Actualités : Modalités d’exercice de la pneumologie - focus sur la réadaptation respiratoire

Publié le 29 juil. 2026 à 18:06
Article paru dans la revue « AJPO2 - La revue des jeunes pneumologues » / AJPO2 N°8

Entretien avec le Pr Frédéric Costes, PU-PH au CHU de Clermont-Ferrand

Comment décririez-vous le service de réadaptation respiratoire pour quelqu'un qui ne connaît pas ? Quels sont les objectifs principaux ?

La réadaptation respiratoire vise à accompagner des patients souffrant d'un handicap respiratoire qui limite leur vie quotidienne, et pour lesquels une prise en charge adaptée peut permettre d'améliorer leur qualité de vie. Par exemple, après une exacerbation aiguë de BPCO.

Les objectifs, centrés sur le long terme, visent à améliorer la qualité de vie des patients et à les accompagner dans la gestion de leur maladie, grâce à une approche de prise en charge physique et éducative, sans rechercher la guérison.

Cela change la façon d'aborder le patient.

Quel terme doit-on utiliser entre réhabilitation, réadaptation, revalidation ?

Ces trois termes veulent dire la même chose.

Le terme de réhabilitation est un anglicisme nord-américain qui avait été choisi dans les années 90. Les Suisses et les Belges parlent quant à eux de revalidation.

Depuis quelques années, les autorités de santé préfèrent le terme « réadaptation » pour homogénéiser toutes les réadaptations, qu'elles soit neurologique, respiratoire, cardiologique, locomoteur, etc. C'est donc celui-ci qui est en usage actuellement.

Les patients sont hospitalisés ou pris en charge en ambulatoire ?

Il existe différents modes de prise en charge : hospitalisation complète, ambulatoire (hôpital de jour), à domicile. Le choix est fait en fonction des souhaits du patient, de sa condition physique mais également de son entourage et de son degrés d'autonomie. Il existe également des prises en charge mixtes, alternant l'hospitalisation complète et ambulatoire ou à domicile.

Certains centres ont une plateforme permettant l'hospitalisation complète et une prise en charge ambulatoire et certains centres ne font que l'un ou l'autre.

Et vous, dans quel centre travaillez-vous ? Quels sont les recrutements dans votre centre

Je travaille au CHU de Clermont- Ferrand, dans un centre purement ambulatoire.

Les patients recrutés sont principalement BPCO, après une hospitalisation pour exacerbation aiguë. Nous recrutons aussi des patients atteints d'insuffisance respiratoire chronique avec dyspnée croissante malgré un traitement médical bien conduit.

Certains patients sont recrutés en pré-chirurgie thoracique pour leur permettre d'atteindre le niveau de VO2 requis pour la chirurgie.

Nous prenons également en charge des patients atteints d'asthme sévère, des pneumopathies interstitielles fibrosantes ou non, car leur pronostic a changé avec les anti-fibrosants.

Quel est le temps moyen d'hospitalisation ?

Une hospitalisation complète de réadaptation respiratoire se déroule en moyenne sur 3 semaines avec une adaptation du temps selon le besoin du patient.

Il faut en moyenne une vingtaine de séances de réadaptation respiratoire pour constater une efficacité avec 1 à 2 séances par jour d'hospitalisation.

Il existe tout de même une variabilité inter-individuelle menant à des hospitalisations plus courtes ou plus longues.

Que comprennent les séances ?

Cela s'organise selon deux piliers :

Le premier est l'entraînement physique à l'endurance sur des appareils (cycloergomètre, tapis de marche par exemple) et le renforcement musculaire.

Il peut également y avoir différents intervenants tels que les kinésithérapeutes, les enseignants en activités physiques adaptées dans la gestion du souffle ou le renforcement musculaire.

Le patient peut bénéficier de balnéothérapie, de réapprentissage des gestes du quotidien tel que le laçage des chaussures, la montée d'escalier, la déambulation (avec déambulateur ou avec oxygène par exemple).

Le deuxième pilier est fondamental et repose sur l'éducation du patient. Celui-ci s'articule autour de la compréhension de sa maladie, mais également de la gestion de la vie quotidienne avec une maladie chronique, de ses traitements...

Un bilan éducatif est réalisé en amont des séances pour établir un programme répondant aux besoins du patient.

Il s'agit de séances individuelles ou en groupes animées par un membre de l'équipe.

Le patient est au centre d'une équipe interdisciplinaire où chacun apporte sa compétence. Pour cela, le médecin pneumologue est le garant de la coordination de l'équipe.

Quels sont les autres intervenants et comment se déroule la coordination ?

Il existe des réunions, discussions interdisciplinaire pour coordonner les soins. L'équipe est formée de kiné(s), d'enseignant(e/s) en activité physique adaptée, d'infirmier(e/s), de psychologue(s), diététicien(ne/s), d'ergothérapeute(s), d'assistant(e/s) sociale, addictologue(s).

La coordination de l'équipe est importante dans cette pratique médicale. Il faut réussir à manager et stimuler son équipe.

Cette activité change de l'apprentissage classique de la pneumologie lors de l'internat à l'hôpital.

Quel est votre parcours ?

J'ai effectué mon internat au CHU de Saint-Étienne puis j'ai travaillé dans le service de la médecine du sport du CHU Saint Étienne. Ce service recrutait principalement des patients sportifs ou des sédentaires sains.

Dans ce monde sportif, je m'occupais des explorations respiratoires. J'ai voulu approfondir mes connaissances dans ce domaine dans le but d'améliorer la fonction musculaire des patients.

En m'investissant dans la recherche clinique, je suis devenu professeur. J'ai pour but de connaître les modalités qui permettent de développer la condition physique, particulièrement chez les patients très hypoxiques.

