Apprendre en jouant, ce n’est pas reservé qu’aux enfants

Publié le 1652246361000


"Joue, et tu deviendras sérieux"
Aristote

L’intérêt des Scenarii

En France, seulement 20 % de la population générale est formée aux gestes de premiers secours.
Il y a un an, un objectif de 80 % de formation a été évoqué par le gouvernement dans l’un des volets de prévention de la Stratégie Nationale de Santé 2018-2022 [1].

Nous en sommes encore loin.

En la population soignante, l’apprentissage de certaines situations, notamment d’urgence et de réanimation pédiatrique, par le scénario est un concept qui est en plein essor ces dernières années.

La création de l’attestation de formation aux gestes et soins d’urgence (AFGSU) par arrêté du 3 mars 2006 a permis pour la première fois aux Centres d’Enseignement des Soins d’Urgence d’apparaître dans un texte officiel. Actuellement, ils existent dans 90 hôpitaux sièges de SAMU. Il en existe également à l’étranger (Tunisie, Vietnam) [2].

Certains organismes, comme l’European Resuscitation Council, proposent des formations en réanimation néonatale et pédiatrique (EPILS : European Pediatric Immediate Life Support, EPALS : European Pediatric Advanced Life Support,…) qui peuvent parfois être prises en charge par l’employeur [3]. Celles-ci sont établies sur le principe universel « ABC » de la réanimation. (A : Airways, B : Breathing, C : Circulation).

Plusieurs études [4] [5] ont montré que les professionnels ayant participé à des scenarii répondent ensuite mieux aux tests, gagnent en confiance en eux et consolident leurs connaissances. Ils sont ainsi plus performants et aptes à gérer des urgences par la suite.

Les résultats mettent aussi en évidence le fait qu’il est important de s’entraîner régulièrement afin de ne pas oublier les réflexes et bonnes pratiques.

Généralement, les scenarii se déroulent sur des lieux de formation, des plateformes, au sein même d’un hôpital. Les hôpitaux universitaires

inscrits dans une démarche d’apprentissage constant, sont en première ligne de ce processus. La disponibilité de professionnels ayant les compétences requises de formateurs, le mannequin de simulation (plusieurs milliers d’euros pour le mannequin haute fidélité), le matériel utilisé (défibrillateur, intra-osseuse, médicaments, etc.), représentent un coût certain. Cependant, les bénéfices sur l’amélioration des prises en charge sont réels.

"Seul celui qui agit apprend"
Friedrich Nietzsche

La plateforme « P2ULSE » de l’Hôpital Trousseau
A l’hôpital pédiatrique parisien Armand Trousseau, la plateforme P2ULSE (Plateforme Pluridisciplinaire hospitalo-Universitaire de e-Learning et de Simulation de l’Est parisien) a été mise en place en 2017 grâce à l’implication de personnes ressources issues de tous horizons, de tous les métiers au sein des Hôpitaux Universitaires de l’Est Parisien et de Sorbonne Université. De nombreux soignants se sont emparés de cette opportunité pour s’approprier ce lieu dédié à la simulation, conscients du bénéfice d’être acteur de sa propre formation. Au sein des services, les soignants ont pris conscience de la nécessité non seulement de se former, de s’entraîner régulièrement, mais également du travail en équipe pour améliorer la prise en charge des patients, en s’entraînant sur des mannequins de simulation [6]. L’évolution de la science et des techniques permet aujourd’hui des simulations proches de la réalité.

Convulsions du mannequin, cyanose péribuccale, bombement de la fontanelle d’un nouveau-né, … Sur certains mannequins, il est désormais possible d’effectuer des nébulisations, de ventiler, de réaliser une ponction lombaire, de poser une voie intra-osseuse…

Depuis plus d’un an, à l’hopital Trousseau, l’équipe des urgences pédiatriques s’entraîne sur la plateforme P2ULSE avec l’équipe de réanimation pédiatrique, notamment sur le scénario de l’arrêt cardio-respiratoire. La prise en charge médicalisée réalisable grâce à un mannequin haute fidélité permet de parler d’« advanced life support ».

Les mannequins haute fidélité, associés à une mise en situation réelle permettent une prise en charge très réaliste.

L’équipe qui participe aux scénarios
L’inscription aux simulations est faite sur la base du volontariat. L’équipe présente peut être formée de seniors, d’internes, d’infirmiers, de puériculteurs, d’aides-soignants, d’auxiliaires de puériculture, d’étudiants, de psychologues, de secrétaires, de brancardiers, de cadres, etc. Tout le monde est le bienvenu, chacun étant un maillon de la chaîne, ayant son rôle à jouer. Parfois, un professionnel peut être observateur : il assiste au scénario et participe activement au débriefing à la fin de la simulation.

Celui-ci a lieu systématiquement après chaque simulation. Les participants expriment à tour de rôle leur ressenti sur le déroulé de la simulation, les instructeurs jouant le rôle de modérateur lors du débriefing, en reprenant les points ayant posé problème aux participants, tout en renforçant les éléments positifs de la prise en charge lors de la simulation. La bienveillance est le mot d’ordre, ce qui facilite la participation active des intervenants, personne n’étant jugé.

