
La 16e édition des Journées francophones Alvéole s'est tenue les 19 et 20 mars 2026 à Nantes. Organisé par le groupe de travail Alvéole de la Société de Pneumologie de Langue Française, ce rendez-vous de la réadaptation respiratoire réunit tous les deux ans les professionnels impliqués dans la réadaptation respiratoire et la prise en charge des maladies respiratoires chroniques. Cette diversité professionnelle a, cette année encore, permis des échanges particulièrement riches autour des enjeux actuels et futurs de la discipline.
Comme lors de la précédente édition, les adhérents de l'AJPO2 avaient l'opportunité d'être invités à ce congrès. Cette année, l'AJPO2 a également eu l'honneur de modérer une session intitulée « Allier efficacement sevrage tabagique et réadaptation respiratoire ». Cette session a rappelé que les programmes de réadaptation respiratoire constituent un moment particulièrement propice pour initier une démarche de sevrage tabagique. Au-delà des outils thérapeutiques disponibles, les échanges ont mis en avant l'importance de la motivation du patient, parfois révélée ou renforcée lors des bilans initiaux, au cours des séjours en centre ou encore lors des ateliers d'éducation thérapeutique. L'environnement multidisciplinaire et la relation de confiance construite avec les équipes apparaissent aussi comme des leviers majeurs pour accompagner les patients dans leur changement de comportement et les aider dans leur démarche de sevrage du tabac.
Le thème de cette édition, « Au fil du temps », a permis de revenir sur les dernières avancées de la réadaptation respiratoire et d'aborder les perspectives d'évolution pour l'avenir.

Un constat était au centre des discussions : la réadaptation respiratoire occupe aujourd'hui une place essentielle dans la prise en charge des patients atteints de maladies respiratoires chroniques, avec des bénéfices démontrés sur la dyspnée, la capacité d'exercice, la qualité de vie et même sur le pronostic des patients. Pourtant, son accessibilité reste encore largement insuffisante. En France, moins de 15 % des patients atteints de bronchopneumopathie chronique obstructive accèdent à un programme de réadaptation respiratoire, et seuls 8 % après une hospitalisation pour exacerbation, alors que cette prise en charge représente un bénéfice pronostique majeur.
Face à ce constat, plusieurs sessions ont mis en avant de nouveaux modèles de réadaptation destinés à améliorer l'accès aux soins.
Tout d'abord, la place de la téléréadaptation a été largement abordée. Les données présentées montrent une efficacité comparable aux programmes réalisés en centre, tant sur l'amélioration des capacités d'exercice que sur la qualité de vie ou l'adhésion à long terme. Dans ce sens, plusieurs outils numériques ont été présentés pour favoriser ces programmes en distanciel : plateformes sécurisées de télésuivi, applications mobiles, montres et objets connectés permettant le suivi de l'activité physique ou de certains paramètres physiologiques, ainsi que des systèmes de coaching comportemental à distance. Ces outils permettent un suivi plus continu, une personnalisation plus fine des objectifs thérapeutiques et une meilleure intégration de l'activité physique dans la vie quotidienne des patients.
De même, les expérimentations nationales menées dans le cadre de l'article 51 ont démontré que des programmes intégrant prise en charge à domicile, télésuivi et accompagnement à distance étaient possibles et efficaces. Ces programmes permettent d'augmenter le nombre de patients bénéficiant d'une réadaptation respiratoire tout en réduisant les coûts globaux de santé.
Le développement de ces nouvelles modalités de réadaptation dans le parcours de soins des patients devrait se poursuivre à l'avenir puisqu'il a été annoncé l'intégration prochaine de la réadaptation respiratoire à domicile dans un Parcours Coordonné Renforcé 2026–2027, ouvrant la voie à une diff usion plus large de ces nouveaux modèles.
Avec l'arrivée des nouvelles modalités, le numérique pourrait alors occuper une place essentielle dans le futur de la réadaptation, et l'intelligence artificielle a également été abordée comme un outil supplémentaire prometteur. En dehors de son rôle en réadaptation, son développement pourrait permettre, à terme, d'identifier précocement les patients à risque d'exacerbation, de détecter une baisse de l'activité physique, de personnaliser davantage les programmes de réadaptation ou encore d'automatiser certaines tâches de suivi clinique. Si ces perspectives apparaissent particulièrement intéressantes, les experts ont insisté sur la nécessité de rester vigilants face aux biais algorithmiques et aux inégalités potentielles d'accès au numérique. De même, les intervenants ont également rappelé plusieurs limites à ces innovations numériques : nécessité de former à la fois les patients et les soignants, enjeux organisationnels dans la mise en place des dispositifs et importance de préserver une relation humaine au coeur de ces nouveaux parcours de soins.
Pour finir, il a été rappelé que quel que soit le mode de prise en charge, en centre, à domicile ou à distance, l'objectif final de la réadaptation reste identique : obtenir une modification durable des comportements afin de maintenir les bénéfices thérapeutiques sur le long terme.
De la même manière que la réadaptation, l'activité physique adaptée (APA) est prescrite depuis une dizaine d'années mais reste insuffisamment utilisée en pratique, principalement en lien avec un manque de formation des prescripteurs et une méconnaissance des structures d'orientation. Une session était dédiée aux Maisons Sport-Santé (MSS), qui ont été identifiées comme des outils essentiels pour promouvoir l'activité physique, accompagner les patients atteints de maladies chroniques et maintenir les bénéfices de la réadaptation à long terme. En eff et, depuis 2019, ces MSS se sont développées (plus de 550 en France) et sont labellisées par les ARS depuis 2023. Pour aider le prescripteur, les recommandations HAS ont établi des outils d'aide afin d'orienter les patients BPCO vers la structure adaptée à la sévérité de leur maladie.
D'autres thématiques ont pu être abordées sur l'ensemble des deux journées de congrès.
Dans le contexte de dérèglement climatique actuel, il a été rappelé que les facteurs environnementaux comme la pollution (extérieur, domestique) et le réchauff ement climatique impactent fortement la santé respiratoire, et doivent être pris en compte dans la prise en soin et la pratique d'activité physique chez tous, et particulièrement chez les personnes souff rant d'une maladie respiratoire chronique.
Une session a abordé la notion de contrôle de la BPCO, récemment intégrée dans les nouvelles recommandations. Ce contrôle repose sur l'évaluation de deux dimensions : l'impact clinique de la maladie (symptômes, limitation fonctionnelle, exacerbations) et sa stabilité dans le temps. En cas de BPCO non contrôlée, les experts ont insisté sur la nécessité d'une réévaluation globale : confirmer le diagnostic, optimiser les traitements, rechercher des « traits traitables » respiratoires ou extra-respiratoires (sarcopénie, comorbidités cardiovasculaires, syndrome d'apnées du sommeil, obésité) et intégrer précocement la réadaptation respiratoire avant d'envisager d'autres stratégies thérapeutiques, notamment interventionnelles ou biologiques.

