
Entretien avec la Pre Anne-Sophie BATS
Parcours d'une PU-PH au coeur de la recherche (Inserm) et de la chirurgie oncologique à l'AP-HP.

Présidente de l'AGOF et des JN'GOF de 2002 à 2006, le Pr Anne-Sophie Bats incarne une génération qui a contribué à structurer durablement la formation, l'engagement et l'exigence académique en gynécologie- obstétrique. Aujourd'hui PU-PH et cheffe de service à l'Hôpital Européen Georges- Pompidou, elle porte un regard à la fois historique et prospectif sur l'évolution de la profession et sur le rôle fondamental de l'AGOF dans la formation.
Radostina Vasileva.- Comment est venue l'idée de faire partie de l'AGOF ? Qu'est-ce qui vous a motivée à être à la tête de l'association ?
Pre Bats.- Bonjour et merci pour votre invitation, cela a en effet réveillé quelques souvenirs. J'ai fait mes études de médecine à Amiens avant d'être nommée interne à Paris. À l'époque, l'un de mes chefs de clinique à Amiens était trésorier de l'AGOF. Lorsque j'ai obtenu ma place en gynécologie à Paris, il m'a sollicitée car l'association devait renouveler ses membres et j'ai pris le poste de trésorière d'emblée.
Je n'avais jamais eu d'activité associative auparavant, mais l'idée d'arriver à Paris et de pouvoir rapidement partager avec d'autres internes m'a séduite. Nous venions de toutes les régions, et cela créait une dynamique très stimulante. J'ai donc intégré le bureau dès mon premier semestre.
Les choses se sont faites naturellement et j'ai repris la trésorerie. Lorsque les anciens sont partis, on m'a proposé la présidence. Nous formions un groupe très soudé et complémentaire, notamment avec Xavier Carcopino et Isabella Chanavaz- Lacheray qui étaient vice-présidents. Ce n'était pas une ambition personnelle ; c'était plutôt la continuité logique d'un engagement collectif.
Quand vous repensez à la période 2002–2006, quelle pensée vous revient en premier ?
Pre Bats.- Je pense d'abord à la vie associative et à la création d'un réseau relationnel extrêmement fort. L'AGOF était très proche du CNGOF. Bruno Carbonne, alors secrétaire du Collège, nous a beaucoup soutenus. Il y avait un réel soutien des PU-PH et une volonté de la communauté des « plus anciens » de nous accompagner. Nous participions au bureau du Collège et l'on sentait que les professeurs avaient envie de nous transmettre leur savoir et de nous aider.
C'est aussi par l'AGOF que j'ai rencontré Patrick Madelenat, qui a été un patron très important pour moi. Pour lui, la formation des internes était une priorité absolue. Tous ces liens créés grâce à l'association ont été profondément structurants.
À cette époque, quels étaient les principaux enjeux pour les internes en gynécologieobstétrique ?
Pre Bats.- La formation pratique était un enjeu central. L'organisation des enseignements était beaucoup plus balbutiante qu'aujourd'hui. Les cours étaient très théoriques, essentiellement sous forme de séminaires, et la simulation n'existait pas. Nous avions besoin de nous emparer nousmêmes de la qualité de notre formation et de faire les premières tentatives de simulation.
Il y avait également des enjeux politiques. Nous commencions à manquer d'obstétriciens et le nombre d'internes a été augmenté rapidement. Cela posait la question de l'organisation des stages et de la qualité des terrains. L'AGOF jouait un rôle important dans la défense de ces terrains et dans la structuration de la formation pratique.
Quel rôle jouaient les JN'GOF dans la formation et la construction professionnelle des jeunes gynécologues-obstétriciens ?
Pre Bats.- Les JN'GOF étaient un moment clé. Nous les avions couplées aux journées du Collège avec Isabella Chanavaz-Lacheray. L'organisation était très complexe : l'association gérait tout, de la location des amphithéâtres à La Défense jusqu'aux inscriptions.
L'objectif était de permettre à tous les internes français de se retrouver et d'aborder des thématiques absentes des enseignements locaux. Nous développions notamment des ateliers de formation pratique en simulation, en échographie ou en hystéroscopie. C'était une réponse directe à un besoin concret des internes.
Votre parcours académique et hospitalier est particulièrement exigeant. Aviez-vous déjà une projection claire de carrière à ce stade ?
Pre Bats.- Je n'ai pas commencé mon internat en me disant explicitement que je voulais être PU-PH, mais j'y pensais. Dès le début, je me suis donné les moyens de cocher toutes les cases d'une carrière universitaire, car je ne me voyais pas m'installer en cabinet.
L'AGOF n'a pas été un levier direct pour la nomination, mais elle a été un facilitateur de rencontres.
Je côtoyais des personnalités influentes et l'engagement associatif m'a également préparé pour la suite. La gestion d'une association, l'organisation d'événements nationaux, la coordination d'équipes venues de toute la France ont été une véritable école de management. Cette expérience a nourri ma manière d'enseigner et de diriger aujourd'hui.
En vingt à trente ans, qu'est-ce qui a le plus changé dans la formation des gynécologues-obstétriciens ?
Pre Bats.- Sur le plan théorique, l'accès aux connaissances est aujourd'hui beaucoup plus facile.
En revanche, les mentalités ont profondément évolué concernant l'équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle. À mon époque, les anesthésistes ont été les premiers à imposer les repos de sécurité. Aujourd'hui, la recherche d'équilibre est sociétale. Les jeunes hommes comme les jeunes femmes souhaitent préserver du temps pour leur vie familiale. C'est essentiel dans un métier aussi exigeant.
La conséquence est une diminution du temps passé en service et au bloc, ce qui peut retarder l'acquisition de l'autonomie. Je ne suis pas certaine que l'année de Docteur Junior compense entièrement cela.
Par ailleurs, nous étions peut-être plus libres dans notre orientation professionnelle. Le poids médico- légal et la protocolisation sont aujourd'hui beaucoup plus importants : nous passons beaucoup de temps à écrire pour justifier nos décisions.
R. V.- Quel regard portez-vous sur cette nouvelle génération d'internes ?
Pre Bats.- Je vois une génération exigeante, informée, soucieuse d'équilibre et très attachée au sens de son engagement. Cette évolution est positive.
Le point de vigilance reste la formation pratique et l'autonomie progressive. Il faut maintenir un haut niveau d'exigence tout en respectant les nouvelles attentes sociétales.
Selon vous, quel rôle spécifique l'AGOF doit-elle continuer à jouer dans les décennies à venir ?
Pre Bats.- Il est indispensable qu'il existe une fédération forte pour porter la voix des internes en gynécologie-obstétrique. L'AGOF doit continuer à structurer la formation, défendre les terrains de stage et maintenir une dynamique nationale. C'est essentiel pour faire vivre et valoriser cette spécialité dont nous devons être fiers.

Le conseil que vous auriez aimé donner aux internes ?
Pre Bats.- Je dirais qu'il faut s'engager, ne pas hésiter à rencontrer, à s'impliquer, à prendre des responsabilités. Les rencontres structurent un parcours autant que les diplômes.
Nous exerçons un très beau métier, mais c'est un métier difficile, par l'exigence qu'il demande, les compétences qu'il requiert, les responsabilités qu'il engage et les conditions de travail qu'il impose. Il ne faut jamais oublier de rester humain face au patient, car c'est le coeur de notre profession.
Propos recueillis par
Radostina VASILEVA

