Actualités : Brève histoire de la pneumologie - Histoire de la tuberculose au cours de la première guerre mondiale

Publié le 12 janv. 2026 à 09:46
Article paru dans la revue « AJPO2 - La revue des jeunes pneumologues » / AJPO2 RJD N°7

« La France, patrie de la bactériologie est aussi la patrie des bactéries » 
Chicago Tribune, 1917

La tuberculose, causée par Mycobacterium tuberculosis, est une maladie ancienne qui a touché l'humanité depuis des millénaires. Nous avons déjà la preuve de son existence en Égypte il y a plus de 5000 ans.

Nous allons ici nous intéresser à une époque beaucoup plus récente, le début du XXème siècle et plus précisément la première guerre mondiale (1914-1918).

En effet, durant cette période, les maladies contagieuses se propagent d'avantages, et la tuberculose n'en fait pas exception. Entre 1906 et 1918, la France passe de la cinquième place à la deuxième place parmi les pays européens les plus touchés par cette dernière.

La tuberculose devient la priorité des hygiénistes avec une multiplications des initiatives sanitaires dès la fin du XIXème siècle. Nous pouvons citer en 1916 la loi Léon Bourgeois avec la création de dispensaires antituberculeux mais aussi la Loi Honnorat en 1919 avec le développement des sanatoriums.

Ce courant hygiéniste est renforcé par la Mission Rockefeller de 1917. Cette mission a pour but de moderniser l'effort public contre la tuberculose. Concrètement, elle finance des projets tel que l'organisation de « visiteuses d'hygiène », des infirmières avec un rôle d'éducation et de prévention concernant les maladies transmissible ainsi que de promouvoir les mesures d'hygiène. La mission finance également des campagnes à grandes échelles avec des affiches ayant pour rôle une propagande sanitaire. Elle est relayée par le comité national de défense contre la tuberculose en 1923.

En l'absence de traitement antituberculeux, les patients isolés dans les sanatoriums suivaient des régimes alimentaires et bénéficiaient d'un air dit « frais » et « pur », considéré comme thérapeutique (1).

Le premier sanatorium pour la tuberculose a été fondé dans le village de montagne silésien de Gobersdorf, en Allemagne, en 1859 par Herman Brehmer (7). Brehmer et d'autres pensaient que les patients atteints de tuberculose avaient un coeur plus petit par rapport à la taille de leurs poumons. Ils ont alors estimé que la faible teneur en oxygène de l'air en haute altitude entraînerait une hypertrophie cardiaque et donc une amélioration de leur état de santé (7).

Malgré cela, la grande majorité des patients atteints de tuberculose n'ont jamais mis les pieds en sanatorium. Des campagnes de professionnels de santé encouragèrent les patients à adopter le régime du sanatorium à domicile (7).

D'autres méthodes furent pratiquées pour lutter activement contre la tuberculose comme la réalisation de pneumothorax ou la thoracoplastie (6). Une méthode moins invasive fit l'objet d'un article dans le journal « La guerre mondiale », un bulletin quotidien suisse paru le 31 octobre 1915 : « C'est ainsi que le docteur Rollier, à Leysin, recours aux bains de soleil pour le traitement des aff ection tuberculeuses ; il obtient des effets vraiment prodigieux avec des malades atteint de tuberculose des os compliquée, bien souvent de tuberculose lymphatique ou pulmonaire, de pauvres misérables, affaiblis et incapables de tout effort, mais qui, en peu de temps, se transforment en êtres vigoureux, à l'ossature forte et saine, heureux de vivre et d'agir ».

Cependant, avant de la traiter, il faut l'identifier ou au moins l'évoquer. Par la toux, la fièvre, la perte de poids et les crachats sanglants. Le test au Mantoux (test cutané de sensibilité à la tuberculine), le plus souvent positif, témoignait d'un contact ancien avec la tuberculose et non d'une tuberculose active (4). À cette époque, une simple radiographie permet de la diagnostiquer (4).

Plus rarement, les patients ayant des expectorations sanglantes et dont les analyses microbiologiques mettaient en évidence des bacilles rougeâtres étaient jugés atteints de tuberculose active et orientés dans un hôpital spécialisé.

Dans le cadre du recrutement militaire, et entre autres afin d'écarter tout sujet atteint de tuberculose, les médecins formés à l'utilisation du stéthoscope étaient chargés de réaliser un examen physique des recrues en guise de dépistage.

Bien que la radiographie existait déjà à l'époque, elle n'était pas disponible pour le dépistage de masse (5).

« La tuberculose n'est devenu un problème militaire majeur qu'après la guerre » (5).

L'intérêt pour la recherche médicale autour de la tuberculose a été accéléré au cours de cette période. Nous pouvons citer également Le courrier médical : journal des journaux de médecine publié le 21 décembre 1919 qui qualifie cet engouement de « grande croisade antituberculeuse qui, née d'une idée médicale, est devenue une question de sociologie, entraînant avec elle, non seulement une idée de sélection d'espèce, mais une grande pensée de conservation de race ».

La découverte de médicament comme la Streptomycine en 1944, l'Isoniazide en 1952 et la Rifamycine en 1957 a marqué le début d'une nouvelle ère et ainsi la fermeture des sanatoriums (6).

Mot de la fin

La tuberculose, maladie ancienne causée par Mycobacterium tuberculosis, connaît une forte recrudescence durant la première guerre mondiale, faisant de la France l'un des pays européens les plus touchés. Face à cela, des lois encouragent la création de dispensaires et de sanatoriums. Des campagnes de prévention sont menées pour lutter contre la maladie par l'éducation sanitaire et la propagande hygiéniste. À défaut de traitement, les malades sont isolés et soignés par le repos, l'air pur et le soleil. La recherche progresse jusqu'à la découverte des antibiotiques ce qui marque la fin de l'ère des sanatoriums.

Bibliographie

1. https://gallica.bnf.fr/services/engine/search/sru?operation=searchRetrieve&version=1.2&query=%28gallica%20all%20%22tuberculose%20 premire%20guerre%20mondiale%22%29&lang=fr&suggest=0

2. https://histoire-image.org/etudes/fl eau-tuberculose

3. https://commons.wikimedia.org/w/index.php?search=tuberculose+affiche&title=Special:MediaSearch&type=image&haslicense=unrestricted

4. https://www.kumc.edu/school-of-medicine/academics/departments/history-and-philosophy-of-medicine/archives/wwi/essays/medicine/ tuberculosis.html#:~:text=With%20no%20specific%20treatment%20that,procedures%20of%20only%20modest%20effectiveness.

5. Legacy of the 1914–18 war 1How World War 1 changed global attitudes to war and infectious diseases. G Dennis Shanks.

6. HISTORICAL REVIEW The history of tuberculosis Thomas M. Daniel Center for Global Health and Diseases, Case Western Reserve University School of Medicine, 10900 Euclid Avenue, Cleveland, OH 44106-7286, USA

7. The Journal of Infectious Diseases. Respiratory Isolation for Tuberculosis: A Historical Perspective. Petros C. Karakousis1,2,3,a, and Graham Mooney4,5.

Rémi DERMINOT 
Interne de Pneumologie 
Paris

En collaboration avec 
Dr Yacine TANDJAOUI-LAMBIOTTE 
Chef du service de pneumologie et 
d'infectiologie à l'hôpital Delafontaine 
Saint-Denis

Publié le 1768207610000