
Une spécialisation tardive en pédiatrie générale…
Malgré plusieurs périodes de doute et une tentation récurrente d’arrêter mes études de médecine, j’ai su assez tôt que je voulais devenir pédiatre. J’ai souvent entendu des médecins pour adulte dire que c’était trop dur de voir toute la journée des enfants malades… mon point de vue était tout à fait différent ! Je supportais mal de voir des adultes malades, car je les considérais souvent en fin de parcours et cela me décourageait. J’avais l’impression que la prise en charge des adultes consistait à prolonger leur vie de quelques années, alors que de soigner des enfants permettait qu’ils grandissent et poursuivent une vie normale, et je trouvais cela bien plus motivant ! Même après un semestre en oncologie, je n’ai pas changé d’avis : les enfants sont toujours pleins de vie et de ressources, et je n’ai jamais trouvé cela triste de les soigner.
Quant au cadre dans lequel je souhaitais travailler, je n’ai pas non plus hésité très longtemps. Après deux stages de pédiatrie générale (à Lagny sur Marne et à Necker), je suis passée dans des services très différents. Beaucoup m’ont intéressée et je me suis sentie à l’aise dans toutes les équipes. Néanmoins je n’ai retrouvé nulle part ailleurs l’ambiance familiale d’un service de pédiatrie au sein d’un hôpital général. Le service de pédiatrie du CH de Marne la Vallée (ex « Lagny ») comporte plusieurs secteurs (pédiatrie, néonatalogie niveau IIB, maternité, hôpital de jour et urgences pédiatriques indépendantes
des urgences adultes). Les pédiatres du service sont affectés dans les différentes unités mais on fait de tout pendant les gardes, ce qui oblige à être polyvalent (et implique notamment d’être à l’aise en salle de naissance). Au sein du service, chaque pédiatre a cependant une consultation orientée vers une « sur-spécialité » (pneumologie, hématologie, rhumatologie, néonatalogie, gastroentérologie, neurologie, endocrinologie), généralement acquise par un DU.
J’ai donc débuté dans ce service par 2 ans et demi d’assistanat en pédiatrie et pu profiter de l’expérience de chacun des pédiatres dans son domaine. Ayant manifesté rapidement mon désir de rester travailler au sein de cette équipe, il m’a fallu choisir à mon tour un domaine à approfondir. Mon choix s’est orienté vers la neurologie pour plusieurs raisons. Tout d’abord (et tout à fait par hasard…) parce que mon sujet de thèse portait sur un sujet neurologique. Ensuite parce qu’il existe une carence importante en neuropédiatres en Seine et Marne, que ce soit en CAMSP ou en milieu hospitalier. Enfin parce que j’avais accepté dès mon arrivée (sans savoir de quoi il s’agissait réellement) de suivre sur le plan somatique des enfants autistes pris en charge dans les hôpitaux de jour rattachés à l’hôpital de Lagny : forte de cette (brève !) expérience, il m’a été proposé de prendre un poste « mixte » en pédiatrie et pédopsychiatrie. Une structure appelée UNITED a en effet ouvert en 2011 au sein de l’hôpital, destinée à l’évaluation diagnostique (psychiatrique et neurologique) d’enfants avec troubles envahissants du développement (TED). Il s’agit du septième centre de ce type créé en Ilede- France (cinq à Paris intra muros, un à Versailles). J’ai donc passé le DIU de neuropédiatrie et suis allée régulièrement suivre des consultations de neurologie à Bicêtre et à Robert Debré. L’enseignement du DIU est évidemment plus difficile à assimiler quand on ne travaille pas toute la journée dans un service de neuropédiatrie, et j’ai dû m’accrocher un peu ! Cela m’a permis également d’orienter ma consultation de pédiatrie vers plus de neurologie (essentiellement épilepsie, retard psychomoteur).
Je travaille donc une journée et demie par semaine avec une pédopsychiatre, des psychologues, une orthophoniste et une psychomotricienne. Il est très intéressant de voir les divergences d’approche d’une même situation entre les pédiatres et les pédopsychiatres. Ces derniers sont souvent plus analytiques et nous plus pragmatiques, leur rythme est également différent du nôtre. Je me suis demandé au début ce que je pouvais apporter dans cette équipe mais j’ai fini par me rendre compte que de voir une même situation sous différents angles permettait de considérer les enfants et leur pathologie de manière plus globale et de leur proposer ainsi une prise en charge plus adaptée. Je crois en outre que cela est rassurant pour des parents d’entendre un diagnostic concordant et exhaustif après l’avis de deux spécialistes différents.
Je n’ai pas regretté un seul instant d’avoir choisi de travailler en pédiatrie dans un hôpital général. L’activité est extrêmement variée, chacun peut se perfectionner dans un domaine mais s’enrichit aussi des connaissances des autres et l’ambiance est particulièrement agréable ! Je crois qu’au cours de notre internat, on ne nous incite pas suffisamment à choisir ce genre de poste alors que la majeure partie des enfants de la région parisienne sont soignés en hôpital général !
Je profite d’ailleurs de cette lettre pour glisser qu’un poste de pédiatre en néonatalogie est vacant à partir de mai 2013…
Dr Frédérique Beaudonnet
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Article paru dans la revue “Association des Juniors en Pédiatrie” / AJP n°08

