

Instagram : @noemie_debout
Les êtres humains ricanent avant même d'avoir un lobe frontal fonctionnel, tels des petits chimpanzés qui se grattent les aisselles en singeant “bueno”, leur camarade de classe qui aurait un peu trop forcé sur les kinders, cette prof à la langue mal placée, qui aimerait que vous vous « taiziez » car vous « zénez » la « clasze », l'aspect huileux des cheveux du prof de mathématique dont l'on suppose que la dynamique de la vie sexuelle tend vers zéro, celui qui louche, celui qui pue, celui qui louche et qui pue. Les êtres humains se gondolent sur les thèmes les plus cultes d'un rire délicieusement « polémique », nous offrant le plaisir de voir s'agiter les cheveux grisonnants des invités du 19:45 sur canal Y, excités fous à l'idée de reposer l'éternelle question, le regard caméra empreint d'une émouvante humilité : « Peut-on rire de tout ? ». Les êtres humains plaisantent de ces soirées d'hiver, où il ne leur reste plus que les pulsions alimentaires pour oublier leur taille 46, leur emploi de consultant en networking managerial, et leur ex-compagnon.e qu'était un con. Rire pour guérir de cette période de vie où l'achat d'une machine à raclette une personne peut être la goutte d'eau qui fait déclencher la crise suicidaire latente, où l'abysse du canapé, peu propre, aspire l'être humain dans un trou noir où le temps et l'espace n'existent plus. Les êtres humains raillent, à défaut de pouvoir les cramer, la variété de branquignols qui les gouvernent à la manière dont nos ancêtres éduquaient leurs enfants, « à l'ancienne » : une bonne gifle quand ça gueule, et ça gueule plus. Jean-Paul Sartre disait, et je vous invite à invoquer psychiquement une image de moi dans un fauteuil en daim, cigarette à la main, regard songeur, prononçant cette citation dans une expiration sensuelle : « La liberté est choix ». Étant dotée d'un QI tellement élevé que cela en devient obscène, cette citation émergea de ma mémoire encyclopédique sans qu'aucun site de type citation-sur-la-liberté.com n'ait été consulté. Je m'octrayerai donc la légitimité d'en faire l'interprétation expertale ci-dessous : La liberté est un choix. Ainsi, j'en viens, à conclure cet édito avec le plus grand panache dont je peux faire preuve, pour tenter, en vain, de raviver la flamme de mon narcissisme brisé par les psychotraumatismes répétés d'une enfance tragique. Choisissons-nous vraiment de rire ? Que les blagues soient grasses, sublimatrices, revendicatives, cruelles, ne sommes-nous pas pris du même spasme collectif irrépressible ? En revanche, du spectateur hilare, nous pouvons devenir le drôle qui détient le pouvoir de faire rire, et de choisir de quoi il veut faire rire. Nous sommes tous des comédiens dans le théâtre de la vie et nous pouvons choisir : De quoi voulons-nous faire rire, et pourquoi ?
Noémie Lac

