Actualités : DIU pathologie de la muqueuse buccale, faculté de médecine de tours / sorbonne université

Publié le 22 juin 2026 à 15:31
Article paru dans la revue « FDVF-RJD - La Revue des Jeunes Dermatologue » / FDVF N°4

Coordonnateurs

PARIS : Professeur Chloé BERTOLUS

TOURS : Professeur Mahtab SAMIMI

Directeurs de l'enseignement

PARIS : Docteur AGBO-GODEAU Scarlette – Docteur Jebrane BOUAOUD

TOURS : Professeur Mahtab SAMIMI

La pathologie de la muqueuse buccale est à l'interface de plusieurs spécialités (dermatologie, stomatologie, ORL et odontologie) ce qui la rend peu accessible lors de la formation initiale de chaque discipline. Elle fait pourtant partie du quotidien clinique : ulcérations, lésions blanches, stomatites, sécheresse, douleurs buccales… qui restent parfois difficiles à aborder y compris pour des dermatologues en exercice.

Le DIU de pathologie de la muqueuse buccale s'inscrit dans une histoire déjà ancienne. Sa création en 1995 repose sur un rapprochement entre les équipes de dermatologie, de chirurgie maxillo-faciale et de stomatologie du CHU de Tours (Pr Loïc Vaillant, Pr Dominique Goga, Dr Brigitte Huttenberger) et celles de la Pitié Salpêtrière (Pr Henri Szpirglas, Dr Scarlette Agbo-Godeau). Cette dynamique s'est construite autour d'une approche pluridisciplinaire, nourrie par des consultations conjointes et des échanges réguliers entre spécialités. Aujourd'hui, plus de 30 ans après sa création, ce DIU reste porté conjointement par les équipes de Tours et de Sorbonne Université.

Ce DIU a accompagné mon propre parcours, puisque j'ai moi-même suivi cette formation en tant que cheffe de clinique entre 2008 et 2010 (le DIU était sur deux ans). Lorsque je l'ai commencé, j'ai découvert à quel point cette partie de la discipline m'était peu connue, entre sémiologie spécifique, entités stomatologiques méconnues des dermatologues, lien avec l'environnement dentaire… Ce DIU a constitué un véritable tournant et le point de départ d'une expertise devenue centrale aujourd'hui dans mon activité.

Au fil des années, le DIU a évolué pour s'adapter aux contraintes actuelles tout en conservant son ADN. Il est aujourd'hui proposé sur une seule année. L'enseignement associe trois sessions de deux jours de cours magistraux (à la Pitié Salpêtrière en octobre et janvier, puis à Tours en mars) et, entre octobre et juin, une quinzaine de journées pratiques présentielles (un à deux vendredis par mois). Ces journées comportent :

  • Le matin : des consultations spécialisées encadrées par les enseignants du DIU ;
  • L'après-midi : des ateliers en petits groupes centrés sur des cas cliniques et l'analyse iconographique.

La spécificité du DIU repose sur cette immersion clinique. Les étudiants participent à des consultations à la Pitié-Salpêtrière ou au CHU de Tours, encadrés par des équipes pluridisciplinaires (dermatologues, chirurgiens maxillo-faciaux, chirurgiens oraux, dentistes). Plusieurs praticiens consultent simultanément, permettant aux étudiants de circuler entre les salles et de confronter les approches en temps réel. À l'heure du e-learning, ce modèle peut sembler plus exigeant. Nous avons d'ailleurs envisagé une évolution vers un format plus digital en post-COVID. Avec le recul, nous sommes heureux d'avoir conservé cette exigence de présentiel : c'est précisément cette approche pratique qui fait aujourd'hui la force du DIU. Les effectifs sont volontairement limités afin de garantir un encadrement de qualité, et les étudiants viennent de toute la France, souvent par bouche-à-oreille, pour bénéficier de cet enseignement « au lit du malade ».

Il s'agit d'un DIU en petit groupe, presque familial. Le temps d'une année, on se voit régulièrement lors des consultations présentielles, on travaille en ateliers autour de reconnaissances iconographiques (l'épreuve pratique comporte une session où il faut identifier 20 vignettes cliniques « au coup d'œil »), on crée également un groupe Whatsapp où on s'échange des cas, des questions, des situations pratiques. Souvent, on garde un lien avec les anciens étudiants du DIU qui continuent d'échanger autour de cas qui les ont marqués ou qui s'investissent plus profondément dans la « communauté » de dermatologie buccale via l'adhésion à notre association, le GEMUB (Groupe d'Etudes de la Muqueuse Buccale).

La dermatologie constitue une spécialité médicale vaste, dont la pratique repose sur un examen clinique complet. Celui-ci comprend l'évaluation de l'état cutané, des phanères, mais également des muqueuses. L'examen des muqueuses place ainsi le dermatologue à l'interface de plusieurs disciplines, notamment la gynécologie, la proctologie, l'ophtalmologie, la dentisterie, la stomatologie, l'oto-rhino-laryngologie et la chirurgie maxillo-faciale.

Bien que l'examen des muqueuses fasse pleinement partie de l'examen clinique dermatologique, de nombreux praticiens peuvent rapidement se sentir limités dans leur approche diagnostique et thérapeutique. Dans ce contexte, la formation complémentaire proposée par le Diplôme Universitaire de Dermato- vénérologie de la muqueuse buccale apparaît particulièrement pertinente.

Ce diplôme universitaire permet de consolider les connaissances fondamentales en anatomie et en sémiologie de la muqueuse buccale, tout en approfondissant les aspects diagnostiques et thérapeutiques des principales pathologies. Ouvert à différentes spécialités médicales et chirurgicales, il favorise une approche multidisciplinaire des maladies de la muqueuse orale et encourage les échanges de connaissances entre praticiens.

La formation comprend environ 70 heures d'enseignement, réparties en sessions de deux jours consécutifs, organisées à plusieurs reprises entre novembre et mai. Les enseignements sont dispensés par des intervenants expérimentés, proposant des présentations claires et de qualité.

Le programme aborde des pathologies fréquentes telles que le lichen plan oral, les lésions lichénoïdes et les tumeurs de la cavité buccale. Il permet également d'approfondir des thématiques plus spécifiques, notamment les maladies bulleuses auto-immunes, les granulomatoses orales associées aux maladies systémiques, les aphtoses, ainsi que certaines situations cliniques plus complexes comme les stomatodynies.

Dans l'ensemble, ce diplôme contribue à renforcer l'aisance des praticiens dans l'examen et la prise en charge des pathologies de la muqueuse buccale. Il souligne également l'importance d'un examen systématique et rigoureux des muqueuses chez nos patients, ces dernières pouvant fournir des éléments diagnostiques essentiels et permettre la détection précoce de lésions tumorales.

Pr Mahtab SAMIMI 
PU-PH de Dermatologie 
au CHU de Tours

Florine LE LAY
Assistante en Dermatologie 
au CHU de Caen

Publié le 1782135108000