de crise n'a été rapporté, mais nous préférons rester prudents.

Malgré la brièveté des séances, la PBM prolonge légèrement le temps de présence du patient dans le service, car elle s'inscrit dans une prise en charge globale, incluant des consultations avec les médecins, l'IPA, les diététiciennes. Cela peut représenter plusieurs heures sur place, contre quelques minutes en temps normal.

La PBM peut également être élargie à d'autres indications : neuropathies chimio-induites, alopécie, etc., en lien avec l'oncologie médicale.

Une étude nationale va bientôt débuter pour quantifier précisément les mucites (durée, gravité, fréquence) avec et sans PBM. D'autres recherches devront suivre pour renforcer l'évidence scientifique.

Nous pensons que la PBM a le potentiel de devenir un standard dans la gestion des toxicités radio-induites. Elle fait déjà partie des recommandations de grade I pour la mucite et la dermite. À terme, les indications pourraient inclure le trismus, la xérostomie, les lymphoedèmes cervicaux et mammaires. Mais pour cela, il est nécessaire de disposer de protocoles standardisés et de références scientifiques solides.

Conclusion et message clé

Nous encourageons tous les centres intéressés à se lancer dans la PBM. C'est une technique qui suscite une forte attente de la part des patients, qui sont de plus en plus informés par les médias grand public. Il est essentiel de se former correctement, avec des bases solides. Le Dr BILLARD-SANDU, qui coordonne le DU, est une référence précieuse.

Perspectives et avenir

L'avenir de la radiothérapie passera à la fois par des progrès technologiques (meilleur ciblage, réduction des doses aux organes à risque) et par l'intégration croissante de soins de support efficaces, comme la PBM. Malgré l'amélioration technique, certaines toxicités tardives persistent, parfois graves, pour lesquelles nous manquons encore de solutions. La photobiomodulation pourrait occuper une place centrale pour répondre à ces enjeux et contribuer à une meilleure qualité de vie des patients.

Dr Maria JOLNEROVSKI 
Département d'oncologie radiothérapie 
Institut de Cancérologie de Lorraine 
Nancy

Publié le 1773126927000