Dentalks avec Sam JALI - Entre dentaire et défis personnels apprendre, créer, oser.

Publié le 18 sept. 2025 à 10:54
Article paru dans la revue « UNECD - Union Nationale des Etudiants en Chirurgie Dentaire » / UNECD N°10

Quel est le coeur de ton projet ?

S'il fallait résumer mon projet en trois mots, je dirais : publication d'un roman. Le 2 décembre 2024, j'ai autoédité Les Ivresses du regard, mon tout premier roman. C'est un écrit introspectif mettant en scène deux personnages que tout oppose, mais que le hasard réunit dans un même appartement parisien.

“Gaya fuit un passé familial douloureux ; Lucas arrive de Brest, animé par une ambition débordante et une naïveté touchante.” À travers leur cohabitation fantomatique, ce roman interroge la mémoire des lieux, la quête de sens, et surtout le regard que l'on porte sur soi, sur l'autre, et sur le monde.

C'est une histoire de silences, de fêlures, de rencontres… où l'intime devient universel.

Comment t'est venue l'idée d'écrire un romạn ?
J'écris depuis toujours. Le format romanesque est donc une extension naturelle. Un matin, je me suis dit : “Allez, cette fois, il faut aller au bout du format le plus abouti de l'écriture.”

Je fonctionne par projets : lorsque quelque chose m'obsède, je m'y consacre pleinement. Avant de m'orienter vers les études dentaires, j'avais monté une première entreprise, dans laquelle je me suis beaucoup investi. Plus récemment, j'ai lancé un second projet entrepreneurial, avec un délai fixé à quatre mois. Ces dynamiques me stimulent, m'obligent à sortir de ma zone de confort.

De plus, venant d'un cursus scientifique, j'ai toujours eu à cœur de ne pas délaisser la littérature et la culture et auxquelles je mets un point d'honneur.

Dạns quel contexte est né ce romạn ?
Je suis un étudiant passerelle venant d'un master de bio-santé. J'ai tenté la passerelle une première fois, sans succès. Je savais qu'il me restait une chance que j'ai mise à profit en étant indépendant avec CommunEATy, l'entreprise d'expertise en politique nutritionnelle que j'ai montée.

Mais l'indépendance a ses revers : sans cadre ou échéances imposées, j'ai rapidement ressenti le besoin d'instaurer une discipline personnelle. C'est dans cette volonté de rigueur que l'écriture a pris une place centrale : chaque matin, elle me poussait à me lever plus tôt pour aller au bout d'un projet qui, je le savais, allait faire ma fierté.

L'histoire se finit en beauté, car j'ai fini par réussir cette passerelle qui me tenait tant à cœur.

 

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As-tu trouvé l'inspirạtion entre deux trạvạux prạtiques ?
Si l'écriture ne s'est pas jouée entre deux TP de prothèse, le reste, oui. J'ai longtemps cru — à tort — qu'un livre était terminé une fois le point final posé. Mais entre relecture, correction, maquette, stock, et distribution : c'était passionnant, mais éreintant, qui m'a parfois conduit en TP un peu épuisé, je l'avoue. Mais après tout, la fatigue est le prix des rêves accomplis.

Cela dit, ce travail a été très stimulant : voir les pages blanches devenir un vrai roman qu'on trouve en librairie, c'était incroyable d'être le témoin de cette évolution. Heureusement que j'ai réussi à bien cloisonner entre dentaire et roman, sinon on aurait fini avec un châssis métallique sur la couverture… ça n'aurait fait aucun sens avec le livre !

Ton romạn est-il, d'une mạnière ou d'une ạutre, lié à ton propre pạrcours ?

Oui, profondément. J'ai traversé des échecs — la PACES, à l'époque — qui ont laissé des traces par une période plus sombre. Puis, peu à peu, une bascule s'est opérée. Une meilleure dynamique a émergé avec de nouveaux projets et des réussites.

Les deux personnages, Gaya et Lucas, sont en quelque sorte les échos de ces états par lesquels nous passons tous. À cet âge de jeune adulte, nous sommes tous traversés par ces tourments. L'essentiel est de ne pas se perdre et de cultiver un regard positif sans céder à ses ivresses. (Alors oui, peut-être que c'est ça, Les Ivresses du regard...).

Entre un diạgnostic clinique et lạ construction d'une intrigue, qu'est-ce qui te pạrạît le plus complexe à structurer ?
C'est amusant, car ces deux démarches sont très différentes. Le diagnostic clinique est protocolaire et rigoureux : chaque geste a sa place — et, oui, on ne détartre pas au syndesmotome !

