Unité mobile gériatrique régulée

Publié le 16 sept. 2026 à 15:30
Article paru dans la revue « AJG / La Gazette du jeune gériatre » / AJG - Gazette du Jeune Gériatre N°41

Bonjour et tout d'abord merci d'avoir bien voulu répondre à nos questions. Pour commencer pouvez-vous vous présenter en quelques mots et nous parler de votre formation et parcours ?
Bonjour je suis le Dr David Dombrowski, je suis chef du département de gériatrie au CH de Cahors depuis 2019. Je suis Lillois d'origine où j'ai été formé à la faculté libre de médecine puis au CHRU de Lille. Cela fait maintenant bientôt sept ans que j'ai quitté les Hauts-de-France pour le Lot.
Le CH de Cahors est l'établissement support du GHT du Lot (46).
L'établissement porte la filière gériatrique du territoire avec un service de médecine gériatrique aiguë, l'unité mobile de gériatrie, l'HDJ ; les consultations (mémoire, fragilité, oncogériatrie, cardio gériatrique), l'EPSPA, l'USLD et depuis septembre 2024 l'UMGR (Unité Mobile Gériatrique Régulée).

Qu'est-ce qu'une Unité Mobile Gériatrique Régulée (UMGR) ?
L'Unité Mobile Gériatrique Régulée (UMGR) est un dispositif innovant visant à apporter une expertise gériatrique directement sur le lieu de vie du patient âgé. Elle intervient à la demande, après régulation au centre 15, auprès de patients fragiles vivant à domicile, en EHPAD. L'objectif est d'évaluer, orienter et sécuriser le parcours de soins sans recourir systématiquement à une hospitalisation. Elle intervient donc uniquement en situation d'urgences sur demande du médecin régulateur.

À quels besoins répond l'UMGR ?
Face au vieillissement de la population et à la complexité croissante des situations gériatriques, l'UMGR répond à plusieurs enjeux : éviter les hospitalisations inappropriées, limiter les passages aux urgences, améliorer la coordination entre les acteurs de santé et maintenir les patients dans leur lieu de vie.

Quels patients peuvent bénéficier de ce dispositif ?
Les patients de plus de 75 ans présentant une pathologie aiguë, pour lesquels un passage aux urgences aurait été envisagé. L'objectif est d'apporter une réponse adaptée tout en limitant les risques liés à l'hospitalisation classique.

En quoi les urgences sont-elles inadaptées à cette population ?
Les services d'urgences sont souvent surchargés et peu adaptés aux spécificités gériatriques. L'environnement, l'attente et la prise en charge non spécialisée favorisent le déclin fonctionnel rapide. Cela peut avoir des conséquences durables, notamment une perte d'autonomie parfois irréversible. On sait que le fait de passer une nuit aux urgences est directement associé à un risque significativement plus élevé de décès intra-hospitalier. Une nuit passée sur un brancard aux urgences augmente de près de 40 % le risque de mortalité hospitalière qui passe ainsi de 11,1 % à 15,7 %. Cet effet délétère est confirmé sur le risque d'apparition de complications durant l'hospitalisation (infection nosocomiale, chute, saignement…).

Unité mobile gériatrique régulée

Quel est le principe de l'UMGR ?
L'Unité Mobile Gériatrique Régulée (UMGR) est le fruit d'une collaboration rapprochée entre le SAMU 46 et le département de gériatrie. Elle n'a pas vocation à se substituer à l'activité du SMUR 46 ni à assurer la prise en charge des urgences vitales. La régulation des appels est réalisée comme tout appel au centre 15 par le médecin régulateur. L'idée est d'éviter le passage systématique aux urgences. Pour cela, on propose une intervention directe au domicile ou en EHPAD via une équipe mobile régulée par le Centre 15.

Comment fonctionne concrètement cette équipe mobile ?
Il s'agit d'une équipe composée de gériatres et d'infirmiers formés aux urgences gériatriques. Elle intervient rapidement après régulation par le Centre 15, avec un véhicule équipé permettant une prise en charge technique équivalente à celle de l'hôpital. Les critères d'intervention concernent les patients âgés de plus de 75 ans présentant une polypathologie. En revanche, cette équipe n'intervient pas dans les situations d'urgence vitale immédiate, ni auprès de patients nécessitant un transfert rapide vers un plateau technique, comme une coronarographie ou un bloc opératoire.

