Actualités : Pratique et enjeux actuels de la simulation en dermatologie

Publié le 22 juin 2026 à 15:12
Article paru dans la revue « FDVF-RJD - La Revue des Jeunes Dermatologue » / FDVF N°4

La simulation en santé : un outil désormais incontournable

La simulation en santé (SenS) regroupe un ensemble de méthodes pédagogiques actives utilisant des mannequins de haute ou basse fidélité, des patients simulés (acteurs dûment formés), des environnements numériques immersifs (réalité virtuelle ou augmentée) ou encore des plateformes de simulation numérique interactive. Elle vise l'apprentissage et l'entraînement, ou plus récemment l'évaluation de compétences techniques, cognitives, relationnelles et organisationnelles, en formation initiale comme en formation continue, individuelle ou en équipe, dans un environnement sécurisé pour les apprenants et sans risque pour les patients, par définition absents des exercices.

Depuis une quinzaine d'années, la SenS s'est imposée comme un pilier de la pédagogie médicale moderne. Initialement développée en Amérique du Nord, elle s'est fortement structurée en France à partir des années 2010, avec la publication de rapports institutionnels, la création de la Société Francophone de Simulation en Santé (SoFraSimS), la multiplication des centres de simulation hospitaliers et universitaires (1, 2). Récemment, cette dynamique s'est encore accélérée avec l'intégration progressive de la SenS dans les maquettes de formation des diplômes d'études spécialisées (DES), dans le cadre de la réforme du troisième cycle, et la généralisation des ECOS (Examens Cliniques Objectifs Structurés) en deuxième cycle des études médicales. Les attentes sociétales accrues en matière de qualité, de sécurité mais aussi d'humanisme dans les soins renforcent profondément la place de la simulation dans la formation des professionnels de santé.

Dans ce contexte, la dermatologie apparaît aujourd'hui comme un champ pour le développement de la simulation, tant sur le plan des compétences relationnelles, éthiques ou organisationnelles (simulation haute-fidélité) que techniques (simulation procédurale de basse ou haute-fidélité).

Principes pédagogiques de la simulation : rappels et évolutions récentes

Quel que soit le support utilisé, une séance de simulation haute-fidélité repose sur une architecture pédagogique standardisée. Le briefing permet de présenter le contexte clinique, l'environnement technique, ainsi que les règles essentielles de bienveillance, de confidentialité et de droit à l'erreur. Il vise à installer un climat de confiance indispensable à l'engagement de l'apprenant. La mise en situation, d'une durée variable (souvent 10 à 20 minutes), confronte l'apprenant à une situation clinique réaliste, scénarisée en fonction de ses objectifs d'apprentissage. Elle peut mobiliser des compétences techniques, décisionnelles, communicationnelles et/ou de travail en équipe. Le débriefing constitue le cœur de la démarche pédagogique. Réalisé immédiatement après la simulation, il est structuré, guidé et centré sur l'apprenant. Il comprend classiquement trois temps :

1. L'expression des ressentis et des émotions ; 

2. L'analyse réflexive des actions menées (raisonnement clinique, communication, gestes techniques, posture professionnelle) centrée sur des objectifs pédagogiques établis en amont ;

3. La synthèse orientée vers des axes d'amélioration transférables à la pratique réelle.

Les méthodes de débriefing se sont affinées, intégrant davantage les sciences cognitives, les facteurs humains, la prise en compte du stress, du biais décisionnel et de la charge mentale. L'enseignant en simulation demeure le facilitateur d'un apprentissage réflexif, plutôt qu'un simple donneur de leçons « descendantes ».

État actuel des pratiques de simulation en dermatologie

Simulation des compétences relationnelles et communicationnelles

La dermatologie est une spécialité dans laquelle l'annonce diagnostique, pronostique ou thérapeutique occupe une place centrale. Annonce d'un mélanome, d'une maladie inflammatoire chronique, d'une génodermatose, d'une pathologie à retentissement esthétique ou fonctionnel, ou encore discussion autour de thérapeutiques lourdes ou innovantes sont autant de situations complexes, émotionnellement chargées, qui ne peuvent être laissées à l'improvisation. La simulation avec patients simulés s'impose donc comme un outil de choix pour l'apprentissage de ces consultations dites « complexes ». Ces dernières années, plusieurs équipes françaises (à Angers, Lille, Saint-Pierre (La Réunion), Nancy…) ont intégré ce type de simulation dans la formation des internes en dermatologie, avec un retour extrêmement positif des apprenants (thèse d'exercice d'Audrey Piednoir à Angers, publication à venir). Les bénéfices rapportés concernent la structuration du discours médical (reformulation), l'écoute active (respect des silences), la gestion des émotions du patient et du soignant, ainsi que l'amélioration de la confiance en soi lors des situations réelles ultérieures (3–6).

