Actualités : L'engagement au coeur des territoires

Publié le 21 mai 2026 à 15:04
Article paru dans la revue « AGOF / Le Cordon Rouge » / AGOF Cordon Rouge N°29

Entretien avec le Dr Estelle WAFO

Comment l'esprit AGOF l'a menée de l'internat à la direction d'un service hospitalier et à la Vice-Présidence du CNGOF.

Mon engagement vers l'AGOF est venu car c'était une association qui me marquait par ses actions concrètes.

Michel Gabriel Cazenave.- Nous avons voulu te proposer cet entretien sur la voix de l'engagement territorial, qui est dans l'ADN même de l'AGOF. Qu'est-ce qui t'a fait basculer dans l'engagement associatif pendant ton internat ?

Dr Wafo.- On va dire que c'est une "naissance naturelle" : durant toute ma scolarité, j'ai été déléguée de classe, puis représentante des étudiants à la faculté. Même si je pensais me poser un peu durant l'internat, le naturel est revenu : j'ai été présidente et économe de certains internats. Mon engagement vers l'AGOF est venu car c'était une association qui me marquait par ses actions concrètes. Je me souviens de mes premières formations en échographie dès mon premier semestre, qui étaient initialement organisées à Poissy. Plus tard, au cours d'un DU, j'ai rencontré des représentants de l'AGOF. En participant aux JN'GOF, j'ai été bluffée par l'organisation. À l'époque, c'était au CNIT à La Défense, nous étions au sous-sol, un peu à part des journées du Collège, mais c'était génial de voir qu'une association d'internes pouvait avoir un réel poids sur la formation. Ce n'était pas du syndicalisme, c'était de l'action pure pour apporter une force aux futurs praticiens.

C'est quoi, pour toi, l'esprit AGOF ?

Dr Wafo.- C'est l'esprit associatif au sens noble : collégialité et compagnonnage. Au fil de mon parcours, j'ai réalisé que parmi les agrégés et les médecins les plus impliqués, beaucoup étaient passés par l'AGOF. C'est une famille qui traverse les générations. On a la chance d'avoir une spécialité où l'on se connaît bien, car nous vivons des moments intenses et parfois très durs. Cette unité, portée par l'AGOF puis par le Collège, crée une continuité. L'association nous donne les armes pour vivre notre internat et notre future profession dans les meilleures conditions.

Tu es aujourd'hui chef de service et de pôle dans un territoire marqué par une faible densité médicale. Derrière le mot "engagement territorial", quelle est ta réalité de terrain ?

Dr Wafo.- Je ne vois pas cela comme une malchance, mais comme une expérience et un levier. La Seine-et-Marne (77) est un vrai désert médical, comme beaucoup d'autres territoires, et on le ressent au quotidien. Mais le fait d'être loin de Paris nous oblige, praticiens du 77, à être extrêmement bien organisés. Contrairement au 94 où les patientes peuvent facilement basculer sur Paris, chez nous, elles restent sur le territoire.

Cette densité m'oblige à être en contact permanent avec tous les acteurs du secteur : gynécologues de ville, généralistes, sages-femmes, infirmiers. Nous travaillons sans disparité, avec une réelle volonté d'avancer. En tant que chef de pôle couvrant le nord du département, mon rôle est d'organiser au mieux cet accueil pour offrir une réponse de proximité et de qualité.

Tu as pris la direction du service très tôt. Quelle a été ta plus grosse surprise ou ta plus grande difficulté ?

Dr Wafo.- Je n'ai pas eu beaucoup de temps pour réfléchir ! On m'a proposé ce poste juste après mon clinicat, j'ai à peine eu le temps de souffler six mois. Dès mon arrivée, je me suis plongée dans les protocoles et l'organisation. Mon prédécesseur m'a fait confiance, et je l'en remercie. Finalement, la transition entre mon poste de jeune cheffe à l'AP-HP et celui de cheffe plus expérimentée s'est faite sans cassure, car j'ai dû préparer le déménagement du service. Tout s'est emballé. C'était un terrain neuf ; j'avais l'impression de construire ma propre maison, mon terrain de jeu.

Comment construis-tu une équipe solide entre exigence, bienveillance, autonomie et sécurité ?

Dr Wafo.- L'écoute est centrale. On s'adapte aux demandes. À mes débuts, je ne comptais pas mes heures, j'avançais "tête baissée" sans regarder l'organisation des gardes. Aujourd'hui, les jeunes professionnels ont besoin de temps pour leur famille et pour euxmêmes. C'est essentiel pour éviter le burn-out ; c'est de l'anticipation. Mon mot d'ordre est de valoriser les compétences de chacun. Même si je prône la pluripotence, je ne vais pas forcer un chirurgien passionné à ne faire que de l'échographie à fond de ballon. Je cherche à ce que chacun s'épanouisse dans ce qu'il aime, tout en gardant une entraide collégiale.

Dr Wafo.- C'est la continuité de mon engagement. Je suis présidente du CEGORIF et je voulais apporter une voix aux hôpitaux de périphérie et aux praticiens hospitaliers (PH). De façon naturelle, Joëlle Belaisch m'a demandé de prendre la suite de Pierre Panel pour la vice Présidence du CNGOF en parallèle de la présidence du CEGORIF. C'est une corde de plus à mon arc qui s'inscrit dans mon quotidien (ARS, FHF, facultés). Grâce à la visio, ces responsabilités nationales sont plus simples à gérer et traitent toujours de la bonne marche de notre métier.

Si tu devais porter une seule mesure pour les prochaines années, laquelle serait-ce ?

Dr Wafo.- Faire passer nos maternités au XXIe siècle ! Il faut absolument modifier le décret de 1998 et passer à un décret 2026 ou 2028 qui prenne en compte la réalité de la pénibilité. Malgré la baisse de la natalité, les pathologies sont plus lourdes et la précarité s'accentue. Nous avons besoin de renforts et de soignants réellement prévenants. Si j'ai une demande, c'est qu'on reconnaisse cette pénibilité et qu'on renforce les équipes.

Comment fais-tu pour avoir autant de casquettes ? As-tu un "retourneur de temps" comme Hermione Granger dans Harry Potter ?

Dr Wafo.- Mon secret ? Je dors peu ! (Rires). Plus sérieusement, mon énergie vient de mes amis de toujours, ceux du collège, du lycée et de la fac, que je vois très souvent. Et bien sûr, mon fils et mon mari. Au quotidien, je ne traîne jamais des pieds pour aller travailler car j'ai une équipe et un encadrement formidables. Je ris et je souris tous les jours, même quand c'est difficile, ça me donne de l'énergie. Cela tient aussi à mes patientes. Ce qui me donne envie de continuer, ce sont elles qui, malgré parfois trois heures de retard en consultation, restent très patientes et reconnaissantes de l'énergie qu'on leur transmet. Quand on est bienveillant, ça paye et ça donne encore plus envie de continuer. Tout ce que je fais à côté n'est qu'un complément au bien-être que je peux offrir à mes équipes et à mes patientes.

Un dernier mot pour les internes de l'AGOF ?

Dr Wafo.- Merci à vous, les jeunes, d'avoir pris la relève. Si l'AGOF fête ses 30 ans, ce n'est pas seulement grâce aux anciens, c'est grâce à vous qui faites vivre cet esprit aujourd'hui. Soyez fiers de notre spécialité. Chapeau pour ce que vous faites et profitez bien !

Propos recueillis par 
Michel Gabriel CAZENAVE

Publié le 1779368690000