Soirée Revue de presse de l’AERIO de février 2025

Publié le 14 août 2025 à 10:42
Article paru dans la revue « AERIO / RIO » / Aerio- RIO N°9

Hyperthermic intraperitoneal chemotherapy for recurrent ovarian cancer (CHIPOR): a randomised, open-label, phase 3 trial

Jean-Marc Classe et al ; Lancet Oncol. 12/2025

Le cancer de l'ovaire est une cause majeure de mortalité gynécologique. Le traitement standard repose sur une chimiothérapie au platine et une chirurgie de cytoréduction, avec l'ajout possible de bévacizumab ou d'un inhibiteur de PARP. La récidive survient souvent dans le péritoine, et bien que la chimiothérapie intrapéritonéale ait montré un bénéfice, sa toxicité limite son usage. L'HIPEC, administrant une chimiothérapie chauffée après la chirurgie, vise à améliorer la pénétration du traitement, mais son efficacité dans la récidive était incertaine avant l'étude CHIPOR.

CHIPOR est une étude de phase 3, randomisée et multicentrique, menée dans 31 hôpitaux en France, Belgique, Espagne et Canada. Les critères d'inclusion comprenaient une première rechute d'un cancer de l'ovaire épithélial survenue au moins six mois après une chimiothérapie au platine, un statut OMS inférieur à 2 et une fonction rénale normale (DFG supérieur à 60 ml/min). Les patientes avec des métastases à distance étaient exclues, mais les épanchements pleuraux métastatiques et les adénopathies inguinales étaient autorisés.

Après une chimiothérapie de seconde ligne, elles subissaient une chirurgie de cytoréduction et étaient randomisées pour recevoir ou non l'HIPEC, selon la faisabilité d'une résection complète. L'HIPEC consistait en une infusion intra-abdominale de cisplatine chauffé (41°C, 75 mg/m2) pendant 60 minutes. Les critères dejugement principaux étaient la survie globale et la survie sans progression.

Parmi les 517 patientes recrutées, 415 ont été randomisées : 207 dans le groupe HIPEC et 208 dans le groupe sans HIPEC. L'analyse principale a été réalisée après un suivi médian de 6,2 ans. La survie globale était significativement améliorée dans le groupe HIPEC, avec une médiane de 54,3 mois, contre 45,8 mois pour le groupe sans HIPEC. Lehazardratio(HR)stratifiéétait de 0,73 (IC à 95 % : 0,56-0,96; p = 0,024).

En termes de survie sans progression, le groupe HIPEC présentait une médiane de 10,2 mois contre 9,5 mois pour le groupe sans HIPEC. Les événements indésirables graves survenus dans les 60 jours suivant la chirurgie étaient plus fréquents

dans le groupe HIPEC : 49 % des patientes contre 27 % dans le groupe sans HIPEC. Les effets secondaires les plus courants incluaient l'anémie (23 % contre 14%),les troubles électrolytiques (14 % contre 1 %), l'hépatotoxicité (11 % contre 9 %), et l'insuffisance rénale (10 % contre 1 %).

L'étude CHIPOR offre des preuves solides que l'HIPEC peut prolonger la survie globale des patientes atteintes de cancer de l'ovaire récurrent, étendant les options de traitement pour cette maladie complexe et souvent mortelle. Cette avancée pourrait redéfinir les normes de soin pour les patientes présentant une première rechute tardive de cancer de l'ovaire.

Annual versus less frequent mammographic surveillance in people with breast cancer aged 50 years and older in the UK (Mammo-50): a multicentre, randomised, phase 3, non-inferiority trial

Dunn, Janet A et al ; The Lancet. 02/2025

La littérature ne fournit pas de recommandations claires sur la fréquence optimale de la mammographie après un cancer du sein localisé, ni sur la durée de cette surveillance. Aux États-Unis et en Europe, une surveillance annuelle est généralement pratiquée, tandis qu'au Royaume-Uni, les directives recommandent un suivi annuel pendant cinq ans. La détection précoce d'une récidive est associée à une meilleure survie, déterminer la bonne durée de surveillance est un enjeu majeur.

Soirée Revue de presse de l’AERIO de février 2025

L'étude Mammo-50 a évalué si une surveillance mammographique moins fréquente qu'annuelle était non inférieure en termes de survie spécifique au cancer du sein chez les femmes âgées de 50 ans et plus, trois ans après un traitement curatif.

Cet essai multicentrique randomisé de phase 3 a été mené dans 114 hôpitaux britanniques. Les participantes étaient des femmes de 50 ans et plus au moment du diagnostic, ayant eu un cancer du sein invasif ou non invasif, sans récidive trois ans après une chirurgie curative. Les critères d'inclusion étaient un âge supérieur ou égal à 50 ans, un cancer du sein invasif ou non invasif, et l'absence de récidive trois ans après une chirurgie curative.

Les participantes ont été randomisées en deux groupes : après 3 mammographies annuelles réalisées post-chirurgie, l'un recevant une mammographie annuelle, l'autre une surveillance moins fréquente (tous les deux ans après une chirurgie conservatrice, tous les trois ans après une mastectomie).

