
Qu'entend-on par carrière hospitalo-universitaire (HU) ?
C'est un parcours professionnel menant aux postes de maître de conférences universitaire-praticien hospitalier (MCU-PH) et de professeur des universités-praticien hospitalier (PU- PH). Les MCU-PH et les PU-PH assurent des fonctions d'enseignement pour la formation initiale et continue, de recherche, et de soins hospitaliers. Ils ont deux employeurs : l'université qui est leur employeur principal et le CHU. Ils sont titulaires de la fonction publique française d'État et sont agents publics en tant que personnel hospitalier et fonctionnaires en tant que maître de conférence ou professeur des universités. L'entrée dans le corps des MCU-PH et de PU-PH se fait sur concours, avec remise d'un dossier et oral devant la sous-section du conseil national des universités (CNU) correspondant à la spécialité.
Quelles sont les différentes étapes pour y parvenir ?
La première clé est d'avoir la fibre pour la triple mission de clinique, de recherche et d'enseignement. Le par- cours se construit ensuite progressivement avec certains prérequis qui s'acquièrent au fur et à mesure de l'internat, en s'investissant par exemple dans la formation des externes, en nouant des contacts avec des équipes hospitalo-universitaires lors de ses stages et en faisant un Master 1 puis un Master 2, en participant à ses premiers articles scientifiques. Le sujet de thèse est aussi l'occasion de mener un premier travail de recherche de bout en bout, de sa conception et des autorisations légales jusqu'à la publication finale.
C'est cela le début du parcours hospitalo-universitaire ou HU.
D'où l'intérêt de s'interroger assez tôt sur son choix de carrière car ces prérequis remplis durant l'externat et l'internat donnent la liberté de poursuivre dans un parcours HU mais sont difficiles à rattraper s'ils n'ont pas été réalisés au fur et à mesure.
Ce projet se poursuit par la réalisation d'un clinicat (poste de chef de clinique universitaire-praticien hospitalier) d'au moins 2 ans dans un CHU. Cette période permet de confirmer son intérêt pour les 3 missions, de s'investir en enseignement et en recherche.
A la suite du clinicat, les médecins voulant poursuivre le parcours hospitalo-universitaire réaliseront une thèse de science, le fameux PhD que l'on voit dans les signatures, soit en s'arrêtant durant une période de 2 à 3 ans soit en parallèle de leur activité clinique. Il est aussi nécessaire de réaliser une « mobilité », une expérience de recherche d'un an à l'étranger ou dans une structure différente de sa future équipe d'exercice. Enfin, le dernier diplôme nécessaire pour devenir PU-PH est l'Habilitation à Diriger les Recherches (HDR), plus haut diplôme de l'université française, qui confère le droit d'encadrer des thèses de science et consiste en une synthèse devant un jury d'experts de toute l'activité de recherche réalisée depuis le début du parcours.
Et dans votre cas, quelles ont été les étapes de votre parcours hospitalo-universitaire ?
Mon parcours HU s'est surtout construit autour de rencontres :
Rencontre avec le monde de la recherche lors de mon M1 dans un laboratoire de biologie cellulaire lorsque j'étais externe à la faculté de Poitiers puis lors de mon M2 dans le laboratoire INSERM U999 dirigé par le Pr Humbert (année recherche d'un an entre la 2ème et la 3ème année d'internat) et enfin pendant 2 ans dans le même laboratoire pour ma thèse de sciences grâce à un poste d'accueil INSERM qui m'a permis de me consacrer 2 ans à temps plein après mon clinicat à la recherche.
Rencontres humaines, à Poitiers avec l'équipe du Pr Meurice et à Bicêtre avec l'équipe du Pr Humbert : 2 équipes qui ont su m'encadrer dans mon parcours HU, me soutenir et me donner les possibilités de développer des activités de recherche passionnantes.
Rencontre avec le domaine de l'hypertension pulmonaire (HTP) lors de mon internat à Paris puis mon clinicat à l'hôpital Bicêtre : domaine passionnant en clinique et en recherche et qui a été et reste mon fil rouge dans mon parcours de clinique, de recherche et d'enseignement.
Rencontre avec les examens cliniques objectifs structurés (ECOS) lors de mon DIU de pédagogie médicale à Paris et à la faculté de médecine de Poitiers en devenant à mon arrivée comme MCU-PH en 2021 le coordinateur local ECOS : c'est un formidable outil de formation des étudiants et valorise l'acquisition des compétences médicales.
Grâce à toutes ces rencontres, j'ai tissé un fil rouge de recherche transversale sur l'hypertension pulmonaire et j'ai développé mes activités de pédagogie médicale sur les ECOS. Cela m'a amené à valider l'HDR en 2023 et à être nommé PU-PH en 2024.
Pouvez-vous nous expliquer à quoi servent les points SIGAPS / SIAPS ?
Pour pouvoir devenir MCU-PH / PU-PH, certains prérequis sont nécessaires, notamment avoir réalisé un certain nombre d'activités de recherche et d'enseignement. Ces activités sont quantifiées par des points qu'on appelle SIGAPS pour les articles de recherche (points attribués selon la place parmi les auteurs de l'article et l'impact factor de la revue, avec un nombre maximal de 32 points pour un article premier ou dernier auteur dans une revue de rang A) et SIAPS pour les points d'enseignement.
Classiquement, pour prétendre être MCU-PH, il faudrait atteindre 200 points SIGAPS et 400 points pour PU-PH. Cependant, les CNU insistent désormais plus sur l'autonomie dans les projets de recherche réalisés que sur le nombre de points en soit qui selon l'équipe dans laquelle on travaille n'ont pas toujours le même sens.
Les points SIAPS sont des points d'enseignement. Cela concerne tous les services rendus notamment les examens dirigés, TD, heures d'enseignement cumulés, articles de pédagogie médicale et les responsabilités universitaires (responsable de DIU, d'UE, coordinateur ECOS…). L'enseignement est de plus en plus pris en compte dans le parcours HU.

