Soirée Revue de presse de l’AERIO de mars 2025

Publié le 14 août 2025 à 10:57
Article paru dans la revue « AERIO / RIO » / Aerio- RIO N°9

Efficacy of Hand Cooling and Compression in Preventing Taxane-Induced Neuropathy The POLAR Randomized Clinical Trial
Laura L. et al., JAMA Oncology, mars 2025

La neuropathie induite par la chimiothérapie (NIPC) est un effet indésirable limitant dans la prise en charge de nombreux cancer. Elle concerne de nombreux médicaments cytotoxiques, notamment les taxanes, les thérapies à base de platine, les alcaloïdes de la pervenche et l'éribuline, et entraîne une neuropathie périphérique chez 58 à 78 % des patients, et jusqu'à 30 % vivent avec une invalidité à long terme. En plus de cette invalidité, la NIPC entraîne également des réductions de dose, des retards de traitement ou des arrêts de traitement compromettant les chances de survie des patients.

Actuellement, il n'existe aucune stratégie établie pour la prévention ou le traitement de la NIPC. Dans cet essai, les auteurs ont comparé l'efficacité du refroidissement ou de la compression des mains pour la prévention de la CIPN.

C'est un essai prospectif, randomisé, autocontrôlé et monocentrique. Les inclusions se sont déroulées entre novembre 2019 et janvier 2022 au Centre national des maladies tumorales de Heidelberg. Pour être inclus, les patientes devaient suivre une chimiothérapie hebdomadaire à base de taxane pour un cancer du sein primitif. Les participantes ont été randomisées en 1:1 pour recevoir soit un refroidissement soit une compression de la main dominante. Aucune intervention n'a été réalisée sur l'autre main, qui servait de contrôle intra-individuel, ni sur les pieds.

Le refroidissement a été réalisé à l'aide de gants congelés à −20 °C et la compression a été réalisée par le port de deux gants d'une taille inférieure à la taille ajustée à la main de la patiente.

Au total, 122 patientes ont été incluses et 101 ont été incluses dans l'analyse d'efficacité. 6 pa- tientes du groupe refroidissement et 1 patiente du groupe compression se sont retirées de l'étude pour mauvaise tolérance. Une NIPC de haut grade a été observée chez 50 % des participantes, et près d'une femme sur 5 a arrêté la chimiothérapie en raison d'une NIPC.

Le refroidissement a permis une réduction du risque relatif de développer une NIPC de 42 % et la compression une réduction du risque relatif de 37 %. Pas de différence significative entre les groupes d'intervention (refroidissement vs compression).

Les limites de cet essai résident dans le design de l'étude qui n'a pas pu être réalisée en aveugle ni du patient ni des soignants.

Au total POLAR est le premier essai clinique randomisé comparant l'efficacité du refroidissement et de la compression pour la prévention des NIPC. Ces deux méthodes ont montré une bonne efficacité dans cette indication. La compression, accessible, rentable et bien tolérée, pourrait jouer un rôle important en pratique clinique. Le refroidissement semble moins bien toléré et plus difficile à mettre en place en pratique.

Adjuvant immunotherapy in patients with resected gastric and oesophagogastric junction cancer following preoperative chemotherapy with high risk for recurrence (ypND and/or R1): European Organisation of Research and Treatment of Cancer (EORTC) 1707 VESTIGE study

F. Lordick et al., Annals of Oncology, février 2025

Dans la prise en charge des patients atteint d'un adénocarcinome gastro-œsophagien résécable, la recommandation actuelle est une chimiothérapie péri-opératoire selon l'essai FLOT-4 (fluorouracile, leucovorine, oxaliplatine et docétaxel). Cependant 51 % des patients traités par FLOT présentaient une maladie ganglionnaire positive (N+) après chirurgie et 16 % des patients ont subi une résection R1 et présentaient un risque élevé de récidive avec un taux de survie à 5 ans autour de 20 %.

Dans cet essai, les patients recevaient une chimiothérapie préopératoire pouvant être le protocole FLOT ou un protocole de chimiothérapie périopératoire non FLOT conforme aux recommandations. Dans le bras expérimental, les patients ont reçu du nivolumab adjuvant à 3 mg/kg par voie intraveineuse (iv) toutes les 2 semaines plus de l'ipilimumab 1 mg/kg par voie iv toutes les 6 semaines pendant un maximum d'un an ou jusqu'à progression de la maladie ou toxicité inacceptable. Dans le groupe témoin, les patients recevaient le même protocole adjuvant que celui utilisé en phase préopératoire.

Soirée Revue de presse de l’AERIO de mars 2025

VESTIGE est un essai de phase II international, multicentrique, ouvert et randomisé en 1 : 1. Les patients étaient inclus après la chirurgie si le compte-rendu anatomopathologique indiquait ypN1-3 ou R1 et le délai entre l'intervention et la randomisation ne devait pas dépasser 3 mois. Aucune sélection sur le score CPS PD-L1 ou sur le déficit de réparation des mésappariements n'a été mise en place.