Enfin, une session était dédiée à la dyspnée, symptôme central des maladies respiratoires chroniques et source de limitation à l'eff ort. Dans ce cadre, plusieurs approches non pharmacologiques visant à réduire sa perception pendant l'eff ort ont été mises en avant comme la mise en place d'un flux d'air facial via un ventilateur, l'inhalation de menthol, la musique ou encore le recours à l'hypnose dont les premiers résultats semblent prometteurs. De même, l'adaptation de l'entraînement constitue également une autre approche pertinente pour réduire l'intensité de dyspnée. D'une part, l'entraînement des muscles inspiratoires améliore la force respiratoire, la capacité d'exercice et la dyspnée, en particulier chez les patients fragiles ou incapables de réaliser les programmes d'entraînement physique dynamique habituels (vélo, tapis de course). D'autre part, des stratégies d'exercice adaptées (exercices simplifiés, travail unilatéral de chaque membre, marche en descente, entraînement fractionné) permettent de réduire l'intensité de la dyspnée, de limiter l'hyperinflation dynamique et ainsi d'améliorer la tolérance à l'exercice et donc l'adhésion des patients. Le recours à l'électrostimulation constitue une alternative également intéressante.
Pour conclure, cette édition 2026 du congrès Alvéole a mis en lumière les limites actuelles de la réadaptation respiratoire, tout en suggérant des perspectives d'évolution vers une prise en charge plus personnalisée et plus connectée, avec toujours le même objectif : aider les patients à changer durablement leurs comportements, encourager l'activité physique et améliorer leur qualité de vie.

Lucien JURET
Interne de Pneumologie
Clermont-Ferrand
Relecture
Pr Frédéric COSTES
PU-PH au CHU de Clermont-Ferrand

