
Qui est Valentin ?
Valentin Raymond est psychiatre et chef de clinique aux urgences psychiatriques du CHU de Toulouse. Engagé parallèlement dans une thèse de neurosciences consacrée au trouble de stress post-traumatique sévère, il s'intéresse aux mécanismes mnésiques impliqués dans le psychotraumatisme. Ancien interne des hôpitaux de Toulouse, il avait consacré sa thèse de médecine au psychotraumatisme vécu par les familles de patients hospitalisés en réanimation pendant le COVID, dirigé par le Pr Juliette Salles.

Dr Valentin Raymond
Ce qu'il nous partage sur le souvenir traumatique et sa modulation
Lorsqu'on débute son D.E.S de psychiatrie, le trouble stress post-traumatique (TSPT) peut apparaître comme un paradoxe clinique. Il est le seul trouble dont la cause est identifiable. L'événement est passé, mais son souvenir agit comme s'il était présent. Les victimes non seulement se rappellent l'événement traumatique mais elles le revivent. Les cauchemars, les flashbacks et l'hyperréactivité émotionnelle donnent au traumatisme une actualité permanente.
Pendant longtemps, la mémoire fut pensée comme un processus relativement stable : une fois consolidé, un souvenir devenait fixe. Les avancées récentes en neurosciences ont profondément remis en question cette vision. Au début des années 2000, les travaux de Karim Nader et de Joseph LeDoux (Nader, Schafe, & LeDoux, 2000) ont montré qu'un souvenir ancien, une fois réactivé pouvait redevenir temporairement labile et accessible, avant de retourner dans la mémoire à long terme. Cette phase, appelée reconsolidation, correspond à une fenêtre lors du rappel en mémoire durant laquelle la trace mnésique peut être modifiée avant de se restabiliser. Ce changement de paradigme a ouvert le champ d'une possible intervention pharmacologique au moment précis de la réactivation afin de diminuer la charge émotionnelle d'un souvenir traumatique.
« Modifier un souvenir traumatique ne signifie pas effacer l'histoire...Il rappelle que notre discipline est à la fois ancrée dans l'expérience subjective du patient et associée à des avancées fondamentales sur la compréhension des mécanismes cérébraux ».
La noradrénaline joue un rôle central dans la consolidation des souvenirs émotionnels. Lors d'un évènement traumatique, elle est massivement libérée et peut favoriser une surconsolidation du souvenir, contribuant à la symptomatologie intrusive du TSPT. Le propranolol, bêtabloquant lipophile capable de traverser la barrière hémato-encéphalique, bloque les récepteurs β-adrénergiques et module cette activation. L'idée n'est pas d'effacer le souvenir du trauma, mais d'en atténuer l'intensité émotionnelle. Les premières applications cliniques ont été développées par l'équipe du Pr Alain Brunet à l'Université McGill de Montréal (Brunet A et al., 2008). Le principe consiste à administrer du propranolol avant une réactivation du souvenir traumatique. Celle-ci s'effectue par la lecture d'un script narratif personnalisé de l'événement traumatique, répétée sur plusieurs séances hebdomadaires. Les études ont montré une diminution des réponses physiologiques et une amélioration symptomatique significative, notamment pour les symptômes de reviviscence.
Au CHU Toulouse, notre équipe explore cette approche chez des femmes victimes de violences, la population prédominante des patients souffrant d'un TSPT. Plutôt que de cibler exclusivement des diagnostics catégoriels, la recherche sur la reconsolidation suggère de s'intéresser aux mécanismes sous-jacents aux symptômes. Elle illustre une dynamique de psychiatrie translationnelle où modèles fondamentaux, hypothèses neurobiologiques et applications cliniques directes dialoguent étroitement.
Modifier un souvenir traumatique ne signifie pas effacer l'histoire. Il s'agit plutôt d'en estomper l'empreinte émotionnelle et permettre à un passé supportable de retrouver sa place dans la temporalité du sujet. Pour les internes en psychiatrie, ce champ constitue un exemple stimulant d'articulation entre neurosciences, clinique et réflexion méthodologique. Il rappelle que notre discipline est à la fois ancrée dans l'expérience subjective du patient et associée à des avancées fondamentales sur la compréhension des mécanismes cérébraux.
Références
Nader K, Schafe GE, Le Doux JE. Fear memories require protein synthesis in the amygdala for reconsolidation after retrieval. Nature. 2000 ; 406(6797):722–726. http://doi.org/10.1038/35021052. [PubMed: 10963596].
Brunet A, Orr SP, Tremblay J, Robertson K, Nader K, Pitman RK. Effect of post-retrieval propranolol on psychophysiologic responding during subsequent script-driven traumatic imagery in post-traumatic stress disorder. Journal of Psychiatric Research. 2008; 42(6):503–506.
http://doi.org/10.1016/j.jpsychires.2007.05.006. [PubMed: 17588604].