Au total entre 2019 et 2022, 98 patients ont été randomisés dans le groupe nivolumab/ipilimumab et 97 dans le groupe chimio- thérapie. Une analyse intermédiaire non planifiée a été demandée par l'EORTC en juin 2022 : la médiane de survie sans maladie était de 11,4 mois pour le groupe à l'étude vs 20,8 pour le groupe chimiothérapie. La survie globale médiane était de 27,6 mois dans le groupe immunothérapie et de 38,0 mois dans le groupe chimiothérapie. Dans le groupe immunothérapie, 34 % des patients ont abandonné le traitement en raison d'une maladie évolutive et 32 % des patients en raison d'événements indésirables.

Le recrutement a été prématurément interrompu pour futilité.

En conclusion, l'essai VESTIGE a montré que l'association nivolumab/ipilimumab n'améliorait pas la survie sans maladie par rapport à la chimiothérapie adjuvante standard et les résultats suggèrent que l'immunothérapie adjuvante est moins efficace que la poursuite de la chimiothérapie périopératoire. De futures études translationnelles pourraient apporter plus de précisions sur l'utilité de PD-L1 dans le cadre d'autres études périopératoires.

Pembrolizumab Plus Docetaxel Versus Docetaxel for Previously Treated Metastatic Castration-Resistant Prostate Cancer: The Randomized, Double- Blind, Phase III KEYNOTE-921 Trial

Daniel P. Petrylak et al., JCO, mars 2025

Actuellement, le traitement de référence du cancer de la prostate métastatique résistant à la castration (CPRCm) après traitement par une hormonothérapie de deuxième génération est le docétaxel. Le pembrolizumab a démontré une activité antitumorale durable en monothérapie pour les participants atteints de mCRPC précédemment traités par docétaxel et abiratérone et/ou enzalutamide dans les cohortes 1 à 3 de l'étude KEYNOTE-199.

L'essai KEYNOTE-921 a évalué l'efficacité et la tolérance du pembrolizumab associé au docétaxel chez les patients atteints de CPRCm après progression ou arrêt pour toxicité sous hormonothérapie de seconde génération. Les patients ont reçu du docétaxel iv 75mg/m2 toutes les 3 semaines pendant 10 cycles associé à une prise de prednisone quotidienne, et soit du pembrolizumab iv 200 mg, soit un placebo apparié toutes les 3 semaines pendant environ 2 ans. Cet essai était un essai de phase III, randomisé en 1 : 1, en double aveugle, multicentrique et contrôlé par placebo.

Au total, entre le 30 mai 2019 et le 17 juin 2021, 515 patients ont été inclus dans le groupe pembrolizumab et 515 dans le groupe placebo. Une maladie PD-L1-positive a été identifiée par immunohistochimie chez 20 à 25 % des patients dans chaque groupe.

Pas de différence significative pour les deux critères de jugement principaux. La médiane de survie sans progression était de 8,6 mois (IC à 95 %, [8,3 à 10,2]) pour le groupe à l'étude contre 8,3 mois (IC à 95 %, [8,2 à 8,5]) pour le groupe placebo (HR, 0,85 [IC à 95 %, 0,71 à 1,01] ; P=0,03) et la survie globale médiane était de 19,6 mois (IC à 95 %, 18,2 à 20,9) pour le groupe à l'étude contre 19,0 mois (IC à 95 %, 17,9 à 20,9) pour le groupe placebo (HR, 0,92 [ICà95%,0,78à1,09];P=0,17). Absence d'amélioration significative de la survie sans progression et de la survie globale dans le sous-groupe PDL1 positif.

Au total, l'ajout du pembrolizumab au Docetaxel n'a pas amélioré la survie sans progression ni la survie globale des patients atteints de CPRCm après échec ou toxicité d'une hormonothérapie de seconde génération.

Encorafenib, cetuximab and chemotherapy in BRAF-mutant colorectal cancer: a randomized phase 3 trial

Scott Kopetz et al., Nature Medicine, janvier 2025

La mutation BRAF V600E est une mutation de mauvais pronostic retrouvée dans 8 à 12 % des cancers colorectaux métastatiques (mCRC). L'encorafenib est un inhibiteur sélectif de BRAF déjà approuvé dans le traitement des mCRC mutant BRAF V600E précédemment traité, en association au cetuximab, sur la base des résultats de l'étude BEACON.

BREAKWATER est une étude de phase 3, multicentrique évaluant l'efficacité de l'association de l'encorafenib et du Cetuximab +/- chimiothérapie en première ligne dans le mCRC avec mutation BRAF V600E. Les patients mutés RAS étaient exclus.

Les patients étaient randomisés aléatoirement entre 3 bras différents :

• Encorefenif + Cetuximab (EC) ; L Encorefenif + Cetuximab + chimiothérapie standard (EC + mFOLFOX6) ;

• Chimiothérapie standard (mFOLFOX6 ou FOLFOXIRI ou FOLFIRI ou CAPOX) +/- bévacizumab (SOC).

Suite à une modification du protocole, l'inscription au bras EC a été arrêtée et les patients ont été randomisés 1:1 dans les bras EC+mFOLFOX6 ou SOC.

