Actualités : L’humour en santé mentale : Simple outil de soin ou arme à double tranchant ?

Publié le 26 nov. 2025 à 18:16
Article paru dans la revue « AFFEP / Le Psy Déchaîné » / AFFEP - Le Psy Déchaîné N°35

Dans un monde thérapeutique où rien n'est plus sérieux que le lien soignant-soigné, l'humour reste une dimension étonnamment marginalisée dans les formations du psychiatre et du psychothérapeute. Je n'y avait personnellement jamais vraiment songé, jusqu'à ce que je sois tombé par hasard sur l'article de Lisa Valentine et Glen O. Gabbard « Can the Use of Humor in Psychotherapy be Taught ? », qui suggère que l'humour ne se résume pas à une distraction légère. Les auteurs l'évoquent comme un levier thérapeutique puissant, à condition d'être utilisé avec discernement, empathie et authenticité [1]. Historiquement, Freud fut l'un des premiers à théoriser la blague comme une forme d'expression d'un contenu inconscient socialement acceptable [2]. Depuis, des personnalités comme Ellis ou Winnicott ont décrit l'humour comme un outil potentiel au service du thérapeute pour désamorcer les résistances, créer un espace d'exploration non défensif, renforcer l'alliance thérapeutique et contribuer à un sentiment de résilience chez les patients [3, 4]. Valentine et Gabbard s'appuient sur différents travaux conceptuels pour apporter leur définition de l'humour comme une forme d'acte issu d'un « savoir relationnel implicite », appliqué ou explicité lors de moments souvent spontanés, et pendant lequel s'installerait comme une « résonnance affective partagée » entre patient et thérapeute [5, 6]. Cependant, l'article rapporte que l'humour en thérapie reste une intervention à haut risque. Mal utilisé, il pourrait devenir destructeur allant jusqu'à provoquer un échec du lien thérapeutique [7]. Face à cet outil à « double tranchant », une formation structurée des thérapeutes pourrait sembler pertinente pour un usage bien mentalisé, optimal et adaptatif suivant l'individualité de chaque patient [8, 9]. La question se pose alors, l'humour doit-il rester le fruit de l'authenticité du praticien ?
 
 

[1] VALENTINE, Lisa et GABBARD, Glen O. Can the use of humor in psychotherapy be taught?. Academic Psychiatry, 2014, vol. 38, no 1, p. 75-81.
[2] FREUD, Sigmund. The joke and its relation to the unconscious. Penguin, 2003.
[3] ELLIS, Albert. Fun as psychotherapy. Rational living, 1977.
[4] WINNICOTT, D. 1971 Playing and Reality. London: Tavistock. Children, 1971.
[5] SCHORE, Allan N. The right brain implicit self lies at the core of psychoanalysis. Psychoanalytic dialogues, 2011, vol. 21, no 1, p. 75-100.
[6] GALLESE, Vittorio. Mirror neurons, embodied simulation, and the neural basis of social identification. Psychoanalytic dialogues, 2009, vol. 19, no 5, p. 519-536.
[7] KUBIE, Lawrence S. The destructive potential of humor in psychotherapy. American Journal of Psychiatry, 1971, vol. 127, no 7, p. 861-866.
[8] FRANZINI, Louis R. Humor in therapy: The case for training therapists in its uses and risks. The Journal of general psychology, 2001, vol. 128, no 2, p. 170-193.
[9] GABBARD, Glen O. The exit line: Heightened transference-countertransference manifestations at the end of the hour. Journal of the American Psychoanalytic Association, 1982, vol. 30, no 3, p. 579-598.

 

Arthur Girodeau

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