
Entretien avec le Dr Olivier MULTON
Membre fondateur, pionnier du réseau AGOF, aujourd'hui Trésorier du CNGOF et figure majeure de la PMA en secteur libéral.

Comment célébrer l'anniversaire de l'AGOF sans évoquer celles et ceux qui, il y a 30 ans, sont à l'origine de sa création ? Fondée par Olivier Multon, Véronique Lejeune, Yves Vincent et Alexandra Benachi, l'association nous invite à replonger dans ses débuts. Aujourd'hui spécialiste en PMA à la Polyclinique de l'Atlantique à Nantes, Olivier Multon revient sur les origines de cette aventure.
Agathe Bruliard.- Comment est née l'AGOF ?
Dr Multon.- À l'origine, c'était une initiative très parisienne. Véronique Lejeune, qui était co-interne avec moi, a largement porté l'idée au départ. On partait d'un constat simple : du côté des professeurs, tout était déjà structuré. À Paris, il y avait la Collégiale, un groupe de patrons qui se réunissait régulièrement. Au niveau national, le CNU jouait aussi ce rôle pour les PU-PH.
Mais du côté des internes, il n'y avait aucun interlocuteur officiel. À Paris, on était très nombreux, mais dispersés dans tous les hôpitaux, et on changeait de service tous les semestres. Il manquait une cohésion globale.
L'idée, c'était donc de créer une structure pour mieux se connaître, échanger sur la spécialité, et surtout représenter les internes auprès des professeurs.
Vous avez été soutenus ?
Dr Multon.- Oui, énormément. Quand on a contacté le professeur Cabrol, président de la Collégiale parisienne, il a été immédiatement enthousiaste. Les PU nous ont vraiment encouragés à créer l'association.
Quelles étaient les buts de l'association à l'époque ?
Dr Multon.- Il y avait un côté revendicatif : défendre une formation cohérente. Les professeurs voulaient fragmenter l'enseignement avec une multiplication de DU, DIU, DEA… Nous, on plaidait pour une base solide, intégrée, et structurée.
Et puis il y avait aussi une dimension conviviale : des soirées, des rencontres… L'AGOF a aussi servi à créer un esprit de promotion.
Comment la dynamique est-elle devenue nationale ?
Dr Multon.- Ce n'est pas venu tout de suite. Le passage au national s'est fait après nous. Mais les premiers échanges avec les internes des autres régions se sont faits via les universités d'été — l'équivalent des masterclass aujourd'hui. C'était l'un des rares moments où les internes de toute la France se rencontraient.
Un souvenir marquant ?
Dr Multon.- Pas de grand événement spectaculaire : on était surtout dans une phase administrative, à déposer les statuts, officialiser l'association. Véronique Lejeune a beaucoup travaillé sur ce point.
Mais je garde un excellent souvenir du dîner inaugural organisé par le professeur Cabrol : un moment informel qui a permis de construire une vraie relation de confiance entre internes et patrons.
Selon vous, quels sont les enjeux actuels pour l'AGOF ?
Dr Multon.- Le principal enjeu, c'est la représentativité. Vous êtes l'avenir de la profession : votre voix doit porter, auprès du Collège, des responsables universitaires, des instances.
Il faut aussi s'emparer des nouveaux outils : IA, simulation… Et je pense qu'un axe important à développer est l'accompagnement à l'installation, notamment pour l'exercice libéral.
Un dernier mot pour les jeunes internes qui vous lisent ?
Dr Multon.- Je ne regrette absolument pas d'avoir choisi cette spécialité. Elle est exigeante physiquement et émotionnellement, mais elle est unique par sa richesse : médecine, chirurgie, obstétrique, PMA, imagerie…
Et en libéral, on suit les patientes sur toute une vie. Ce lien humain est exceptionnel. C'est une spécialité difficile, mais profondément passionnante.
Propos recueillis par
Agathe BRULIARD

