Actualités : Interview du Dr Jean-Christophe FAIVRE

Publié le 09 mars 2026 à 18:21
Article paru dans la revue « SFJRO / le mag » / SFJRO N°8

Oncologue Radiothérapeute
Responsable du département d'oncologie radiothérapie
Institut de Cancérologie de Lorraine | Nancy

Pouvez-vous nous décrire votre parcours professionnel et ses moments clés ?

J'ai découvert la cancérologie un peu par hasard, au décours d'un stage en tant qu'externe à Besançon. J'ai été impressionné par l'ambiance du pôle oncologie, où les différents acteurs – oncologues, radiothérapeutes, hématologues, soins de support – travaillaient ensemble de façon très coordonnée. Lors de ce stage, j'ai eu la chance d'être responsabilisé très tôt, avec la gestion de deux patients. Ce contact direct et engageant m'a fait changer d'avis : je n'avais pas prévu de faire de la cancérologie, mais cela m'a finalement décidé au moment de choisir mon internat.

J'ai choisi Nancy pour son environnement formateur en oncologie médicale comme en radiothérapie. J'ai suivi un parcours d'interne classique, avec un passage en santé publique pour découvrir le monde de la recherche via le centre d'épidémiologie du CHU. Ce goût pour la recherche m'a conduit à réaliser un premier M1 sur la carcinogenèse avec le modèle HPV, puis un M2 recherche.

Pendant mon clinicat, j'ai poursuivi cette dynamique, tout en m'investissant dans la gestion du plateau technique. J'ai ensuite naturellement pris des responsabilités croissantes, jusqu'à devenir chef de département, à la suite du Pr Didier Peiffert, devenu directeur général. Ce parcours s'est construit autour des thématiques du soin, de la recherche, de l'enseignement, et du management.

Pouvez-vous nous présenter le département de radiothérapie de l'Institut de Cancérologie de Lorraine (ICL) et quelles sont ses spécificités ainsi que ses thématiques de recherche privilégiées ?

Le service est structuré autour d'une équipe complète et variée, qui regroupe des profils soignants, enseignants, chercheurs, médicaux et paramédicaux. Nous avons une culture forte de qualité, de fluidité, d'innovation et d'organisation collective. Nous mettons un point d'honneur à transformer les contraintes réglementaires en opportunités de projet, en sortant d'une vision trop scolaire.

Nos thématiques de recherche prioritaires s'articulent autour de la médecine de précision, l'intelligence artificielle, le télésuivi, les parcours patients et les innovations en radiothérapie externe et curiethérapie. Nous développons également une activité sur l'irradiation bénigne avec par exemple les MAV, les névralgies du trijumeau, les tachycardies ventriculaires réfractaires. Nous cherchons à offrir des soins homogènes entre Nancy et Épinal, avec un haut niveau de qualité équivalent.

Sur le plan organisationnel, nous œuvrons à rendre les parcours plus fluides et rapides. Nous visons un délai minimum entre chaque étape – consultation, RCP, centrage, dosimétrie, mise en traitement – car en radiothérapie, le temps est un facteur de curabilité et de soulagement en situation métastatique.

Comment cette thématique des soins de support est devenue un sujet d'intérêt particulier à l'ICL et qu'est-ce qui vous a le plus attiré dans ce domaine ?

L'ICL a une histoire forte avec les soins de support, portée par le Pr Ivan Krakowski, l'un des fondateurs de ce champ en France, à l'origine de l'AFSOS. Il a structuré un service complet, le Service Interdisciplinaire de Soins de Support pour les Patients en Oncologie (SISSPO), transversal et reconnu, avec des équipes étoffées, aussi bien médicales que paramédicales.