Ici sont présentés les résultats préliminaires de cette étude, présentés lors du Symposium ASCO GI Cancers 2025. Au total, entre novembre 2021 et décembre 2023, 236 patients ont été randomisés dans le groupe EC+mFOLFOX6 et 243 dans le groupe SOC. À la date limite de collecte des données (22 décembre 2023), le traitement à l'étude était en cours chez 137 patients du groupe EC+mFOLFOX6 et chez 82 patients du groupe SOC.

Critères de jugement principaux : le taux de réponse objective était de 60,9 % EC-mFOLFOX6 vs 40 % pour le groupe SOC (odds ratio = 2.443 (95% CI: 1.403–4.253 ; P = 0.0008)) et la médiane de survie sans progression n'a pas encore été analysée car le nombre d'événements requis spécifié dans le protocole n'a pas encore été atteint.

Critères de jugement secondaires : La survie globale médiane n'était pas atteinte dans le groupe EC-mFOLFOX6 et était de 14,6 mois dans le groupe SOC.

Plus d'évènements indésirables ont été reportés dans le groupe EC+mFOLFOX6, 99,6 % contre 97,8 % dans le groupe SOC, notamment plus de rash cutané, d'anémie ou de neuropathie. Des événements indésirables graves liés au traitement sont survenus chez 37,7 % du groupe EC+mFOLFOX6 contre 34,6 % des patients du groupe SOC. Pas de décès lié au traitement n'a été rapporté.

En conclusion, l'étude BREAKWATER a démontré un bénéfice clinique considérable avec l'association EC+mFOLFOX6 en première intention chez les patients atteints de CCRm avec mutation BRAF V600E. Des analyses pré-spécifiées de la survie sans progression à maturité et de la survie globale sont prévues.

Neoadjuvant chemoradiotherapy followed by active surveillance versus standard surgery for oesophageal cancer (SANO trial): a multicentre, stepped-wedge, cluster-randomised, non-inferiority, phase 3 trial

Berend J van der Wilk et al., The Lancet Oncology, mars 2025

Le standard actuel dans la prise en charge du cancer de l'œsophage ou de la jonction œsogastrique (JOG) localement avancé est une chimioradiothérapie néo-adjuvante suivi d'une œsophagectomie radicale.

Après un traitement trimodal, 25 à 50 % des patients obtiennent une réponse pathologique complète et 30 à 40 % développeront des métastases à distance ! L'œsophagectomie est une intervention chirurgicale morbide associée à un risque de complications postopératoires importantes chez 60 % des patients, à une mortalité hospitalière et à une diminution de la qualité de vie.

L'essai préSANO a évalué la réponse clinique après une radiochimiothérapie néoadjuvante. Au total, 90 % des tumeurs résiduelles après radiochimiothérapie ont pu être détectées par une évaluation clinique complète comprenant une échoendoscopie avec aspiration à l'aiguille fine des ganglions lymphatiques suspects + une endoscopie avec biopsies "bite-on-bite" + TEP- TDM.

L'essai SANO évalue une stratégie de surveillance active qui pourrait permettre d'éviter une chirurgie « inutile » en cas de réponse complète prolongée ou en cas d'évolution métastatique précoce. C'est un essai de phase 3, multicentrique, de non infériorité réalisé selon un protocole de randomisation en stepped-wedge.

Les patients atteints d'un carcinome localement avancé de l'œsophage ou de la JOG et devant bénéficier d'une chimioradiothérapie néoadjuvante selon le protocole CROSS, suivie d'une intervention chirurgicale, étaient éligibles. Les groupes étaient randomisés entre surveillance active selon le protocole décrit dans l'essai préSANO vs œsophagectomie. Le taux de survie à 2 ans pour une surveillance active devait être 15 % inférieure ou moins au groupe contrôle.

Au total, 1115 patients ont été dépistés entre novembre 2017 et janvier 2021, finalement 309 patients ont été inclus. 198 ont eu une surveillance active et 111 ont subi une intervention chirurgicale standard. La survie globale à 2 ans dans le groupe surveillance active était non inférieurs au groupe chirurgie standard (74% [95% CI 69-78] vs 71% [95% CI 62-78]).

La fréquence des complications et de la mortalité postopératoire était similaire entre les deux groupes. 30 mois après la fin de la RCT néoadjuvante, 43 % des patients du groupe de surveillance active présentaient des métastases distantes contre 34 % des patients du groupe chirurgical standard.

Les participants qui ont fait l'objet d'une surveillance active (y compris les participants ayant une œsophagectomie différée en cas de repousse locorégionale), avaient une qualité de vie significativement meilleure que les participants ayant subi une chirurgie standard à 6 et 9 mois.

En conclusion, après un suivi minimum de 2 ans, la survie globale après une surveillance active n'était pas inférieure à celle d'une intervention chirurgicale standard et fournit un cadre pour une prise de décision partagée et le développement de protocoles d'évaluation de la réponse clinique, cependant, un suivi plus long est nécessaire pour évaluer la solidité de cette stratégie.

Soirée Revue de presse de l’AERIO de mars 2025

Rédigé par Julie BECLIN

Publié le 1755161871000