Les chiffres clés
L’été passé, l’AFFEP, l’AJPJA et l’ANEMF ont mené une enquête nationale à laquelle vous avez peut-être répondu : #ChoisirPsychiatrie. L’idée de cette enquête est venue du constat que de moins en moins d’étudiants en médecine choisissaient la psychiatrie à l’ECN depuis 10 ans. Le manque d’attractivité de la psychiatrie pose des problèmes de démographie médicale, mais nous questionne aussi sur notre internat, notre métier et ses représentations. Cette étude a été faite pour identifier les déterminants de l’attractivité de la psychiatrie. Voici présentés les principaux résultats en chiffres clés, avant des résultats plus détaillés dans votre prochain Psy déchaîné.
506 internes sur 2200
Les répondants
De nombreux internes ont répondu à l’enquête avec une répartition en termes de phase de l’internat, de sexe, de situation familiale, de type de baccalauréat, d’options et FST, d’âge représentative des internes de psychiatrie. Toutes les subdivisions étaient représentées.
82 % d’internes qui ont choisi psychiatrie en premier choix
Psychiatrie, un choix éclairé ?
La psychiatrie est un premier choix et non un choix par dépit. 95 % des internes ont choisis psychiatrie dans leur top 3. Le choix de la psychiatre est également précoce avec une majorité des internes qui ont choisi la psychiatrie avant la 6ème année des études médicales.
93 % des internes sont passés en stage de psychiatrie avant de choisir psychiatrie.
Ceci souligne bien l’importance de proposer des stages en psychiatrie de qualité durant l’externat. Ces stages ne sont pas obligatoires actuellement. La diversité de pratique et les rencontres faites sont les éléments déterminants mis en avant.
Pourquoi choisir psychiatrie
3 facteurs de choix principaux avant l’internat :
• Je pense y trouver une qualité de vie meilleure,
• Je pense y trouver davantage de tolérance,
• Je trouve ça plus stimulant intellectuellement
3 facteurs de choix principaux après l’internat :
• Je suis attiré par la pratique des psychothérapies,
• J’aime l’ouverture sur d’autre discipline,
• Je trouve ça plus stimulant intellectuellement.
Pour quel projet choisir psychiatrie : 3 principales motivations
• La qualité de vie,
• La pratique des psychothérapies,
• La possibilité de faire du libéral.
La formation en psychiatrie
1∕3 des internes interrogés jugesa formation théorique insatisfaisante
ou très insatisfaisante.
Certains domaines sont perçus comme particulièrement délaissés par les internes dans l’enseignement. Il s’agit de la formation aux psychothérapies, aux pratiques orientés vers le rétablissement, la formation en éthique et enfin la formation sur le psychotraumatisme.
3∕4 des internes interrogés jugent leur formation en stage satisfaisante voire très satisfaisante
Même si des améliorations sont demandées sur la fréquence des temps d’échanges cliniques et la supervision, les stages sont beaucoup plus appréciés que la formation théorique. Les premiers stages quand ils sont faits sur un terrain de stage avec une activité clinique spécifique sont déterminants dans le choix des options et FST dans 75 % des cas. Un point noir important est noté sur les relations avec les directions et administrations des hôpitaux.
Où travailler ?
Tout de suite après l’internat, les trois types d’exercice les plus envisagés sont des postes :
• D’assistants,
• De praticiens hospitaliers,
• Universitaires.
10 ans après l’internat, les trois principaux types de postes sont des postes :
• Universitaires,
• En CHS/ EPSM,
• En libéral.
A noter une part importante d’internes (en troisième position avant le libéral) qui répondent “je ne sais pas”.
Les représentations
Voici les représentations questionnées :
• Un psychiatre a raté l’ECN.
• Un psychiatre a des ATCD psychiatriques, il est bizarre.
• Un psychiatre ne travaille pas beaucoup.
• Être psychiatre n’est pas comme être un vrai médecin
• Les psychiatres ne communiquent pas avec leur confrère.
• Un psychiatre à tendance à analyser tout ce qu’on dit.
• On perd le lien avec la médecine « somatique ».
• On est confronté à la violence des personnes atteintes de troubles psychiatriques.
