
Depuis plusieurs mois, presqu’un an déjà, après quelques témoignages largués par certains blog et réseaux sociaux, notre profession prend un coup. Une grosse claque, décuplée par l’influence des réseaux sociaux et des médias.
Les gynécologues obstétriciens « ces bouchers » aux « pratiques déviantes » infligeant des « violences physiques et morales », « maltraitant les femmes » pour leur « confort », réalisant entre autre des épisiotomies à tout vent pour « libérer les salles d’accouchement » et « faire du chiffre », et ne parlons pas « des césariennes à vifs » que grand nombre d’entre nous réalisons et à en croire les témoignages lâchés sur les réseaux sociaux, au moins une femme sur 4 aurait vécu l’horreur d’être incisée à vif… J’en passe, le nombre de propos hostiles envers notre métier est à faire pleurer. Alors d’où viennent tous ces maux, quels sont les fondements de cette vague de répulsion et d’aversion envers les professionnels de nos maternités ? Cette houle a purement été initiée par les témoignages de certaines femmes ayant subi des violences obstétricales et ayant bien heureusement témoignées afin de les dénoncer. Aucune femme ne se doit d’être traumatisée et maltraitée au cours de son accouchement et il existe effectivement des médecins avec des pratiques jugées violentes que certaines femmes ont eu la malchance de croiser et je trouve que le caractère minoritaire de ces pratiques n’est pas un argument pour ne pas les dénoncer ! Alors oui, bravo à toutes celles traumatisées et violentées d’avoir le courage d’en parler et d’extérioriser afin de dénoncer et d’abolir ces pratiques. Et j’encourage toutes les autres à le faire, parce qu’effectivement, notre dur métier aux horaires inhumains peut rendre les personnels soignants insensibles puis violent sans même malheureusement qu’ils s’en aperçoivent et ce n’est pas aux patientes d’en payer les conséquences. Cependant généraliser ces pratiques fragilise avant même les professionnels de santé les femmes qui perdront confiance dans une profession dont le rôle premier, qui est assumé par la majorité d’entre nous, est de les aider.
Je pense par contre que se sont greffées à toutes ces patientes ayant subi de réelles violences obstétricales, une autre catégorie de femmes ayant souffert de l’absence de communication de nos équipes soignantes. Et ce manque de communication et d’information sur le déroulement des soins, la raison de l’utilisation de telle pratique ou du choix de telle décision médicale peut effectivement amener à de l’incompréhension, de la rumination puis de la souffrance psychique. Ce qu’il faut comprendre c’est que l’obstétrique est une spécialité où tout se trouve sur un fil et peu basculer d’une minute à l’autre avec souvent des décisions médicales prises dans l’urgence, la patiente se retrouve alors assommée par la brutalité violente de ce retournement de situation avec cette sensation d’être jetée dans les rails d’une décision médicale qu’elle ne contrôle pas. Mais ce qu’il ne faut pas oublier c’est que nous restons des professionnels de santé et que chacune de nos décisions est basée sur des connaissances et a pour ultime et seul objectif d’assurer une santé optimale de la maman et de son bébé et elle n’a en aucun cas l’ambition d’être mutilante…
Un débriefing post-accouchement est fondamental et permet d’échanger, d’expliquer à la patiente les choix entrepris, et de limiter le traumatisme engendré par cet évènement et il se peut que certains médecins ne prennent pas ce temps essentiel et nécessaire à un meilleur vécu. Alors oui, il y a beaucoup à faire et sans doute à améliorer, notamment sur la communication avec les patientes, on passe des années à peser le pour et le contre de certaines pratiques, à engager sa responsabilité, à analyser des études scientifiques, à réfléchir, à protocoliser telle CAT pour en faire « une norme » inverse des décennies après, et l’information n’est pas toujours la connaissance, parce que la médecine peut ne pas avoir l’exactitude souhaitée malgré ses avancées technologiques puissantes.
Et peut-être qu’effectivement nous surmédicalisons les naissances et que les progrès notables en gynécologie obstétrique ne devraient pas être une règle absolue appliquée dans tous les cas, peut-être qu’effectivement un lit de maternité n’est pas seulement fait pour rester couché, et peut être également que nous devons travaillez sur un réappropriement de l’accouchement par les patientes tout en gardant une médicalisation assurant une sécurité. Mais ce qui est sûr c’est que « casser » du médecin en les fouettant et divulguant publiquement des faux chiffres ne va en aucun cas aider à l’avancée du débat et n’aura pour finalité qu’une rupture totale de confiance des patientes envers le corps médical, ce qui détruira et nuira à la qualité des soins que l’on s’acharne à garder malgré le grand nombre d’embûches économiques et administratives doucement instaurées par notre cher gouvernement depuis bien de nombreuses années déjà.
M. CHELOUFI
Article paru dans la revue “Association des Gynécologues Obstétriciens en Formation” / AGOF n°14

