
Retour sur un inter-CHU unique
La Polynésie française est un ensemble de 5 archipels regroupant 118 îles situées dans l'Océan Pacifique. Sur ce territoire large comme l'Europe vivaient 278 786 habitants en 2022 (1). Il s'agit d'un Pays d'Outre-Mer, autonome pour les juridictions qui ne rentrent pas dans le droit régalien : la santé est administrée par le gouvernement polynésien et non par l'État français. C'est donc un tout nouveau système de santé qu'il faut découvrir, financé par la Caisse de Prévoyance Sociale (CPS).
Il ne s'agit pas d'une subdivision classique, il n'est pas possible d'y réaliser son internat entier. Par contre, 2 à 3 internes peuvent être affectés chaque semestre au service de pneumologie du Centre Hospitalier, situé à Papeete sur l'île de Tahiti, suivant la procédure « inter CHU », coordonnée par l'université de Bordeaux (2). Le dossier de candidature comprenant une lettre de motivation, un CV, et de nombreux accords (coordinateurs de DES, doyens, directeurs des centres hospitaliers et des ARS) est à rendre 5-6 mois avant le début du semestre, le projet doit donc être réfléchi environ 1 an à l'avance.
Les internes ont chacun la charge d'un secteur d'hospitalisation (10 lits), et réalisent en plus quotidiennement les gestes techniques du service (endoscopie bronchique, ponction pleurale et drainage thoracique le plus souvent, mais également EBUS, pose de PleurX, biopsies écho-guidées). L'accompagnement des médecins seniors, toujours disponibles en cas de besoin, permet de gagner en confiance et de développer son autonomie tout au long du stage. Les internes sont également entourés par une équipe infirmière soudée, compétente, et à l'image de la culture polynésienne, accueillante et chaleureuse.

Centre Hospitalier de Polynésie Française
Les gardes se prennent aux urgences pour les jeunes internes, les plus âgés peuvent participer aux astreintes de chef.

Centre Hospitalier de Polynésie Française
L'offre de soin répond aux standards de la médecine en Europe, seul le PET-scanner n'est pas disponible sur le territoire (3). La nécessité d'envoyer les patients en Nouvelle-Zélande pour cela nécessite de réfléchir soigneusement à l'indication de l'examen.
Certaines îles sont connectées à Papeete uniquement par un vol hebdomadaire, ce qui n'est pas anodin dans la gestion d'un pneumothorax.
Les cas d'asthme sont particulièrement fréquents, du fait du climat humide propice au développement d'allergènes (acariens, blattes). Le Centre d'Asthmologie participe aux RCP asthme sévère du CHU de Toulouse.

Les passionnés de maladies infectieuses peuvent soigner des patients avec d'impressionnantes dilatations des bronches, des tuberculoses, et peuvent même affronter la grippe 2 fois dans l'année (en décembre/ janvier, on trouve les souches de l'hémisphère nord importées de l'Hexagone, et en juillet/août les variants de l'hémisphère Sud).
Pour ceux qui préfèrent l'oncologie thoracique, avec une prévalence du tabagisme de 40 %, les cancers sont malheureusement nombreux. Les molécules thérapeutiques sont les mêmes qu'en métropole, mais la gestion des effets indésirables peut s'avérer délicate : par exemple, un patient vivant aux îles Marquises est séparé de l'hôpital par 1500 km. Il n'y a pas de médecin sur chacune des îles du territoire.
Enfin, les exacerbations de BPCO et de SOH sont nombreuses et permettent de se perfectionner en ventilation.
La recherche clinique est bien présente, soutenue et encouragée. Le service participe régulièrement aux études du Collège des Pneumologues des Hôpitaux Généraux (KBP, EA-BPCO, FASE). Le centre d'asthmologie est membre partenaire du réseau CRISALIS. Il conduit des travaux sur la DDB avec le service de pneumologie de l'hôpital intercommunal de Créteil. Pour cette pathologie soulignons la thèse réalisée entre Poitier et Tahiti par Sammy SAID. Sa qualité a été récompensée par le prix GREPI Junior 2025.

La Pointe du Bout, Les Trois-Ilets, Martinique
La relation médecin-patient est moins formelle (le tutoiement peut être déconcertant au début !), la confiance et le respect mutuel en sont des piliers. Les religions et les approches traditionnelles ne sont pas mises en concurrence ou en opposition avec la médecine, mais au contraire s'associent dans l'intérêt du malade. Le service de pneumologie a ainsi développé une approche intégrative transculturelle originale fondée sur le travail en commun avec des néotradipraticiens polynésiens présentée lors de la cession AJPO2 du CPLF 2025 (4).

Les îles Marquises
Nous recommandons vivement cette expérience à tous les internes de pneumologie curieux d'une autre manière d'exercer ! N'hésitez pas à nous écrire pour plus d'information, ou à contacter directement le Dr Parrat.

Au plaisir de vous recevoir en Polynésie Française !
Bibliographie
1. Bodet C, Mignard E, Pasquier J. Le recensement de la population en Polynésie française en 2022.
2. Stages hors subdivision. Disponible sur: https://sante.u-bordeaux.fr/scolarite-demarches-administratives/stages-hors-subdivision
3. OEHLER E, MAYAN R, LASTÈRE S, SÉGALIN JM, REMAUDIÈRE B, NGUYEN L, et al. Panorama des pathologies infectieuses et non infectieuses de Polynésie française en 2025. MTSI. 3 juill 2025;5(3). doi:10.48327/MTSI.V5I3.2025.714.
4. Parrat E, François H, Courtois C, Yue S, Lutringer-Magnin D, Giroud M. Médecine intégrative. Rev Mal Respir Actual. oct 2019;11(3):444-8. doi:10.1016/S1877-1203(19)30114-4.

Claire BENSUSSAN
Interne de Pneumologie
Paris

Marion CHEMIN
Interne de Pneumologie
Annecy

Dr Eric PARRAT
Chef du service de Pneumologie
Centre Hospitalier de Polynésie Française

