
Elinzanetant for Vasomotor Symptoms from Endocrine Therapy for Breast Cancer.
F. Cardoso 02/06/2025, The New England Journal of Medicine.
Mots-clés
Breast cancer, Vasomotor symptoms, Quality of life.
Actuellement, le cancer du sein représente 30 % de l'ensemble des cancers féminins, et dans près de 70 % des cas, il est hormonodépendant. L'un des traitements de référence pour les cancers hormonodépendants est l'hormonothérapie (tamoxifène ou inhibiteurs de l'aromatase, parfois associés à des agonistes de la LHRH), pendant 5 à 10 ans. Toutefois, ces traitements provoquent souvent des effets secondaires proches de ceux de la ménopause, en particulier les symptômes vaso-moteurs notamment les bouffées de chaleur. Ces symptômes altèrent fortement la qualité de vie des patientes et entraînent parfois une mauvaise observance du traitement.
L'élinzanétant est un antagoniste des récepteurs de la neurokinine 1 (NK1) et 3 (NK3). Ces récepteurs jouent un rôle central dans la régulation de la température corporelle, via des neurones dits KNDy situés dans l'hypothalamus. La baisse de l'activité oestrogénique lève l'inhibition de ces récepteurs, entraînant une hyperactivité des neurones KNDy responsable des symptômes vasomoteurs. Les récepteurs NK1 interviendraient également dans la vasodilatation périphérique et les troubles du sommeil.
Des études précédentes (OASIS 1, 2 et 3) ont déjà montré que l'élinzanétant réduisait efficacement les symptômes vaso-moteurs et améliorait la qualité de vie et du sommeil chez les femmes ménopausées. L'objectif de cette étude (OASIS 4) vise à évaluer l'efficacité et l'innocuité de l'elinzanétant chez les femmes traitées par hormonothérapie pour un cancer du sein hormonodépendant, ou en prévention chez celles à haut risque de développer un cancer du sein.
Méthodes
Il s'agit d'une étude de phase 3, multicentrique, randomisée, en double aveugle et contrôlée par placebo, d'une durée d'un an, sponsorisée par Bayer.
Les participantes étaient des femmes âgées de 18 à 70 ans, recevant une hormonothérapie (tamoxifène ou inhibiteurs de l'aromatase), avec ou sans agoniste de la LHRH, pour un cancer du sein hormonodépendant ou à haut risque de cancer du sein. Pour être incluses, elles devaient présenter au moins 35 symptômes vasomoteurs modérés à sévères par semaine. Les femmes ayant une récidive ou un cancer métastatique étaient exclues.
La randomisation a eu lieu entre novembre 2022 et novembre 2024 dans 90 centres investigateurs en Europe, au Canada, en Israël et au Kazakhstan, selon un ratio 2 : 1 :
- 315 patientes ont reçu 120 mg d'élinzanétant une fois par jour pendant 52 semaines.
- 158 patientes ont reçu un placebo pendant 12 semaines, puis 120 mg d'élinzanétant pendant 40 semaines.
Les femmes ayant complété les 52 semaines pouvaient poursuivre l'élinzanétant pendant deux années supplémentaires.
Le critère principal de jugement était la variation de la fréquence quotidienne moyenne des symptômes vasomoteurs modérés à sévères entre le début de l'étude et la semaine 4, puis la semaine 12. Les critères secondaires concernaient les troubles du sommeil, la qualité de vie et l'évolution de la sévérité des symptômes vasomoteurs.
Un comité externe, indépendant et en aveugle, était chargé de récupérer les données de sécurité, notamment au niveau hépatique.
Résultats
A baseline, la fréquence moyenne des symptômes vasomoteurs modérés à sévères était comparable entre les deux groupes : 11,4 épisodes par jour dans le groupe élinzanétant et 11,5 épisodes dans le groupe contrôle.
Concernant le critère de jugement principal, une différence significative est apparue dès la semaine 4 :
- Réduction moyenne de - 6.5 épisodes par jour dans le groupe elinzanétant ;
- Contre - 3.0 épisodes par jour dans le groupe placebo (p inférieur à 0.0001).
À la semaine 12,
- La diminution atteignait - 7,8 épisodes par jour avec l'élinzanétant ;
- Contre - 4,2 épisodes par jour avec le placebo (p inférieur à 0,0001).
On observait également une amélioration de la qualité de vie et du sommeil dans le groupe élinzanétant par rapport au placebo.
Après les 52 semaines de traitement initial, 91,6 % des participantes ont choisi de poursuivre l'élinzanétant pour deux années supplémentaires.