Ces simulations s'étendent désormais à des situations plus complexes : refus de soins, non-observance thérapeutique, thématiques transdisciplinaires (dermato-psychiatrie), conflits éthiques, annonce en contexte de précarité sociale, ou encore communication en télémédecine.

Simulation et apprentissage des gestes techniques et chirurgicaux

La chirurgie dermatologique constitue un autre champ majeur de développement de la simulation procédurale. Le principe « jamais la première fois sur le patient » prend ici tout son sens, y compris pour des gestes considérés comme simples.

Les supports se sont diversifiés :

  • Peaux synthétiques plus réalistes pour l'apprentissage des biopsies, sutures et exérèses simples ;
  • Modèles animaux ou cadavériques (7–9) ;
  • Cadavres « revitalisés » (10) permettant une simulation très proche des conditions réelles ;
  • Simulateurs numériques avec retour haptique ;
  • Dispositifs de réalité virtuelle ou augmentée.

Les technologies immersives ont connu des progrès majeurs (11). Les simulateurs permettront bientôt de répéter des gestes complexes, d'analyser objectivement les performances (temps opératoire, précision, respect des plans anatomiques), et de suivre la progression de l'apprenant à l'instar de ce qui est déjà fait en chirurgie des tissus mous. Ces outils s'intègreront progressivement dans les parcours de formation, en complément indispensable de la pratique clinique encadrée.

Simulation, éthique et travail interprofessionnel

La dermatologie confronte régulièrement le praticien à des dilemmes éthiques : indications thérapeutiques discutables, contraintes économiques, consentement éclairé, prise en charge de patients vulnérables, fin de vie en oncodermatologie… La simulation offre un espace sécurisé pour explorer ces situations, verbaliser les questionnements, confronter les points de vue et développer une réflexion éthique structurée.

Par ailleurs, la prise en charge dermatologique est de plus en plus interprofessionnelle. La simulation permet d'améliorer la collaboration entre médecins, infirmiers, pharmaciens, ou psychologues, ainsi qu'avec les patients eux-mêmes notamment dans la gestion des plaies chroniques, des traitements complexes ou de l'éducation thérapeutique du patient (12, 13).

Enjeux pédagogiques, institutionnels et sociétaux

L'un des enjeux majeurs de la simulation réside dans sa capacité à améliorer la qualité et la sécurité des soins en vie réelle. Si la démonstration de son impact clinique est désormais bien établie dans certaines disciplines, les travaux spécifiques à la dermatologie restent encore limités, justifiant le développement de recherches pédagogiques dédiées.

La simulation participe également à une humanisation de la médecine, dans le cadre de l'usage de technologies avancées. Elle permet de replacer la relation soignant-soigné, l'écoute, l'empathie et la prise de décision partagée au coeur de l'exercice.

Sur le plan institutionnel, la simulation est désormais intégrée aux modalités d'évaluation, notamment via les ECOS, et pourrait à terme jouer un rôle croissant dans la certification et la recertification des professionnels de santé. Les Ordres professionnels et les autorités de tutelle s'y intéressent de près, tout comme les assureurs, sensibles à son potentiel de réduction des risques.

Limites et perspectives

Les principaux freins au développement de la simulation en dermatologie restent l'accès aux plateformes, le coût des équipements, la formation des formateurs et la disponibilité d'acteurs simulés correctement formés. Toutefois, la mutualisation des ressources, le développement de la simulation numérique et la reconnaissance institutionnelle croissante constituent des leviers puissants. Des formations sur des thématiques dermatologiques sont en plein essor lors des évènements scientifiques tels que les Journées Dermatologiques de Paris ou encore lors de formations organisées par les industriels. Rejoignez-nous !

Conclusion

La simulation en santé représente un changement potentiel profond dans la formation en dermatologie pour un meilleur exercice. Elle répond aux exigences contemporaines de qualité, de sécurité, d'humanisme dès la formation initiale. Les dermatologues, enseignants comme praticiens, ont un rôle clé à jouer dans son développement, afin d'adapter la discipline aux enjeux de la médecine du XXIe siècle et de préparer au mieux les générations futures.

