Actualités : Acupuncture - preuves cliniques en gériatrie

Publié le 16 avr. 2026 à 13:56
Article paru dans la revue « AJG / La Gazette du jeune gériatre » / AJG - La gazette du jeune gériatre N°40

Cette analyse de littérature s'intéresse à un article publié en 2024 par une équipe de l'université de Shanghai, intitulé « Clinical evidence of acupuncture for amnestic mild cognitive impairment : A systematic review and meta-analysis of randomized controlled trials. » (Preuves cliniques de l'acupuncture pour les troubles cognitifs légers de type amnésiques : revue systématique et métaanalyse à partir d'essais contrôlés randomisés) [1].

Introduction

Les auteurs rappellent la démographie mondiale avec 55 millions de personnes vivant actuellement avec une maladie d'Alzheimer, estimant une projection de 139 millions en 2050 [2].

Au sein du trouble neuro-cognitif mineur ou MCI (Mild Cognitive Impairment), on distingue deux entités : le MCI nonamnésique (naMCI) et le MCI amnésique (aMCI), ce dernier se caractérisant par une perte de mémoire [3]. Un étude suggère que 80 % des patients présentant un aMCI évolueront vers une maladie d'Alzheimer dans les 6 ans [4].

Objectif de l'étude

L'acupuncture est-elle efficace dans l'amélioration des fonctions cognitives chez les personnes avec un aMCI ?

Méthodes

Interrogation de neuf bases de données (3 en langue chinoise et 6 en langue anglaise) jusque 01/2024.

Utilisation de la méthode PRISMA [5].

Critères d'inclusion

  • Patients avec diagnostic de aMCI [6] avec plainte mnésique (ou rapportée par l'entourage).
  • Essais contrôles randomisés étudiant l'impact de l'acupuncture sur le aMCI.
  • Présence d'un groupe contrôle (fausse acupuncture, fausse acupression ou pas d'intervention) et d'un groupe interventionnel (acupuncture quelle que soit la technique).
  • Articles en langue anglaise ou chinoise.

Critères d'exclusion

  • Articles qui ne sont pas des essais contrôlés randomisés.
  • Autres pathologies neuro-dégénératives (maladie de Parkinson, maladie à corps de Lewy, démence fronto- temporale.
  • Absence de groupe contrôle ou utilisation de moxibustion uniquement dans le groupe interventionnel.
  • Étude avec groupes inférieurs à 10 participants.
  • Pas de distinction entre aMCI et naMCI.

Critères de jugement

  • Principaux : score MMSE, score MocA, score ADAS-Cog.
  • Secondaires : Latence P300 [7] et les effets secondaires.

Résultats

Sur 1858 articles retrouvés via la requête bibliographique, 15 études ont été sélectionnées. Toutes publiées entre 2010 et 2023, elles incluent un total de 908 personnes (32 à 155 participants individuellement) avec des âges compris entre 57,65 plus ou moins 6,16 à 80,25 plus ou moins 5,52 ans. Les groupes interventionnels comprenaient des soins par acupuncture manuelle ou électrique ; les groupes contrôles de la fausse acupuncture, du DONEPEZIL ou de la NIMODIPINE (inhibiteur calcique).

Les interventions duraient 4 ou 8 semaines.

Critères principaux

Score MMSE : Inclusion de 12 études (indice d'hétérogénéité = 18 %), différence significative entre les deux groupes en faveur de l'acupuncture (p inférieure à 0,01).

Score MoCA : Inclusion de 8 études (indice d'hétérogénéité = 43 %), différence significative entre les deux groupes en faveur de l'acupuncture (p inférieure à 0,01).

Score ADAS-Cog : Inclusion de 2 études (indice d'hétérogénéité = 0 %), différence significative entre les deux groupes en faveur de l'acupuncture (p inférieure à 0,01).

Critères secondaires

Latence P300 : Inclusion de 2 études (indice d'hétérogénéité = 65 %), différence significative entre les deux groupes en faveur de l'acupuncture (p inférieure à 0,01).

Evénements indésirables plus importants dans le groupe acupuncture (indice d'hétérogénéité = 0 %), différence significative limite (p = 0,05).

