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Publié le 23 juin 2026 à 12:15
Article paru dans la revue « FDVF-RJD - La Revue des Jeunes Dermatologue » / FDVF N°4

Les engagements écoresponsables des laboratoires dermocosmétiques et pharmaceutiques présents lors des congrès de dermatologie restent encore difficiles à appréhender et apparaissent très hétérogènes d'une entreprise à l'autre. À l'occasion du 6e congrès annuel des FDVF organisé à Lyon, nous avons souhaité mieux comprendre la nature des actions environnementales mises en oeuvre par ces laboratoires, ainsi que leurs stratégies globales de durabilité.
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Pour ce faire, un questionnaire a été élaboré, explorant plusieurs axes :

  • La stratégie environnementale globale de l'entreprise ;
  • La formulation des produits et le choix des ingrédients ;
  • La gestion des emballages ;
  • Les modes de production et de logistique ;
  • Ainsi que les actions de formation et de sensibilisation en interne.

Les questions, ouvertes, ont été posées oralement en présentiel à sept laboratoires dermocosmétiques ayant accepté de participer à cette enquête, dont l'objectif principal était de favoriser le dialogue entre industriels et professionnels de santé autour des enjeux environnementaux.

Stratégie environnementale des entreprises

La Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE) désigne l'intégration volontaire par les entreprises de préoccupations sociales, environnementales et éthiques dans leurs activités économiques et leurs relations avec les parties prenantes (salariés, clients, fournisseurs, collectivités, etc.).

L'ensemble des laboratoires interrogés a déclaré disposer d'une stratégie RSE formalisée, avec au moins un référent dédié, voire un département spécifique pour les structures de plus grande taille.

En revanche, les réponses concernant les certifications et labels environnementaux se sont révélées plus hétérogènes. Trois laboratoires sur sept ont indiqué utiliser un score d'impact environnemental tel que EcoBeauty Score®, le Green Impact Index® (sous l'égide de l'AFNOR) ou Ecoscore®. Ces outils visent à évaluer l'impact global d'un produit tout au long de son cycle de vie, depuis l'approvisionnement en matières premières et en emballages jusqu'à la fabrication, le transport, l'utilisation par le consommateur et la gestion des déchets après usage.

Par ailleurs, trois laboratoires ont rapporté être engagés dans des programmes environnementaux externes, notamment dans le domaine de la protection des océans, en collaboration avec des associations telles qu'Andromède Océanologie, Plastic Bank ou Kresk4Oceans.

Formulation des produits et choix des ingrédients

Concernant le choix des matières premières, deux laboratoires ont indiqué s'appuyer sur le label EcoVadis® pour évaluer la performance RSE de leurs fournisseurs. Deux autres ont mentionné l'utilisation de matières premières importées (beurre de karité, myrte), issues de filières éthiques, avec une attention portée à la durabilité des cultures et à l'impact social sur les populations locales.

Cependant, pour la majorité des laboratoires, les critères principaux de sélection des ingrédients demeure la qualité et l'efficacité, l'impact environnemental étant évoqué comme un critère secondaire. L'origine précise des matières premières reste le plus souvent peu détaillée.

La question de la biodégradabilité des produits après utilisation demeure un point encore peu abordé. Seuls trois laboratoires sur sept ont mentionné des démarches spécifiques concernant la biodégradabilité des produits rincés. L'un d'entre eux a mis en place des tests d'écotoxicité sur les algues, afin de déterminer les concentrations environnementales nocives, ainsi que des tests de biodégradabilité. Ces démarches restent toutefois ponctuelles et ne concernent pas l'ensemble des gammes.

Emballages et packaging

Tous les laboratoires interrogés ont souligné la nécessité de réduire les emballages, notamment par :

  • La diminution du grammage des cartons ;
  • La suppression des notices papier.

Aucun des laboratoires ne propose actuellement de contenants en plastique 100 % recyclé, mais cet objectif est mentionné par plusieurs d'entre eux comme une perspective à l'horizon 2030.

Un laboratoire a mis en avant l'utilisation de l'outil SPICE® (Sustainable Packaging Initiative for Cosmetics), développé par l'industrie cosmétique, permettant d'évaluer l'impact environnemental des emballages.

Quatre laboratoires sur sept proposent des éco-recharges, toutefois uniquement pour certains produits. Concernant la recyclabilité des contenants, un seul laboratoire garantit la recyclabilité de l'ensemble des flacons de ses gammes. Un autre a précisé utiliser des encres et vernis compatibles avec les filières de recyclage françaises, ainsi que des emballages mono-matériau, avec une finition volontairement simplifiée.

Production et logistique

Selon les déclarations des laboratoires interrogés, cinq laboratoires sur sept disposent de sites de production implantés en France, avec pour objectif affiché de limiter l'impact environnemental lié au transport et à la logistique.