Références

1. Bonnes pratiques en matière de simulation en santé.

2. Arrêté du 27 novembre 2017 modifiant l'arrêté du 12 avril 2017 relatif à l'organisation du troisième cycle des études de médecine et l'arrêté du 21 avril 2017 relatif aux connaissances, aux compétences et aux maquettes de formation des diplômes d'études spécialisées et fixant la liste de ces diplômes et des options et formations spécialisées transversales du troisième cycle des études de médecine - Légifrance [Internet]. [cité 6 avr 2026]. Disponible sur : https://www.legifrance.gouv.fr/loda/id/JORFTEXT000036237037

3. Ciccarese G, Drago F, Herzum A, Mastrolonardo M, Atzori L, Foti C, et al. How to Effectively Communicate Dismal Diagnoses in Dermatology and Venereology: From Skin Cancers to Sexually Transmitted Infections. Diagnostics (Basel). 21 janv 2025;15(3):236. doi:10.3390/diagnostics15030236 PubMed PMID: 39941165; PubMed Central PMCID: PMC11817450.

4. Masson E. EM-Consulte [Internet]. [cité 6 avr 2026]. Simulation en dermatologie 1 : consultation d'annonce d'un mélanome. Disponible sur : https://www.em-consulte.com/article/1577677/simulation-en-dermatologie-1- consultation-d-annonc

5. Joly E, Winer A, Spodenkiewicz M, Descoins M, Martin L, Bertolotti A. Simulation en dermatologie 2 : consultation d'annonce d'un mélanome. Annales de Dermatologie et de Vénéréologie - FMC. 1 mai 2023;3. doi:10.1016/j. fander.2023.03.003

6. Dietrich EM, Dupin N, Dreno B, Granry JC, Martin L. Intérêt des internes pour la formation à des consultations d'annonce complexes en oncodermatologie par la simulation. Annales de Dermatologie et de Vénéréologie. 1 déc 2018;Journées Dermatologiques de Paris 2018145(12, Supplement):S75. doi:10.1016/j.annder.2018.09.054

7. Hazan E, Torbeck R, Connolly D, Wang JV, Griffin T, Keller M, et al. Cadaveric simulation for improving surgical training in dermatology. Dermatology Online Journal. 2018;24(6). doi:10.5070/D3246040689

8. Loh CYY, Wang AYL, Tiong VTY, Athanassopoulos T, Loh M, Lim P, et al. Animal models in plastic and reconstructive surgery simulation-a review. J Surg Res. janv 2018;221:232-45. doi:10.1016/j.jss.2017.08.052 PubMed PMID: 29229134.

9. Robinson DA, Piekut DT, Hasman L, Knight PA. Cadaveric Simulation Training in Cardiothoracic Surgery: A Systematic Review. Anat Sci Educ. mai 2020;13(3):413-25. doi:10.1002/ase.1908 PubMed PMID: 31232510.

10. Carey JN, Minneti M, Leland HA, Demetriades D, Talving P. Perfused fresh cadavers: method for application to surgical simulation. Am J Surg. juill 2015;210(1):179-87. doi:10.1016/j.amjsurg.2014.10.027 PubMed PMID: 25890815.

11. Ryan GV, Callaghan S, Rafferty A, Higgins MF, Mangina E, McAuliffe F. Learning Outcomes of Immersive Technologies in Health Care Student Education: Systematic Review of the Literature. J Med Internet Res. 1 févr 2022;24(2):e30082. doi:10.2196/30082 PubMed PMID: 35103607; PubMed Central PMCID: PMC8848248.

12. Libert EP, Authier C, Humeau H, Jegu M, Charge I, Premel J, et al. Assessment of simulation-based therapeutic education in pseudoxanthoma elasticum patients. Ann Dermatol Venereol. mars 2026;153(1):103460. doi:10.1016/j. annder.2025.103460 PubMed PMID: 41529549.

13. Méchineaud M, Berton J, Barbarot S, Humeau H, Reliat C, Granry JC, et al. [Use of simulation in healthcare for therapeutic training of the parents of children with hereditary angioedema]. Ann Dermatol Venereol. mai 2020;147(5):340-9. doi:10.1016/j.annder.2020.02.001 PubMed PMID: 32220476.

Pr Ludovic MARTIN
PU-PH de Dermatologie
au CHU d'Angers

Pr Antoine BERTOLOTTI 
PU-PH de dermatologie 
au CHU de la Réunion

Dr Frédéric DEZOTEUX 
MCU-PH au CHU de Lille

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