
Au début du XIXème siècle, une découverte allait transformer la médecine : l'auscultation.
Dr Constantin Paul à propos de l'invention du stéthoscope lors d'une conférence à l'Hôpital Saint-Antoine à Paris « C'est avec plaisir qu'on pense à cette invention, parce qu'en face des progrès immenses dont elle a été la source il est permis de croire qu'un jour ou l'autre il peut surgir quelque découverte qui nous apparaîtra simple dès qu'elle sera faite, qui nous apparaîtra grande par les résultats » (4).
C'est en 1816, à seulement 35 ans, que le Dr Théophile Hycanith Laënnec expérimente une nouvelle manière d'écouter le corps humain (2). En 1919, il publie son ouvrage sur l'auscultation alors que son invention s'est déjà diffusée en Europe (6) (7).
L'idée lui vient lors d'une consultation avec une jeune femme qui consultait pour une douleur dans la poitrine. Pour ne pas poser directement son oreille sur la poitrine de la jeune femme, il roula une feuille de papier et la posa sur sa poitrine. Les sons étaient alors plus clairs et ciblés sur un endroit précis (2).
Il imagina alors un instrument inédit, simple mais ingénieux, qu'il appela le stéthoscope. Un mot tiré du grec signifie littéralement « examiner la poitrine » (1).

Stéthoscope de Laënnec avec coupe du lobe supérieur du poumon. LAËNNEC, René Théophile Hyacinte. BIU Santé Médecine, cote 031750 Licence Etalab.
Vient ensuite la description des sons des voies respiratoires, normaux et pathologiques, ainsi que des bruits du coeur (1).
Pendant plus de 30 ans, formes et matériaux évoluèrent grâce à un travail collectif guidé par l'expérimentation. Les modifications successives visèrent à améliorer la localisation, l'intensité et la qualité des sons perçus. L'absence de connaissances précises sur la transmission du son explique la grande diversité des instruments (7).
À son tour en 1841, Hector Landouzy, proposa un modèle d'enseignement collectif, un stéthoscope multiple avec un tube rigide à articulation mobiles, permettant à dix étudiants d'écouter simultanément les bruits perçus (3).

Additif aux titres et travaux de 1880 : Du rôle de la trompe d'Eustache dans la physiologie de l'audition. BIU Santé Cote 110133x013x17bis. Licence Etalab.
Certains essayèrent des matériaux métalliques qui s'avèrent trop lourd ou trop rigide avec un embout en cloche comme Williams.
C'est en 1855, que le Dr Cammann Georges, présenta à New York un stéthoscope biauriculaire formant un « Y » sur le tube souple en caoutchouc permettant l'abouchement de deux extrémités dans les oreilles. Il affirma que cette forme rendait l'auscultation plus performante (3). Il rapporte s'être inspiré d'autres modèles de stéthoscope notamment celui de Hector Landouzy, du modèle collectif.
Grâce à cette innovation, il existait une sensation de relief au son, une « perspective sonore » (3).

Le stéthoscope de Laennec. ROUXEAU, Alfred. BIU Santé Médecine, cote 067571. Licence Etalab.

D'après la revue « l'informateur médical, 5ème année ». BIU Santé. Cote 100129x1926. Licence Etalab.
C'est ensuite à Constantin Paul de marquer l'histoire en 1874.
Il cherche à développer cet outil qu'il juge indispensable au praticien et qu'il porte toujours sur lui ou dans sa trousse. Son premier ajustement fut l'utilisation d'un tube flexible avec un tube en caoutchouc vulcanisé de 45 cm de long. L'une de ses extrémités arrondie était destinée à entrer dans le conduit auditif externe et l'autre était un pavillon en ivoire évasé au style de trompette interchangeable.
Il établit que le diamètre idéal du tube était celui du conduit auditif externe, garantissant une performance acoustique optimale et que le son était transmis par la colonne d'air.
Il ajouta ensuite un système de mise sous vide avec une poire pour libérer les mains du praticien.
Constantin Paul se demanda ensuite s'il était possible grâce à une membrane résonnante placée au niveau du pavillon de renforcer les ondes sonores mais devant des limites techniques et matérielles, il abandonna l'idée.

Stéthoscopes. Larousse médical illustré. BIU Santé Médecine. Cote 141233. Licence Etalab.

Revue des instruments de chirurgie 1892. BIU Santé Cote 110220x1892. Licence Etalab.
Ces mêmes ajustements vont être repris par des spécialistes de l'acoustique physique pour le développement du microphone, de téléphone à écouteurs biauriculaires ou encore la communication entre navires ou de machines maritimes pour sa notion de relief sonore.
Bien plus tard, en 1961, Littmann, cardiologue Américain, créa un stéthoscope plus léger et fonda la société Cardionsonics Inc pour le fabriquer et c'est en 1967 que cette société fut reprise par la Compagnie 3M et que sa production devint industrielle (3).
En conclusion
Laennec s'inscrit dans la continuité de l'héritage d'Hippocrate, qui avait posé les bases d'une médecine fondée sur l'observation rigoureuse des patients, le suivi de l'évolution des symptômes et l'attention portée au mode de vie.
D'abord empiriques, puis appuyées sur la science acoustique, les modifications successives ont conduit à l'élaboration de l'instrument que nous utilisons toujours aujourd'hui dans nos services. Ces découvertes se sont aussi avérées utiles dans des domaines non médicaux, notamment maritimes.

Stéthoscope de Constantin Paul, Boudet. G. Creuzan. BIU Santé Cote 22130, Licence Etalab.
Bibliographie
1. The Centennial of the Stethoscope. https://jamanetwork.com/journals/jama/article-abstract/2530518
2. The History and Evolution of the Stethoscope, Misha Choudry et al. 2022.
3. Evolution du stéthoscope biauriculaire par Claude Renner.
https://numerabilis.u-paris.fr/ressources/pdf/sfhm/hsm/HSMx2013x047x002/HSMx2013x047x002x0243.pdf
4. Livre : L'école de médecine : Hopital Saint-Antoine, service de M. le docteur CONSTANTIN Paul. Les avantages du stéthoscope flexible. Conférence recueillie par M. LANDOUZY.
5. L'oeuvre du mois avril 2015 musée APHP.
6. LAENNEC R.T.H. - De l'auscultation médiate… 1ère éd., Brosson et Chaudé, Paris, 1819.
7. Évolution du stéthoscope de Laennec à Cammann par Claude RENNER.
https://numerabilis.u-paris.fr/ressources/pdf/sfhm/hsm/HSMx2009x043x004/HSMx2009x043x004x0407.pdf

Rémi DERMINOT
Interne de Pneumologie
Paris