Plusieurs entreprises rapportent avoir engagé des démarches structurées de réduction de leur impact environnemental, reposant notamment sur des objectifs internes chiffrés de diminution des émissions de gaz à effet de serre, sur la mise en place de politiques visant à réduire les déchets, ainsi que sur le recours à des sources d'énergie renouvelable pour l'alimentation de leurs sites de production et de leurs bureaux. Ces éléments reposent toutefois sur des données déclaratives, sans accès direct aux indicateurs ou aux méthodologies utilisées.

Des actions ont également été mentionnées, telles que l'optimisation des systèmes de refroidissement, la réduction de la consommation d'eau ou le développement de procédés industriels moins énergivores, notamment via la formulation à froid. Plusieurs laboratoires déclarent par ailleurs avoir mis en place des dispositifs de tri, de réemploi interne et de valorisation des déchets.

Concernant la logistique, certains laboratoires indiquent mener des actions visant à limiter l'empreinte carbone du transport, telles que l'optimisation des flux ou la compensation d'une partie des émissions résiduelles. Néanmoins, pour les entreprises ayant une distribution internationale, le recours au transport aérien reste un facteur majeur d'émissions.

Enfin, plusieurs laboratoires rapportent avoir réalisé ou engagé un bilan d'émissions de gaz à effet de serre, portant sur tout ou partie de leurs activités. Le périmètre, la méthodologie et le niveau de détail de ces bilans n'ont cependant pas été systématiquement précisés dans le cadre de cette enquête.

Sensibilisation et transparence

Les modalités de communication des engagements environnementaux auprès des professionnels de santé, des patients et du grand public apparaissent très variables selon les laboratoires interrogés. D'après les déclarations recueillies, la communication à destination des professionnels de santé repose principalement sur des supports intégrés aux visites médicales (diapositives dédiées, discours oral), bien que ces éléments ne soient pas systématiquement présentés et restent souvent secondaires par rapport aux informations produits.

Concernant la sensibilisation et la formation en interne, la majorité des entreprises rapporte avoir mis en place des dispositifs structurés, reposant notamment sur :

  • Des sessions de formation périodiques (annuelles ou bi-annuelles), parfois assorties d'une validation des acquis ; 
  • Des séminaires internes intégrant des thématiques environnementales ; 
  • Des outils pédagogiques tels que la “fresque du climat” (2 laboratoires indiquent avoir mis en place ce moyen de sensibilisation) ; 
  • Des actions de sensibilisation plus informelles (défis internes, journées thématiques, interventions du référent RSE).

Le temps consacré à ces formations reste néanmoins limité et variable, représentant selon les déclarations une fraction restreinte du temps de formation global des équipes.

Dans l'ensemble, si des dispositifs de communication et de sensibilisation existent, leur visibilité effective auprès des professionnels de santé et leur appropriation par les équipes apparaissent inégales, suggérant une marge d'amélioration en termes de structuration, de lisibilité et d'intégration de ces enjeux dans les pratiques courantes.

Ouverture et perspectives

Les priorités environnementales déclarées pour les trois à cinq prochaines années concernent principalement la réduction de l'impact des emballages, avec des objectifs portant sur la diminution des packagings secondaires, l'allègement des matériaux utilisés et, pour certains acteurs, des cibles ambitieuses de réduction voire de suppression du plastique à moyen terme. La dématérialisation des supports (réduction du papier, recours aux QR codes) et l'évolution des modes de transport professionnels (véhicules électriques, limitation des déplacements aériens) figurent également parmi les axes fréquemment cités.

Plusieurs laboratoires soulignent par ailleurs des priorités liées aux formulations, en particulier pour les produits solaires, avec la nécessité de concilier exigences environnementales, efficacité et tolérance cutanée, notamment chez des populations de patients spécifiques. Ces contraintes sont présentées comme un facteur limitant la rapidité des évolutions possibles.

Concernant les freins et défis identifiés, les répondants évoquent de manière récurrente les résistances au changement, tant du côté des professionnels de santé que des patients. Les habitudes de prescription, l'attachement à certains dispositifs (notamment les échantillons) ou encore la réticence de certains consommateurs face à des alternatives perçues comme moins pratiques (par exemple les systèmes de recharge ou encore les fontaines) sont décrites comme des obstacles importants. La question des échantillons apparaît comme un point de tension transversal : s'ils sont identifiés comme une source potentielle de déchets, ils sont également décrits comme un outil parfois indispensable à l'adhésion thérapeutique et à l'éducation des patients, nécessitant un arbitrage entre enjeux environnementaux et pratiques cliniques.

Enfin, une majorité des laboratoires interrogés exprime le souhait d'une collaboration renforcée avec les professionnels de santé pour faire évoluer les pratiques. Cette collaboration est envisagée principalement sous la forme de temps d'échanges et de concertation, tels que des tables rondes, afin de favoriser une évolution conjointe des comportements des industriels, des prescripteurs et des consommateurs.

Dans l'ensemble, les perspectives décrites soulignent que la transition vers des pratiques plus durables est perçue comme un processus collectif et progressif, nécessitant l'implication coordonnée des industriels, des professionnels de santé et des patients.

Publié le 1782209744000