Qu'est-ce que le cnu et quel est son rôle ?
Le CNU est le Comité National des Universités. Il y en a un dans chaque spécialité. C'est un comité qui est formé d'hospitalo-universitaires élus par leurs pairs pour 2/3 et nommés par le ministère pour 1/3.
Il a le rôle de nommer les MCU-PH et PU-PH de chaque spécialité à l'issu du concours du CNU. Cependant, outre ce rôle de sélection, son rôle premier reste d'accompagner les candidats dans le parcours HU.
Le candidat rencontre le CNU assez tôt dans son parcours pour pouvoir l'aiguiller. Il s'agit aussi de prodiguer des conseils sur l'enseignement, la recherche, obtenir les prérequis nécessaires, mettre en place un accompagnement et encadrement propices. La première rencontre se déroule en général à la fin du clinicat ou durant les années qui suivent avec un CNU dit « bourgeon ». Pour devenir MCU- PH, c'est un parcours sur 2 ans :
Pré-CNU la première année pour vérifier que tous les prérequis sont validés et que l'environnement de travail est adéquat pour le poste HU avec une visite sur site, une rencontre avec le/la chef/cheffe de service, le/la directeur/directrice de l'hôpital et le/la directeur/directrice du laboratoire et un oral devant le CNU comprenant la réalisation d'un cours comme face à des étudiants.
CNU en lui-même la deuxième année pour valider la nomination.
Ces étapes recommencent quelques années plus tard pour postuler au poste de PU-PH.
Pouvez-vous décrire un emploi du temps typique d'une semaine d'un pu-ph en décrivant la répartition entre l'activité à l'hôpital, la recherche, l'enseignement, les projets personnels et la vie privée ?
En clinique je fais une à deux visites par semaine, qui servent principalement d'enseignement pour les externes et à rencontrer les patients. J'assure une journée complète de consultation et je participe à la permanence de soin avec les astreintes de semaine et de week-end. Je coordonne le centre de compétence de l'hypertension pulmonaire du CHU de Poitiers, avec une activité d'avis et de consultation importante ainsi que le centre de compétence de la maladie de Rendu Osler et je participe bien- sûr à de nombreux staffs et RCP. J'ai la chance de travailler dans une équipe dynamique et organisée, me laissant du temps pour assurer mes autres fonctions.
L'enseignement se déroule à l'hôpital avec des cours pour les externes une à deux fois par semaine, des séances d'ECOS le mercredi après-midi, que nous nous répartissons avec les chefs de clinique, des séances de biblio hebdomadaire avec les internes. Une grande partie de mon activité d'enseignant est consacrée à mon rôle de coordinateur local des ECOS : formation des patients standardisés (PS), coordination du groupe de travail ECOS, animation d'un tutorat d'ECOS, coordination et préparation des journées d'ECOS facultaires et nationaux. Enfin, je donne des cours à la fac et aux paramédicaux, ainsi qu'à certains DIU et master, mais uniquement à certaines périodes de l'année.
Mon activité de recherche se partage entre :
Recherche clinique avec la participation aux protocoles de recherche nationaux et internationaux institutionnels et industriels.
Travaux de recherche clinique d'encadrement de thèses des internes.
Travaux de recherche clinique et transversale dans le domaine de l'HTP et je mène des travaux sur le rôle de l'exposome dans l'hypertension artérielle pulmonaire (HTAP).
J'ai aussi une activité éditoriale en étant rédacteur en chef d'Info Respiration, le journal de la SPLF, ce qui permet de suivre l'actualité pneumologique et de nouer de nombreux contacts.
Tout le travail médical et une grande partie d'enseignement se fait à l'hôpital et le travail de recherche peut déborder sur son temps personnel ce qui nécessite d'être organisé.
Pouvez-vous citer les avantages et les inconvénients de ce type de parcours ?
Concernant les avantages : Les rencontres et la stimulation. Être au cœur de l'actualité dans son domaine de prédilection et pouvoir prendre du recul pour améliorer la santé des patients différemment du soin classique. Un autre avantage est l'enseignement, le contact avec des étudiants. Le travail en équipe reste aussi un des avantages importants du travail en CHU.
En ce qui concerne les points négatifs : L'investissement en temps majeur est à prendre en compte, dans la continuité d'un travail régulier durant les études de médecine.
Mot de la fin
En cas d'intérêt pour la recherche, l'enseignement et la clinique, le parcours HU peut apporter un vrai épanouissement professionnel et personnel et permettre de nombreuses rencontres. Il est important de savoir que remplir tôt certains prérequis permettra de rester libre de choisir ce parcours professionnel en temps voulu.

Pr Etienne-Marie JUTANT
PU-PH au CHU de Poitiers

Propos recueillis par
Rémi DERMINOT
Interne de Pneumologie Paris

