Synthèse de la thèse

Publié le 13 août 2025 à 15:58
Article paru dans la revue « AERIO / RIO » / Aerio- RIO N°9

Profil d'effets indésirables respiratoires des ADC :
Analyse à partir de la base nationale de pharmacovigilance française

Introduction

Les anticorps conjugués aux cytotoxiques (ADC) constituent une avancée thérapeutique majeure en oncologie, mais leurs effets indésirables (EI) pulmonaires demeurent une préoccupation importante. Dans ce contexte, notre étude vise à décrire le profil d'effets indésirables pulmonaires des ADC commercialisés en France à partir des données de la base nationale de pharmacovigilance française.

Matériel et méthodes 

L'ensemble des EI appartenant à la classe-organe MedDRA « Affections respiratoires, thoraciques et médiastinales » rapportés avec l'un des ADC commercialisés en France (i.e., belantamab mafodotin, brentuximab vedotin, enfortumab vedotin, gemtuzumab ozogamicine, inotuzumab ozogamicine, polatuzumab vedotin, trastuzumab emtansine [T-DM1], trastuzumab déruxtécan [T-DXd], sacituzumab govitecan) rapportés jusqu'au 18/01/2024 ont été extraits de la Base Nationale de PharmacoVigilance Française (BNPV). Les caractéristiques des patients, des traitements et des EI respiratoires ont été recueillis et analysées. Les cas douteux ont été revus par un comité d'experts en pneumologie, en oncologie et en pharmacovigilance.

Résultats 

Au total, 71 cas ont été inclus, soit 59 cas (83,1 %) de pneumopathie interstitielle diffuse (PID), 9 (12,7 %) d'hypertension artérielle pulmonaire (HTAP) et 3 (4,2 %) d'épanchements pleuraux. Près de 80,0 % des patients inclus étaient des femmes, avec un âge médian de 60 ans (intervalle interquartile, IQR 50-70). Soixante-douze pour cent des patients (n=51) étaient traités pour un cancer du sein. Le T-DXd était l'ADC le plus fréquemment rapporté (n=35, 49,3 %), suivi par le T-DM1 avec (n=19 cas, 26.8 %) et le brentuximab vedotin (n=12 patients, 16,9 %). Le délai de survenue des HTAP était le plus long parmi les EI pulmonaires, avec un délai médian de 1491 jours (versus 111 jours pour la PID et 42 jours pour les épanchements pleuraux). Onze décès (15 %) étaient liés à un effet indésirable pulmonaire et 59 % des cas ont nécessité une hospitalisation.

Synthèse de la thèse

Discussion/conclusion 

Cette étude rétrospective a permis de caractériser le profil d'EI respiratoires des ADC en vie réelle, confirmant la prédominance des PID, notamment sous T-DXd, T-DM1 et brentuximab vedotin. Elle a permis d'identifier deux signaux de pharmacovigilance, l'HTAP et les épanchements pleuraux. Les difficultés de prise en charge, en particulier des PID sous T-DXd, souligne la nécessité d'études prospectives pour mieux identifier les facteurs de risque et optimiser la surveillance oncologique et pneumologique des patients traités par ADC.

Dr Victor MIRLEAU

Publié le 1755093503000