Que conseillez-vous à un interne qui voudrait se lancer dans la réadaptation respiratoire ?

Une première approche serait de réaliser un stage en service de soins médicaux et de réadaptation (SMR) respiratoire. En parler au coordinateur de DES pourrait permettre de saisir les opportunités locales pour connaître les stages validants.

Si l'on veut se former dans cette discipline, il existe un DIU « réadaptation respiratoire du grand-ouest » qui permet d'acquérir des bases solides et une expérience professionnelle.

D'autre part, au sein du groupe Alvéole, groupe de travail de la SPLF, nous réalisons des cycles de formations avec une première partie pour l'initiation à la discipline via des webinaires. Une deuxième partie sur l'éducation thérapeutique lors d'un séminaire organisé durant un Week-end et un troisième niveau plus expert sur des cas cliniques complexes, organisé la veille des « Journées Alvéole » tous les 2 ans.

Il n'existe pas de FST. Pour pouvoir être médecin coordonnateur d'un service SMR respiratoire, il faut être soit pneumologue soit médecin MPR (médecine physique réadaptation) en connaissant les différents appareillages respiratoires.

Pouvez-vous décrire une journée type ?

Dans mon service, les patients viennent trois fois par semaine au cours d'une hospitalisation de jour. Je vais réaliser une consultation médicale dont le but est de trouver un objectif de réadaptation réalisable avec la condition physique du patient. Un examen physique sera ensuite réalisé avec une épreuve d'effort (EFX) quand cela est nécessaire.

Une synthèse sera ensuite faite par toute l'équipe avec une discussion sur les techniques de prises en charge et l'évaluation du recours aux différents intervenants médicaux et paramédicaux.

Des séances éducatives sont par la suite aussi programmées soit à raison d'une heure par patient si séances individuelles soit via des séances de groupe avec un thème prédéfini.

Lors d'une hospitalisation, il faudra en plus gérer les autres soucis de santé intermittents (guérison d'une infection aiguë, douleurs, comorbidités cardiaques, thromboses, etc.).

J'ai également une activité hospitalo- universitaire qui consiste d'une part à l'encadrement d'externes et d'internes mais aussi à la recherche clinique. Mes recherches s'articulent autour des modalités de réadaptation pour permettre un gain sur la fonction musculaire en contexte d'hypoxie chronique.

Je consacre 2 jours par semaine à la clinique, le reste à la recherche et à l'enseignement.

Y a-t-il eu des innovations récentes dans ce domaine ?

La téléréadaptation s'est développée pendant la crise de la COVID. Avec des moyens de surveillance divers, appel téléphonique, récupération de données comme la fréquence cardiaque, la SpO2 ou la spirométrie à distance.

Nous pouvons dès lors programmer des séances hybrides avec des séances en présentiel et des séances de surveillance à distance où l'on va surveiller une séance d'activité physique de groupe ou individuelle.

Les exosquelettes sont plutôt l'apanage de la médecine physique réadaptation où le domaine locomoteur est central.

Dans quelle type de structure peut-on exercer la réadaptation respiratoire ?

Elle peut s'exercer dans différentes structures. Au CHU évidemment dans les services de réadaptation respiratoire comme dans mon centre à Clermont- Ferrand. Dans des centres hospitaliers généraux, non universitaires.

Mais aussi au sein de plateaux-techniques dans des cliniques privées soit dans de gros centres de réadaptation polyvalents, cardiologique, neurologique, locomoteur, etc. soit dans de plus petits centres, ne pratiquant que la réadaptation respiratoire.

L'activité partagée entre une activité aiguë ou post-aiguë et la réadaptation est très encouragée. Il n'est pas rare qu'un médecin exerçant dans ce type de centre garde un pied dans la médecine de l'aiguë ou du moins dans l'hospitalisation plus conventionnelle.

Il existe également des structures associatives qui proposent une activité semblable.

L'activité libérale commence à se développer. Certains appels à projet s'articulent autour de structures privées qui emploient différents intervenants notamment à domicile ou sous format hybride (hospitalisation complète suivie de téléréadaptation).

Pour finir, quels sont les points positifs et négatifs de ce mode d'exercice ?

Le travail en équipe serait ma première réponse avec la coordination des différents intervenants s'articulant autour du bien-être du patient, de sa réadaptation.

Il faut avoir le souci de la maladie chronique, de prendre le patient dans son ensemble et non pas seulement soigner la maladie aiguë. Il y a un côté humain extraordinaire à faire ce métier.

Nous découvrons également un autre aspect de l'activité médicale avec une possibilité d'exercer de manière hybride. Garder un pied dans les soins plus conventionnels est tout à fait possible et même vivement encouragé.

Le manque de moyens structuraux peut être un des points négatifs. Les services de soins aigus se déchargent parfois dans les services de réadaptations pour résoudre des problèmes soit médicaux plus chroniques ou sociaux non résolus.

Mot de la fin

L'activité de réadaptation respiratoire est une activité médicalement et humainement très enrichissante. Elle permet de découvrir une autre façon d'aborder la médecine. Nous prenons en charge les patients dans leur globalité en encourageant le patient à être acteur de sa maladie.

Les perspectives d'exercices tendent à se développer à l'avenir avec des prises en charges hybrides se partageant entre hospitalisation, ambulatoire et à domicile.

Il existe également un pan de la recherche dans ce domaine à explorer.

Pour finir, l'inscription au Congrès « Journées francophones Alvéole », centré sur la réadaptation respiratoire, est gratuite si l'on est inscrit à l'AJPO2. N'hésitez pas à venir découvrir le monde de la réadaptation respiratoire.

Propos recueillis par
Rémi DERMINOT
Interne de Pneumologie
Paris

Publié le 1785341196000