L'écriture, à l'inverse, se vit dans une forme de lâcher-prise. Elle autorise l'imprévu, l'exploration libre. Rien n'est imposé sur le regard qu'on choisit de porter sur le monde. C'est un espace de liberté où l'on peut se reconnecter à soi sans contraintes.

Comment ạs-tu réussi à jongler entre les pạr- tiels et lạ sortie de ton romạn ? Une ạstuce d'orgạnisạtion à pạrtạger ?
Pour être honnête, le vrai défi était plutôt de gérer sa distribution et les partiels. Entre les séances de dédicaces le week-end, la gestion du stock, et l'administratif, tout en voyant les cours s'empiler… j'ai traversé des moments de surcharge, parfois un peu vertigineux.

J'ai essayé de tenir un cap. Dans le dernier mois avant les examens, j'ai fait un vrai break : plus rien d'autre que dentaire. Je ne vais pas donner de conseils, parce que je me sentirais un peu bête si j'ai des rattrapages… mais je crois profondément qu'on peut tout faire, du moment qu'on y croit vraiment.

 

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Si ton livre devạit être ạdạpté en film, qui voudrạis-tu voir jouer les personnạges principạux ?
Pour Gaya, je verrais bien quelqu'un d'un peu sombre, avec de la profondeur : Adam Driver (oui, Kylo Ren de Star Wars… ambition max !).
En revanche, pour Lucas, il faudrait une énergie plus joyeuse, et plus expressive. Je pense à Jim Carrey jeune j'en suis un grand fan.

Un prochạin projet littérạire en vue ? Peut-être un livre sur lạ vie secrète des étudiạnts en dentạire ?
En réalité, je crois que j'aime l'idée que mes moments d'écriture m'éloignent de la routine, alors je ne pense pas faire un jour trop d'allusions à la dentisterie. Je cloisonne un peu les deux mondes dans ma tête. En revanche, le contact avec la patientèle et la diversité des rencontres nourriront sûrement des personnages (dans le respect du secret médical, bien sûr).

Un conseil pour les étudiạnts qui souhạiterạient à leur tour écrire un romạn ?
Je pense que beaucoup de personnes ont secrètement l'envie d'écrire et l'ont peut-être déjà fait. Ce qui freine le plus, souvent, ce n'est pas d'écrire… c'est de le publier. C'est s'exposer, se dévoiler.

Alors osez ! Les moments de vie que votre écrit peut vous offrir sont sans limite : rencontres, échanges, leçons de vie… tout cela est très précieux.

Une fois lạ pạrution de ton romạn fạite, est- ce qu'il y ạurạit des choses sur lesquelles te soucier ?
Beaucoup, en réalité. C'est même là que tout commence vraiment avec des sollicitations constantes. Surtout en auto-édition : c'est gérer soi-même la distribution dans les librairies, l'organisation des séances de dédicaces, il y a toujours une mission en attente… avec un rythme soutenu mais c'est le prix d'un projet qui fonctionne... Si ça s'agite autant, c'est aussi parce que le livre commence à trouver son public. Alors… Musso, prends garde. La relève gronde.

As-tu eu des retours d'étudiạnts et professeurs dessus ? Et des commentạires à la fac ?
J'ai eu la chance de recevoir de nombreux retours d'étudiants — et, pour la grande majorité, très positifs. C'est profondément réjouissant. Certains viennent me parler du livre dans les couloirs, ou lors de soirées, sans se connaître. C'est très satisfaisant de vivre ça.

Alors oui, il y a sûrement aussi des moqueries, des jugements — c'est inévitable. Mais honnêtement, ces points de vue ont peu d'impact.

Quelque chose te faisait peur ạvạnt de te lạncer dạns le projet ?
La plus grande, c'était celle du regard des autres. C'est paradoxal, car je suis plutôt extraverti. Mais publier un roman introspectif n'est pas évident. Même vis- à-vis de ma famille.
Je me souviens d'un détail tout simple : l'un des personnages du roman a une relation conflictuelle avec son père. Or, moi, je n'ai aucun problème avec le mien. Mais j'avais peur que mon père interprète cette scène comme autobiographique. Ces peurs peuvent vraiment freiner.
Puis, j'ai fini par débrancher le cerveau : c'est la meilleure décision que j'ai prise.

Interview de Sam JALI

Dentalks avec Sam JALI - Entre dentaire et défis personnels apprendre, créer, oser.

Propos recueillis par Suzanne LAPLANTE
Vice Présidente chargée de la Communication
pour le mandat 2024/2025

Dentalks avec Sam JALI - Entre dentaire et défis personnels apprendre, créer, oser.

Mathilde DOMINIQUE
Vice-Présidente chargée de la Formation
pour le mandat 2024/2025

Publié le 1758185662000