• Les personnes atteintes de troubles psychiatriques sévères sont plus souvent dangereuses que non dangereuses.
• Il n’y a pas de recommandations claires ni de consensus.
• Les personnes atteintes de troubles psychiatriques sont souvent attachées.
• La psychiatrie est aussi scientifique que les autres champs de la médecine.
• La recherche est moins développée que dans les autres spécialités.
• On enferme les personnes atteintes de troubles psychiatriques.
• Les conditions de travail (moyens matériels et financiers, ressources humaines) ne sont pas bonnes. Les nouvelles technologies ne sont pas utilisées Il y a trop de social.
• Les personnes souffrant de troubles psychiques sévères ne peuvent jamais récupérer suffisamment pour avoir une bonne qualité de vie.
• La psy est une spécialité d’avenir.
• Les troubles psychiatriques ne sont pas des maladies.
• Tout le monde peut être confronté à un trouble psychiatrique en tant qu'individu.
Les représentations les plus fréquentes chez les étudiants en médecine et internes
> 90 % Tout le monde peut être confronté à un trouble psychiatrique en tant qu'individu.
> 60 % La psychiatrie est une spécialité d’avenir.
> 60 % Les conditions de travail (moyens matériels et financiers, ressources humaines) ne sont pas bonnes.
> 60 % La psychiatrie est aussi scientifique que les autres champs de la médecine.
> 60 % On est confronté à la violence des personnes atteintes de troubles psychiatriques.
En passant d’étudiants en médecine à internes, certaines représentations évoluent, voici l’évolution des représentations qui changent le plusPlus d’internes que d'étudiants en médecine pensent que :
• Les conditions de travail (moyens matériels et financiers, ressources humaines) ne sont pas bonnes. La psychiatrie est une spécialité d’avenir.
• Il y a trop de social.
• La psychiatrie est aussi scientifique que les autres champs de la médecine.
• Les internes moins que les étudiants en médecine pensent que :
• Les personnes atteintes de troubles psychiatriques sont souvent attachées.
• On perd le lien avec la médecine « somatique ».
• Les personnes souffrant de troubles psychiques sévères ne peuvent jamais récupérer suffisamment pour avoir une bonne qualité de vie.
• Un psychiatre ne travaille pas beaucoup.
Les représentations de la psychiatrie des proches, vu par les internes sont les plus sévères avec :
Les représentations de la psychiatrie dans les médias a aussi fait l’objet d’une question ouverte dans cette enquête. Les mots qui reviennent le plus relèvent du champ lexical de la stigmatisation, de la caricature, du sensationnalisme. La psychiatrie dans les médias est vue comme lointaine de la réalité, néfaste, nourrissant une image réductrice et fausse des patients et des prises en charge.
En analysant les premiers résultats il apparaît plusieurs constats. Les internes jugeant leur formation comme satisfaisante sont plus nombreux à se voir être psychiatre toute leur carrière, sont plus fiers de leur spécialité, mentionnent leur spécialité plus fréquemment, incitent plus les étudiants à choisir psychiatrie. Une conclusion s’impose : il faut améliorer la formation à tous les niveaux :
• Les stages sont un déterminant du choix de la psychiatrie durant les études médicales, il faut favoriser le passage de tous les externes en stage de psychiatrie.
• Les stages sont un point fort de la formation et peuvent devenir encore plus soutenant pour conforter les internes dans leur choix et leur métier. Il faut un renforcement des supervisions cliniques, de l’encadrement et des stages variés pour que toutes les surspécialisations puissent être abordées.
• La formation théorique doit être renforcée aussi dès les premières années d’études.
• Des domaines comme les psychothérapies, la réhabilitation, l’éthique, doivent être approfondis en cours.
• L’image de la psychiatrie est loin de la réalité auprès des proches des internes et dans les médias. Un travail de déstigmatisation des patients et d’éducation de la population générale est nécessaire.
Ilia HUMBERT
Interne en Psychiatrie
Présidente de l'AFFEP
Vanessa PAGEOT
Pour l'AFFEP
Article paru dans la revue “Association Française Fédérative des Etudiants en Psychiatrie ” / AFFEP n°29