Les traitements de 4 et 8 semaines montraient des améliorations significatives sur les critères de jugements principaux mais sans différence significative entre les durées de traitement.

Limites de l'étude

Les auteurs soulignent largement les limites de leur étude. Tout d'abord ils constatent que peu d'essais étaient réalisés en aveugle (du moins précisaient cette méthodologie). De façon générale, les auteurs indiquent le manque de description globale des méthodologies dans les études et donc l'existence importante de risque de biais.

Toutes les études étaient monocentriques et chinoises avec des biais possibles liés aux pratiques dans chaque centre.

L'ensemble de ces limitations conduisent à un faible niveau de preuve des résultats. L'évaluation des biais de la méta-analyse sont présentés à la Figure 1.

Figure 1: Evaluation des biais

Forces de l'étude

Il s'agit de la plus grande méta-analyse sur ce sujet (nombre d'études = 15) ; la dernière remontant à 2016 et n'avait inclus que 5 études [8]. Cette dernière avait par ailleurs des critères d'exclusion moins stricts (inclusion par exemple de patients en post-AVC dans le groupe aMCI). Par ailleurs il n'y avait pas de données manquantes ou de sujets perdus de vue. Les résultats, bien que fortement nuancés par les limites, sont encourageants.

Conclusion

Cette méta-analyse est la plus importante publiée dans l'évaluation de l'acupuncture chez les patients avec aMCI. Malgré une méthodologie initiale plutôt rigoureuse dans l'extraction des données, les auteurs déplorent des carences méthodologiques importantes dans la quasitotalité des études avec des risques de biais importants.

Bien que les résultats soient encourageants, ils doivent être pris avec précaution et n'aboutissent qu'à un niveau de pertinence clinique faible. Ainsi, de nouvelles études devront être conduites, avec des méthodologies robustes pour évaluer la place de l'acupuncture dans les troubles neuro-cognitifs mineurs de type amnésiques.

Bibliographie

[1] Lin G, Yie SLJ, Guo S, Li X, Xu L. Clinical evidence of acupuncture for amnestic mild cognitive impairment: A systematic review and meta-analysis of randomized controlled trials. Complement Ther Med. 2025 Mar;88:103114.

[2] World Alzheimer Report 2022: Life after diagnosis: Navigating treatment, care and support. 2022 Sept 21; Available from: https://www.alzint.org/resource/world-alzheimer-report-2022/

[3] Gauthier S, Reisberg B, Zaudig M, Petersen RC, Ritchie K, Broich K, et al. Mild cognitive impairment. The Lancet [Internet]. 2006 Apr 15;367(9518):1262–70. Available from: https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0140673606685425

[4] Petersen RC, Doody R, Kurz A, Mohs RC, Morris JC, Rabins PV, et al. Current Concepts in Mild Cognitive Impairment. Arch Neurol [Internet]. 2001 Dec 1;58(12):1985–92. Available from: https://doi.org/10.1001/archneur.58.12.1985

[5] Page MJ, McKenzie JE, Bossuyt PM, Boutron I, Hoffmann TC, Mulrow CD, et al. The PRISMA 2020 statement: an updated guideline for reporting systematic reviews. BMJ [Internet]. 2021 Mar 29;372:n71. Available from: https://www.bmj.com/content/372/ bmj.n71

[6] Petersen RC. Mild cognitive impairment as a diagnostic entity. J Intern Med [Internet]. 2004 [cited 2025 Nov 7];256(3):183–94. Available from: https://onlinelibrary.wiley.com/doi/abs/10.1111/j.1365-2796.2004.01388.x

[7] Hansenne M. Le potentiel évoqué cognitif P300 (I) : aspects théorique et psychobiologique. Neurophysiol Clin Neurophysiol [Internet]. 2000 Aug 1;30(4):191–210. Available from: https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0987705300002239

[8] Deng M, Wang XF. Acupuncture for Amnestic Mild Cognitive Impairment: A Meta-Analysis of Randomised Controlled Trials. Acupunct Med [Internet]. 2016 Oct 1;34(5):342–8. Available from: https://doi.org/10.1136/acupmed-2015-010989

Dr Florian MARONNAT 
Gériatre, APHP

Pour l'Association des Jeunes Gériatres

Publié le 1776340576000