La Psychomotricité : en hémato-oncologie pédiatrique

Publié le 06 mai 2022 à 16:21


La psychomotricité est une profession paramédicale de plus en plus présente dans les services de pédiatrie. Thérapie à médiation corporelle, elle porte un regard global sur l’enfant, le considérant acteur de son développement, et incluant les variations individuelles, l’impact environnemental et la vie psychoaffective. En s’aidant de divers médiateurs, elle aide l’enfant à se réapproprier son corps, à mieux le connaître et à redécouvrir le plaisir de bouger. Chaque service apportant sa spécificité sur l’enfant, le psychomotricien s’adapte à cette histoire médicale. Travaillant depuis 6 ans dans un service d’hémato-oncologie pédiatrique, c’est sur ce thème particulier que je vous propose le regard d’une psychomotricienne.

Au coeur d’une clinique pluridisciplinaire, la psychomotricité travaille sur 3 registres : l’enfant en premier lieu, mais aussi ses parents et enfin, dans une perspective plus large, sur l’équipe médicale et paramédicale.

Même malade, l’enfant reste un être en développement. En psychomotricité, nous travaillons donc en fonction de l’âge sur les acquisitions psychomotrices, les NEMS… pour que l’enfant conserve un développement harmonieux et que le séjour à l’hôpital ne soit pas une mise en parenthèse de la vie. Nous prêtons attention aux rapports que l’enfant entretient avec son corps. C’est pourquoi nous intervenons aussi en amont, pendant et parfois après un geste médical potentiellement douloureux (ponction lombaire, myélogramme), par le biais de la relaxation ou du toucher thérapeutique, pour restaurer l’enveloppe corporelle intrusée. Les modifications corporelles induites par les traitements perturbent l’enfant dans l’investissement de son corps. Or c’est par la connaissance et la maîtrise de son corps que l’enfant construit son rapport au monde.

L’une des particularités de la pédiatrie est la place qu’occupent les parents. Ce sont des partenaires indispensables. Souvent bouleversés dans leur parentalité, ils cherchent leurs repères éducatifs et leur place parmi les nombreux intervenants gravitant autour de leur enfant. En psychomotricité, nous incluons les parents dans les prises en charge. Nous cherchons à les rendre actifs dans les séances, véritables tiers. Et nous les accompagnons dans la valorisation de leurs compétences à prendre soin de leur enfant.

Enfin, travailler en milieu hospitalier c’est exercer au sein d’une équipe pluridisciplinaire, dans une clinique du traumatisme. Le psychomotricien s’ancre dans le service en participant aux réunions et propose son regard global sur l’enfant. Les conditions d’hospitalisation strictes sont parfois un frein pour celui-ci. Au psychomotricien donc d’aménager l’espace de manière adaptée aux contraintes médicales mais aussi aux besoins de l’enfant. Ainsi, il situe l’enfant au coeur de son développement et le considère comme partenaire de l’échange. Il est fréquent aussi de côtoyer la mort, et la psychomotricité, en proposant des soins psychomoteurs spécifiques à ces situations, travaille avec l’équipe à envisager l’enfant vivant et porteur de désir.

Le semestre en hémato-oncologie pédiatrique est souvent long, difficile parfois avec les histoires de vie rencontrées, et demande beaucoup d’investissement aux internes. C’est pourquoi depuis quelques années, à l’initiative de quelques-uns, je propose dans le service une petite session de formation sur la prise de conscience du dialogue tonique et l’importance du toucher comme aide complémentaire au regard médical. Ce temps vise aussi à une meilleure compréhension de l’enfant, et est souvent vécu comme un temps de pause dans le stress du semestre !

Indications en psychomotricité : ou pourquoi faire appel à une psychomotricienne
Troubles tonico-émotionnel
Positions antalgiques ou vicieuses
Difficultés comportementales : Hyperactivité, léthargie, refus de contact…
Attitude de protection ou de négligence vis-à-vis de la zone lésée
Trouble du schéma corporel et/ou de la représentation corporelle
Troubles psychoaffectifs
Séquelles neurologiques

 VIGNETTE CLINIQUE : « V., 10 mois, est suivi pour LAL. Son développement psychomoteur est entravé par l’espace restreint dans lequel il est amené à évoluer (flux mobile). Sa maladie est réfractaire aux différentes lignées de traitement, mais V. demeure un enfant actif qui a acquis la marche et cherche à développer ses compétences.

C’est un enfant très vivant ! Tout est prétexte à découvertes et rares sont les moments où il montre des signes de mal-être. Les séances de psychomotricité soutiennent cette sensorialité au fil des hospitalisations. Avec différents supports sensoriels, V. met en mouvement et sollicite son corps. Seul enfant du couple, les parents sont très présents et participent à ces temps de jeu. V. apprécie particulièrement le gros ballon.

C’est un moment privilégié père-fils, où V. joue avec son équilibre, sa proprioception, ses coordinations, porté par son père. Puis les hospitalisations de V. s’espaceront de plus en plus, les parents ayant choisi le domicile comme lieu de décès. ».

Marie THERAIN-SOMMAIN
Psychomotricienne
Onco Hématologie Hôpital Trousseau

Article paru dans la revue “Association des Juniors en Pédiatrie” / AJP n°5

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