Les critères de jugement primaires étaient la survie spécifique au cancer du sein et l'évaluation de la coût-efficacité (analysée séparément). Les critères secondaires comprenaient l'intervalle sans récidive, la survie globale et le taux de réadmissions hospitalières pour symptômes suspects.

Entre 2014 et 2018, 5235 femmes ont été incluses, dont 2618 en suivi annuel et 2617 en suivi moins fréquent. Le suivi médian était de 5,7 ans. Parmi elles, 73,6 % avaient 60 ans ou plus, 80,3 % avaient eu une chirurgie conservatrice, 87,4 % avaient un cancer invasif, 22,1 % avaient une atteinte ganglionnaire et 82,7 % avaient une tumeur hormonodépendante.

Les résultats à 5 ans montrent une survie spécifique au cancer du sein de 98,1 % dans le groupe annuel contre 98,3 % dans le groupe moins fréquent (HR=0,92;IC95%:0,64-1,32; p inférieur à 0,0001, confirmant la non-in- fériorité). L'intervalle sans récidive était de 94,1 % contre 94,5 %, et la survie globale de 94,7 % contre 94,5 %, respectivement pour les suivis annuels et moins fréquents. Parmi les 345 récidives identifiées, 64, % ont été détectées via une consultation d'urgence ou un retour symptomatique à l'hôpital, réparties de manière similaire entre les deux groupes.

L'étude Mammo-50 montre qu'une surveillance mammographique moins fréquente après un cancer du sein chez les femmes de 50 ans et plus ne réduit pas la survie spécifique au cancer du sein, l'intervalle sans récidive ni la survie globale par rapport à un suivi annuel. Ces résultats suggèrent qu'un dépistage moins fréquent pourrait être envisagé dans cette population, avec des implications potentielles en termes de coût et de qualité de vie.

Dose-escalated Adaptive Radiotherapy for Bladder Cancer: Results of the Phase 2 RAIDER Randomised Controlled Trial

Robert Huddart et al ; Eur Urol. 01/2025

L'amélioration des résultats de la radiothérapie dans le cancer de la vessie infiltrant le muscle en fait une alternative réaliste à la cystectomie radicale, avec une survie spécifique similaire et un potentiel de meilleure qualité de vie. Cependant, la radiothérapie vésicale est techniquement complexe en raison des variations de forme et de position de la vessie au cours du traitement. Cela nécessite de larges marges autour de la tumeur, entraînant une toxicité excessive sans garantir l'élimination des erreurs géographiques.

Soirée Revue de presse de l’AERIO de février 2025

La radiothérapie guidée par l'image (IGRT) permet une meilleure visualisation des tissus mous, augmentant ainsi la précision du traitement. Elle a conduit au développement de stratégies de radiothérapie adaptative, qui réduisent le volume traité tout en maintenant une couverture tumorale adéquate.

L'essai RAIDER a été conçu pour évaluer la faisabilité en termes de toxicités liée à l'augmentation de dose d'une radiothérapie adaptative vésicale et de fournir des données préliminaires sur son efficacité.

C'est un essai international de phase 2, randomisé et non comparatif. Des patients at- teints d'un cancer urothélial de la vessie unifocal T2-T4a ont été randomisés (1:1:2) pour recevoir une radiothérapie standard de la vessie entière (WBRT), une radiothérapie adaptative à dose standard (SART) ou une radio thérapie adaptative avec esca- lade de dose (DART). Deux schémas de fractionnement (f) ont été utilisés indépendamment : WBRT et SART à 55 Gy/20f ou 64 Gy/32f, et DART à 60 Gy/20f ou 70 Gy/32f. Pour SART et DART, un plan de radiothérapie (petit, moyen ou grand) était sélectionné quotidiennement. L'objectif principal était d'évaluer la proportion de patients présentant une toxicité tardive de grade ≥ 3 selon les critères CTCAE, avec pour but d'exclure une toxicité supérieure à 20 % pour DART.

345 patients ont donc été randomisés entre octobre 2015 et avril 2020 : 41/46 en WBRT, 41/46 en SARTet81/90enDARTdansles cohortes 20f/32f. L'âge médian était de 72-73 ans ; le suivi médian était de 42,1/38,2 mois. Parmi les patients prévus pour DART, 86 % (20f) et 90 % (32f) ont respecté les contraintes de dose du plan moyen. Une seule toxicité de grade supérieur ou égale à 3 liée à la radiothérapie a été rapportée chez 1/58 patients (IC 90 % : 0,1-7,9) avec DART 20f et 0/56 avec DART 32f. La survie globale à deux ans était de77%(IC95%:69-82)pour WBRT+SARTet80%(IC95%: 73-85) pour DART (HR = 0,84 ; IC 95%:0,59-1,21;p=0,4).

Pour conclure, une seule toxicité tardive de grade supérieur ou égale à 3 fut rapportée. DART s'est révélée sûr et faisable, respectant les seuils de toxicité préétablis. Les résultats oncologiques sont prometteurs pour les traitements avec escalade de dose, avec un faible taux de cystectomie de rattrapage et une survie globale comparable à celle des cohortes ayant subi une cystectomie

 

Soirée Revue de presse de l’AERIO de février 2025

Rédigé par Adnan Antoine SHREBATI

Publié le 1755160978000