Unité mobile gériatrique régulée

Quels types de situations sont concernés ?
L'UMGR intervient dans des situations variées : décompensation de pathologies chroniques, hyperthermie, décompensation cardiaque, syndrome confusionnel aigu, désaturation, rétention aiguë d'urine, malaise sans critère de gravité ou déficit neurologique… Ce sont souvent des tableaux complexes, multifactoriels.

Quels sont les bénéfices pour les patients ?
Une prise en charge personnalisée assurée par une équipe formée à la gériatrie, permettant de réduire les ruptures de parcours, de favoriser le maintien à domicile et de limiter le recours aux urgences.
Qui peut solliciter une intervention de l'UMGR ?
Plusieurs acteurs peuvent être à l'origine d'une demande : le patient lui-même, la famille, l'entourage du patient, les médecins traitants, les équipes d'EHPAD, les infirmières libérales, les aides ménagères…

Qui peut solliciter une intervention de l'UMGR ?
Plusieurs acteurs peuvent être à l'origine d'une demande : le patient lui-même, la famille, l'entourage du patient, les médecins traitants, les équipes d'EHPAD, les infirmières libérales, les aides ménagères…

À quoi ressemble une intervention type ?
À domicile ou en EHPAD, on prend le temps d'évaluer la situation dans sa globalité : état de santé, niveau d'autonomie, traitements en cours, environnement et présence d'aidants. Après un examen clinique, on réalise, si nécessaire, des gestes techniques tels que des prises de sang, des prélèvements microbiologiques, la pose d'une voie veineuse, l'administration de traitements, la surveillance par scope, l'oxygénothérapie ou encore la pose d'une sonde vésicale.
On propose ensuite des solutions concrètes, qu'il s'agisse d'adapter les traitements, de mettre en place des aides ou d'orienter le patient si la situation le nécessite.

Les aidants ont-ils une place dans la prise en charge ?
Une place majeure. Souvent, ils sont en première ligne et parfois en difficulté. L'intervention est aussi l'occasion de les écouter, de les conseiller et de les orienter.

Peut-on réellement éviter des hospitalisations ?
Peut-on réellement éviter des hospitalisations ?Oui, dans un certain nombre de situations. On peut stabiliser à domicile, organiser un suivi renforcé ou mettre en place des aides rapidement. Mais il ne s'agit pas d'éviter l'hôpital à tout prix : plutôt d'y recourir quand c'est réellement nécessaire, sans passage par les urgences.

Unité mobile gériatrique régulée

Peut-on parler d'une nouvelle façon de faire de la gériatrie ?
Oui, clairement. L'UMGR s'inscrit dans un virage : celui d'une médecine plus proactive, plus coordonnée, et tournée vers le lieu de vie. Un exemple de « aller vers ».

Quelle est la composition de l'équipe ?
Lors de l'intervention à domicile, l'équipe est composée d'un médecin gériatre et d'un infirmier. Les internes accompagnent également l'équipe. À l'hôpital, l'équipe restante inclut une infirmière coordinatrice et une secrétaire.

Unité mobile gériatrique régulée

Quel est le devenir des patients suite à votre intervention ?
Dans la majorité des cas, les patients restent sur leur lieu de vie avec un suivi adapté. Si nécessaire, une hospitalisation peut être organisée de manière directe dans le service de gériatrie, en évitant le passage par les urgences.

Quels sont les résultats observés ?
Ils sont très encourageants : près de 48 % des patients peuvent être maintenus à domicile. Le recours aux urgences reste très faible, autour de 2 %, principalement pour des situations chirurgicales.

Quelles sont les perspectives ?
Développer des protocoles spécifiques, renforcer la communication, et élargir encore les plages d'intervention. L'objectif est de pérenniser et diffuser ce modèle, qui pourrait être reproduit ailleurs.

Le dispositif a-t-il évolué depuis sa mise en place ?
Oui, clairement. Le périmètre d'intervention a été élargi, avec une couverture territoriale plus importante et une ouverture le week-end, notamment en période épidémique. L'activité s'est aussi maintenue pendant les périodes de vacances scolaires où elle n'était pas assurée initialement.

Dr David DOMBROWSKI
Chef du département de gériatrie
CH de Cahors
Pour l'association des jeunes gériatres
relecture : Dr
Floriane BRILL

Publié le 1789565456000