J'ai été profondément marqué par cette vision globale du soin, et par la capacité des soins de support à améliorer significativement la qualité de vie, voire la survie des patients. Ils apportent une dimension essentielle à notre pratique, en s'intéressant autant à la souffrance qu'à la maladie, et en plaçant la personne au centre. Cela rejoint mon idéal de soignant : guérir ou soulager dans 100 % des cas, sans nuire, et accompagner le patient dans toutes ses dimensions – physique, psychologique, sociale.

Quelles sont les innovations et avancées récentes dans la prise en charge et le parcours des soins de support en radiothérapie à l'ICL ?

Nous avons lancé plusieurs projets pour intégrer les soins de support dès la conception du parcours patient, en lien avec les hôpitaux de jour, pour une prise en charge pré-, per- et post-traitement. Nous développons de nouveaux métiers, comme les infirmières de pratique avancée, ou des protocoles de coopération avec les manipulateurs.

Sur le plan structurel, notre objectif est de réduire tous les délais du parcours radiothérapeutique, dans une logique de "zéro délai" à chaque étape. Cela implique une coordination très fine entre tous les acteurs, dans une spécialité fondamentalement collective.

Nous sommes aussi très investis dans la communication – interne et externe – sur nos actions et innovations, car elle est indispensable pour fédérer les équipes et valoriser les collaborations.

Quels sont vos domaines de recherche actuels en soins de support ? Essais cliniques ? Organisation et parcours innovants ?

Nous développons un axe de recherche fort autour des soins de support, qui reste encore sous-financé. L'objectif est de ne plus se contenter de démontrer une amélioration de la qualité de vie, mais aussi, là où c'est possible, un impact sur la survie.

Par exemple avec le déploiement récent de la RCP métastases osseuses, l'enjeu est de réduire la morbi-mortalité osseuse et, potentiellement, d'améliorer la survie. Ce projet n'a pas encore abouti à une publication, mais nous avons la volonté de le concrétiser.

Nous poursuivons aussi notre implication dans les groupes coopérateurs nationaux et internationaux, avec l'ambition d'être promoteurs d'essais et d'avoir une présence dans chaque localisation tumorale.

Quels seraient les pistes de réflexion pour améliorer la prise en charge en soins de support à l'échelle locale et nationale et sensibiliser les soignants ?

Il faut avant tout reconnaître que les soins de support sont l'affaire de tous les soignants. Cela suppose de leur donner du temps, du cadre, de la reconnaissance, pour éviter l'épuisement professionnel. Une équipe soudée et épanouie est plus à même de prendre soin des patients.

Il est aussi essentiel de construire une stratégie collective, avec des référentiels partagés. C'est le but du groupe SFRO-AFSOS que nous avons lancé, pour décliner des référentiels sur les toxicités radio-induites, l'après-cancer, la préparation au traitement, les parcours patients. Ce travail s'accompagne de publications, comme le numéro spécial du journal « Cancer Radiothérapie » ou dans le futur livre blanc de la radiothérapie.

Quels conseils/pistes donneriez-vous à un interne qui désirerait s'impliquer pour la diffusion, la sensibilisation, et la recherche en soins du support en radiothérapie ?

Je lui dirais de ne pas attendre d'être "prêt" ou "légitime". La curiosité, l'engagement, l'envie de faire bouger les choses suffisent pour commencer. Il faut oser poser des questions, s'impliquer dans des projets, proposer des idées. La radiothérapie est une spécialité collective, les soins de support aussi : on ne fait rien seul, mais tout peut être construit en équipe.

Je crois aussi au rôle du compagnonnage, tout au long de la carrière. Nous devons former des jeunes médecins compétents, responsables, fiers de leur travail, capables de porter des projets en lien avec la réalité du terrain. Cela ne nécessite pas forcément d'être universitaire : transmettre ce qu'on nous a appris est un devoir, quel que soit le statut.

Propos recueillis par

Dr Olivier CRAVÉREAU
Docteur Junior
Département d'oncologie radiothérapie
Institut de Cancérologie de Lorraine
Nancy

Publié le 1773076912000