
On prévoyait une hécatombe pour les patients qu’elle prenait en charge, on la disait dysfonctionnelle, inefficace, incapable de s’adapter aux nouvelles réalités…
Dr Michel TRIANTAFYLLOU
Président du SPEP
Vice-Président de l’INPH
chargé de la Psychiatrie
Et pourtant, la psychiatrie publique a su s’adapter à la crise sanitaire avec une efficacité et une rapidité redoutable. Ainsi, elle a redéployé en un temps record plus de 1000 lits COVID tout en développant une multitude de dispositifs : télé et Visio consultations, VAD de crise, centres de soutien aux familles… et, en même temps, elle a assuré la prise en charge de tous les patients hospitalisés, les urgences, les soins sans consentement dans le respect des droits, les consultations présentielles aux CMP.
Cela a été possible grâce au maillage territorial des secteurs qui la structurent, au dévouement de tous les soignants et une collégialité collaborative couplé d’une gouvernance médicalisée dans tous les établissements.
La forte mobilisation des services de psychiatrie durant ces derniers mois a été reconnue par le Ministre, mais elle ne s’est pas traduite par une meilleure perception des pouvoirs publics quant aux problèmes rencontrés par la psychiatrie.
Certes Olivier VERAN a promis une « nouvelle ambition » pour la feuille de route santé mentale et psychiatrie assurant que la discipline est « un pilier de notre politique d’investissement ».
Certes, la mesure 31 du SÉGUR de la santé vise à renforcer « l’offre de soin psychiatriques et psychologiques de la population ».
Il s’agit en effet des annonces encourageantes mais qui soulèvent beaucoup d’interrogations :
• Les mesures censées bénéficier à tous les hôpitaux (hausse des rémunérations, aide aux investissements, possibilité d’ouvrir 4 000 lits hospitaliers, 15 000 créations de postes, etc.) ; mais à quel point et à quelle hauteur la psychiatrie sera bénéficiaire de ces moyens ?
• Le dossier annonce une enveloppe de 40 millions d’Euros « pour renforcer l’offre du soutien psychiatrique et psychologique de la population » sans plus de précisions. Compte tenu de l’étranglement dont a longtemps souffert la dotation annuelle de fonctionnement (DAF) allouée aux établissements psychiatriques, ce qui est annoncée ne suffira pas.
• Il manque notoirement un calendrier de travail et des précisions sur la mise en œuvre des crédits et des annonces pour la discipline.
Un effort important est nécessaire pour remettre à niveau les ressources historiquement sous-dotées des Etablissements psychiatriques (5 % de dotation annuelle en moins sur les 10 dernières années) et trouver des réponses à la pénurie des effectifs médicaux (29 % des postes vacants pour les PH à temps plein et 50 % des postes vacants pour les PH à temps partiel). Le numéro national « d’urgence suicide » annoncé à grand bruit risque ainsi d’orienter les patients vers des structures complétement saturées et sous-dotées en personnel médical… Pour ne pas parler de la situation dramatique de la pédopsychiatrie dont les moyens alloués et les effectifs médicaux ont fondu comme neige au soleil... ou de retours à des pratiques d’un autre temps, sous un habillage de soi-disant « modernité » ...
Un e ort important est nécessaire pour remettre à niveau les ressources historiquement sous-dotées des Etablissements psychiatriques et trouver des réponses à la pénurie des e ectifs médicaux
Une gouvernance nationale de la Psychiatrie à « plusieurs têtes » ne peut que susciter des confusions et des télescopages fréquents avec, in ‑ ne, une paralysie de l’action publique.
Une feuille de route revisitée, même avec de nouvelles ambitions, ne fait pas une politique de santé et ne peut pas se substituer à un projet global pour la psychiatrie, voire à une loi-cadre, que nous demandons de longue date.
On a globalement le sentiment qu’il y a eu très peu de prise en considération des problématiques de psychiatrie publique, depuis longtemps abandonnée et maltraitée, au terme du SÉGUR de la santé. Elle se trouve dans une situation que l’ensemble des acteurs ont qualifié d’« Urgence Républicaine » qui nécessite une politique globale et cohérente, une gouvernance équilibrée et des dotations à la hauteur des enjeux de santé publique et de santé mentale de la population.
Le Syndicat des Psychiatres d’Exercice Public (SPEP), l’un des fondateurs de l’INPH, est ouvert à un dialogue constructif avec les pouvoirs publics. Il prendra toute sa part aux futurs débats qui vont s’ouvrir sur l’hôpital public et l’avenir de la Psychiatrie.
Article paru dans la revue « Intersyndicat National Des Praticiens D’exercice Hospitalier Et Hospitalo-Universitaire.» / INPH n°19

