
« La vie c'est ce qui arrive lorsque vous êtes en train de prévoir autre chose » écrivait John LENNON dans la chanson Beautiful Boy (Darling Boy) dédiée à son fils Sean, sur l'album Double Fantasy, le dernier sorti… avant son assassinat. Cependant, même si l'incertitude de la vie est par essence l'imprévu, tout n'est pas non plus si imprévisible, et par conséquent prévoir, qui est différent de planifier, permet de s'adapter au mieux à ce qui arrivera.
Donc prévoir la possibilité d'une évolution de carrière différente de celle qui était désirée pour des raisons de santé, prévoir l'arrêt de sa carrière, temporaire ou définitive, en raison d'une maladie, prévoir sa retraite, prévoir sa transmission, prévoir son décès, tout comme celui de John Lennon souvent non prévu, bien que pour nous toutes et tous inéluctable, ne porte pas malheur pour autant. Mais en cas de survenue, l'avoir prévu permet juste de s'adapter, d'être protégé ou de protéger les siens. Ceci est d'autant plus vrai que nous faisons un métier particulièrement exposé en termes de risques liés à un mauvais état de santé.
En effet, en octobre 2023 le Rapport sur la santé des professionnels de santé réalisé sous le ministère délégué chargé de l'organisation territoriale et des professions de santé de Mme Agnès FIRMIN LE BODO [1], fruit d'entretiens, de visites de terrain et de la consultation de 50 000 professionnels de santé, rapportait que 46 % des soignants avaient déclaré être tombés malades au cours des trois derniers mois, contre seulement 27 % des salariés en général. De plus, seulement 54 % des soignants étaient satisfaits de leur équilibre vie professionnelle/ vie personnelle, contre 75 % des autres actifs. Enfin 31 % des soignants travaillaient la nuit et les week-end, contre 21 % des salariés en général.
En ce qui concerne plus particulièrement les praticiens, une enquête récente du SNPHARe publiée dans WhatsUp Doc [2] confirme un état de santé des praticiens hospitaliers beaucoup plus altéré que celui de la population générale. Ces données inquiétantes méritent d'être consolidées par une étude plus large, et peutêtre comparative avec l'exercice libéral, mais il n'est plus à prouver que, à l'instar des policiers, des pompiers, des militaires, et de tous les serviteurs du service public, les praticiens de l'hôpital public sont particulièrement exposés professionnellement, et encore plus en cas de « crises », qui ne font que se répéter, ou dont la répétition les rend tellement quotidiennes voire banales.
Face à ce triste constat, malheureusement les actions proposées par nos ministres, détaillées dans le dossier de presse du 22 mai 2026 sur « la Santé des Professionnels de Santé » [3] se résument à des annonces qui engagent peu, ou alors dans un dédale de comitologie, et même pourraient être vécues comme culpabilisantes pour les praticiens en mauvaise santé. La santé est-elle vraiment un droit, ou ne serait-elle pas plutôt une obligation performante d'une société dans laquelle la santé serait au service de l'économie et non l'inverse ?
Et si l'on détaille la sémantique de ce dossier de presse, nous avons dans l'ordre du florilège des propositions :
Un « numéro unique d'appel ».
S'inscrire à un module « être acteur de sa propre santé ».
Lancer un « appel à projet sur les recherches en santé des soignants ».
La mise en place de « minutes de prévention ».
La facilitation du « déploiement d'actions de prévention et de santé publique pour les soignants ».
La création d'un « label national 3S » - Santé et Soins des Soignants (SIC).
Garantir « l'anonymisation des données de santé des soignants » pour préserver leur confidentialité.
Mettre en place une « incitation au dialogue autour du DUERP et du PAPRIPACT » (reSIC).
Renforcer les compétences des « infirmiers santé au travail » de la fonction publique hospitalière.
Lancer une « mobilisation nationale » en faveur de la santé des soignants.
Organiser un « bilan périodique sur l'état de santé des professionnels de santé par la DREES ».
Et pour les professionnels de nuit « favoriser les temps de pause et développer des accès adaptés des services administratifs aux horaires atypiques » (rereSIC).

Tous ces voeux pieux afin de tenter de réduire les risques liés à la mauvaise santé des soignants et plus particulièrement des praticiens, ne supprimera malheureusement jamais totalement leurs conséquences. Ne faudrait-il pas plutôt se poser la question de l'état de « santé » globale du système de soin, plutôt que de se focaliser sur la « santé » individuelle de ses acteurs ? En attendant il est prioritaire que les hospitalières et les hospitaliers, ainsi que leurs familles, soient protégés au moins aussi bien que les autres salariés, notamment en cas de maladie, de handicap ou de décès.
L'INPH dans le dossier spécial de ce numéro 33, à défaut d'améliorer votre état de santé avec des « minutes de prévention », vous propose d'utiliser ces minutes pour lire les articles remarquables qui suivent, pour tout comprendre sur la prévoyance des PH et des HU en cas de maladie, de handicap ou de décès, pour vous aider à vous protéger et protéger votre famille. Tant il est vrai que tout prévoir, et surtout le pire, permet de s'adapter à toutes les situations de la vie. Et surtout n'attendez pas tout de votre employeur, car il n'assurera pas complètement cette prévoyance.
Enfin, par ce MAG, l'INPH exprime toute sa solidarité à tous nos collègues, ainsi qu'à leurs familles, qui sont malheureusement touchés par la maladie ou par le deuil.
Références
1. https://sante.gouv.fr/IMG/pdf/rapport_sante_des_professionnels_de_sante_.pdf
2. https://environnementsantepolitique.fr/2026/06/24/un-etat-des-lieux-preoccupant-de-la-sante-des-praticienshospitaliers/
3. https://sante.gouv.fr/IMG/pdf/dp_-_sante_des_professionels_de_sante.pdf

Dr Eric OZIOL
Rédacteur en Chef