Exemples de scenarii pratiqués en pédiatrie

  • Choc anaphylactique
  • Choc septique
  • Etat de mal épileptique
  • Etat de mal asthmatique
  • Choc hypovolémique
  • Tachycardie supra-ventriculaire
  • Arrêt Cardio-Respiratoire

Exemples de gestes pratiques

  • Voie Veineuse Périphérique
  • Voie Intra-Osseuse
  • Ventilation au Masque et Ballon
  • Intubation
  • Compressions Thoraciques

Exemple de simulation faite aux urgences pédiatriques
Dans une salle de la plateforme, le mannequin est allongé sur le lit. Nous l’appellerons Alex. Un « maître du jeu » présente brièvement Alex et un assistant technique (un professionnel de santé qui connaît l’informatique et le logiciel) va adapter en temps réel les attitudes et les paramètres vitaux du mannequin pendant toute la simulation. Toutes les indications nécessaires au bon déroulement du scénario sont données a priori à l’équipe qui interviendra en premier auprès de l’enfant. Le thème du scénario a généralement été défini en amont et peut être une demande spécifique de l’équipe.

Le binôme infirmier/aide-soignant est le premier à intervenir auprès d’Alex. La méthode « ABC » est débutée, et le médecin (interne ou sénior) est rapidement appelé. Des transmissions précises lui sont faites. Parfois, le médecin fait appel à un autre collègue. C’est généralement le médecin qui est le « team leader » et qui va cordonner les différentes actions au sein de l’équipe.

Une bonne communication entre tous les intervenants est la clé de la réussite des scenarii.
De plus en plus de scenarii font intervenir des jeux de rôles au cours duquel un membre de l’équipe va jouer le rôle d’un parent par exemple. La prise en charge de l’accompagnant fait en effet partie intégrante de la réanimation d’un enfant gravement malade, et il est tout aussi utile de s’entraîner à prendre en charge la famille, répondre à leurs questions et trouver les mots justes dans une situation de stress à la fois pour les soignants et la famille qu’à s’occuper de l’enfant sur un plan purement médical.

Focus sur l’atelier intraosseuse
L’intra-osseuse est LA voie de l’ACR. Il s’agit d’un accès vasculaire périphérique d’urgence, utilisé dans un contexte d’ACR ou d’insuffisance circulatoire menaçant le pronostic vital. Elle permet d’administrer n’importe quel médicament ou perfusion et d’effectuer des prélèvements sanguins. Ses contre-indications sont peu nombreuses : os déjà percé dans les dernières 48 heures, fracture, infection osseuse, tumeur osseuse, brûlure au point de ponction. L’intraosseuse peut être insérée au niveau de :

  • Le tibia proximal
  • Le tibia distal
  • Du fémur distal chez les nouveau-nés
  • Tête de l’humérus chez l’enfant de plus de 5 ans [7].

Maintenant, la plupart des services d’urgences et de réanimation utilisent une perceuse prévue et adaptée pour la pose d’IO.

Les aiguilles roses sont habituellement utilisées pour les nourrissons ou nouveau-nés.

Les aiguilles bleues sont la taille « standard », le plus souvent utilisées en pédiatrie.

Les aiguilles jaunes sont utilisées chez le grand enfant ou l’adulte.

C’est le même principe que pour le scénario : c’est en pratiquant qu’on apprend.

N’hésitez pas à vous renseigner auprès de vos services et à vous entraîner sur des os de poulet par exemple avec des perceuses de démonstration !

Conclusion
La réalisation de gestes et de manoeuvres de réanimation sur un mannequin de simulation, la préparation de certains traitements d’urgence, la communication et coordination en équipe, la structure des actions en fonction de la méthode « ABC » permettent à l’ensemble des professionnels de santé d’améliorer la prise en charge d’une urgence et de gagner en confiance et expérience. Loin du cours magistral, bien plus qu’un simple jeu, le scénario est une manière d’affronter par la suite les situations d’urgence plus sereinement. Par ailleurs, la simulation est loin d’être cantonnée à l’urgence vitale et reste utilisée et prometteuse dans de nombreux domaines médicaux et paramédicaux.

Céline TAGLE-PARNALLAND
Infirmière Puéricultrice dans le service des Urgences pédiatriques de l’Hôpital Armand-Trousseau

Bibliographie

  1. https://solidarites-sante.gouv.fr/IMG/pdf/180326-dossier_de_presse_priorite_prevention.pdf
  2. https://www.ancesu.fr/creation-CESU-a-fondation-ANCESU_367.html
  3. https://www.erc.edu/events
  4. http://www.sofrasims.fr/medias/files/simu-et-pediatrie-sofrasims-sesam-juin-2017.pdf
  5. http://cless.univ-lyon1.fr
  6. http://pulse.sorbonne-universite.fr
  7. https:www.hug-gech/sites/interhug/files/structures/saup_professionnels/fichiers/intra_osseuses.pdf

Article paru dans la revue “Association des Juniors en Pédiatrie” / AJP n°17

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