Les principaux effets indésirables rapportés étaient la somnolence, la fatigue et la diarrhée. Des événements indésirables sévères sont survenus chez 8 patientes (2,5 %) sous élinzanétant contre 1 patiente (0,6 %) sous placebo. Enfin, 5 femmes traitées par élinzanétant ont présenté une élévation réversible des transaminases.
Discussion
L'élinzanétant entraîne une diminution significative de la fréquence quotidienne des symptômes vasomoteurs modérés à sévères chez les femmes sous hormonothérapie.
À 12 semaines, plus de 70 % des participantes traitées par élinzanetant présentaient une réduction d'au moins 50 % de leurs symptômes.
L'étude suggère une tendance à la réduction des troubles du sommeil et à l'amélioration de la qualité de vie. Toutefois, ces résultats doivent être interprétés avec prudence et ne permettent pas de conclure formellement. Une telle amélioration pourrait néanmoins favoriser une meilleure observance du traitement.
Le profil de sécurité était comparable entre les deux groupes, sans signal supplémentaire d'hépatotoxicité.
Les principales limites de cette étude résident dans la prédominance des centres situés en Europe, limitant la généralisation des résultats à d'autres populations ; l'inclusion d'un nombre restreint de patientes recevant une hormonothérapie préventive (une seule participante) ; l'absence de données concernant la récidive du cancer et la survie à long terme ; le caractère subjectif du critère de jugement principal, basé sur l'auto-évaluation des symptômes par les patientes.
Conclusion
L'élinzanétant apparaît comme une nouvelle option thérapeutique potentielle pour les femmes sous hormonothérapie et présentant des symptômes vasomoteurs modérés à sévères. La prise en charge de ces patientes reste en effet très limitée : le traitement hormonal de la ménopause est contre-indiqué, et la paroxétine ne peut être utilisée en cas de traitement par tamoxifène. À ce jour, l'élinzanétant ne bénéficie pas encore d'une autorisation de mise sur le marché (AMM) en France. Le seul traitement actuellement autorisé pour les symptômes vasomoteurs de la ménopause est le Veoza (fézolinetant), dont l'indication n'inclut toutefois pas les patientes atteintes d'un cancer du sein.
Références
1. Berkowitz MJ, Thompson CK, Zibec chi LT, et al. How patients experience en docrine therapy for breast cancer: an on line survey of side effects, adherence, and medical team support. J Cancer Surviv 2021; 15: 29-39.
2. Pinkerton JV, Simon JA, Joffe H, et al. Elinzanetant for the treatment of vaso motor symptoms associated with meno pause: OASIS 1 and 2 randomized clinical trials. JAMA 2024; 332: 1343-54. 26. Panay N, Joffe H, Maki P, et al. Efficacy and long-term safety of elinzanetant for the treatment of VMS associated with menopause: a phase 3 randomized trial (OASIS 3). In: Proceedings and abstracts of the 2024 Annual Meeting of the Meno pause Society, September 11–14, 2024. Chicago: Menopause Society, 2024.
3. Panay N, Joffe H, Maki P, et al. Efficacy and long-term safety of elinzanetant for the treatment of VMS associated with menopause: a phase 3 randomized trial (OASIS 3). In: Proceedings and abstracts of the 2024 Annual Meeting of the Meno pause Society, September 11–14, 2024. Chicago: Menopause Society, 2024.

Naomi VIGNERON
Interne en 2ème semestre
Gynécologie médicale
Nancy

Dr Lucie VERON
Gynécologue médicale
Institut Gustave Roussy

