Les partenariats publics-privés dans les soins gynécologiques

Publié le 16 oct. 2024 à 12:49
Article paru dans la revue « SYNGOF / Les cahiers du SYNGOF » / SYNGOF120B N°120

Les partenariats publics-privés dans les soins gynécologiques

Interview du Dr Alix ROQUETTE 1
1 Directrice médicale de Sorella

Il existe un réel besoin de prise en charge complémentaire en ville pour faciliter le désengorgement des patients et pour les consultations de 1ère intention qui ne nécessitent pas forcément d'aller à l'hôpital.

Premier réseau d'espaces de santé pluridisciplinaire dédié aux femmes, Sorella propose une médecine spécialisée dans la santé des femmes pour un accompagnement au plus près de leurs spécificités et la coordination des soins nécessaire à une réponse pluridisciplinaire.

S. : La gynécologie et vous, c'est déjà une longue histoire...

Dr Alix Roquette : Oui (sourire). Avant de rejoindre Sorella, j'exerçais à l'hôpital Cochin

Port-Royal, à Paris. Une année à temps plein autour de la contraception difficile, des troubles du cycle, de l'endométriose et de la ménopause, dans le service du professeur Plu Bureau. Face à une patientèle à la recherche des meilleurs soins gynécologiques, j'ai continué de beaucoup apprendre sur la ménopause et la fertilité et l'échographie pelvienne par la formation continue et l'obtention de ces diplômes universitaires.

Je donnais également des cours pour des DU, aux internes de gynécologie et de médecine générale. Auparavant, j'étais interne au CHU de pointe-à-Pitre, en Guadeloupe : j'y ai consolidé mes compétences autour des urgences gynécologiques et obstétricales.

S. : Venons-en à Sorella : un choix naturel ?

Dr A. R. : Une opportunité presque évidente après mes années en milieu hospitalier. En résumé : une médecine spécialisée dans la santé des femmes pour un accompagnement au plus près de leurs spécificités... Et la coordination des soins est nécessaire à une réponse pluridisciplinaire. J'ajouterai : un cadre chaleureux qui favorise l'écoute et la confiance ! Et je mettrai en avant un point d'organisation crucial : chez Sorella, les professionnels de santé sont déchargés de l'ensemble des tâches administratives pour que nous puissions passer plus de temps avec nos patients. Bref, une grande avancée pour l'exercice en libéral qui mérite de se moderniser.

S : Le choix de l'innovation, donc ?

Dr A. R. : Avec Sorella, je peux aller plus loin. Un tel projet innovant est indispensable pour la prise en charge globale des femmes, pour un accompagnement de qualité.

L'hôpital reste à la pointe pour l'expertise, le recours de deuxième intention. Mais il existe un réel besoin de prise en charge complémentaire en ville, dont l'hôpital est d'ailleurs demandeur pour faciliter le désengorgement des patients et pour les consultations de 1ère intention qui ne nécessitent pas forcément d'aller à l'hôpital.

Aujourd'hui, dans le public, les professionnels de santé éprouvent de claires difficultés à accueillir les patientes comme ils le souhaiteraient. Souvent, pour faire face au volume, les demandes de suivi en hospitalier nécessitent un triage pour prendre en charge les patients qui présentent des pathologies nécessitant un suivi hospitalier.

S : Quelles bonnes pratiques de l'hôpital retrouve-t-on chez Sorella ?

Dr A. R. : Nous combinons le meilleur des bonnes pratiques de l'hôpital - avec le pluridisciplinaire et les staffs - et de la médecine de ville ; la coordination des professionnels de santé est au cœur du fonctionnement des espaces Sorella. Une infirmière se charge ainsi d'orienter les patientes en post consultation pour s'assurer d'une prise en charge rapide, efficace et correspondant à ses besoins. Notre objectif est ainsi d'éviter la fragmentation des soins en ville qui peut, dans certains cas, conduire à une errance médicale ou un abandon de parcours.

Exemple : une patiente touchée par une maladie cardiovasculaire pourra être suivie par un cardiologue, mais aussi par un diététicien ou un kinésithérapeute. Au même titre, une patiente atteinte d'endométriose pourra se voir proposer non seulement un suivi gynécologique, mais également un accompagnement émotionnel, nutritionnel et physique.

L'infirmière de coordination est pour nous une personne clé. Elle est pareillement chargée d'organiser, de façon régulière, des réunions de concertation pluridisciplinaire, afin que les différents professionnels de santé échangent sur le dossier de certaines patientes et s'accordent sur la meilleure prise en charge à leur proposer. Ce rôle, central au sein de nos espaces de santé, permet aussi à nos praticiens de ne plus avoir à se soucier des aspects administratifs de la post consultation, et donc de se concentrer pleinement sur le soin des patientes.

S : À vous écouter, les partenariats publics privés (PPP) sont plus que jamais une nécessité...

Dr A. R. : Tout à fait ! Il y a un intérêt pour les hôpitaux à rediriger la patientèle qui ne nécessite pas un suivi hospitalier. Et il y a également un intérêt pour les espaces de santé privés qui ont besoin d'expertises spécialisées qu'on retrouve justement à l'hôpital. C'est pour cette raison que chez Sorella nous avons noué de nombreux partenariats avec différentes institutions en Île de France. Ainsi, dans le cadre d'un parcours sur la fausse couche, il est indispensable d'entretenir un partenariat ville hôpital. Sorella facilite ce lien en ayant un partenariat avec le service hospitalier que la patiente connaît. Cela permet de créer un cadre de confiance. Nous pouvons dire la même chose de nombreux parcours : la fertilité, ménopause, puberté, maternité, etc.

Avec certains centres hospitaliers, par exemple, nous participons au désengorgement de l'hôpital, car nous effectuons un suivi précis suite à un avis d'expert de l'hôpital pour une prise en charge spécifique. Une patiente en IOP (Insuffisance Ovarienne Prématurée) à risque vasculaire pourra donc poursuivre son suivi chez Sorella, après accord d'instauration de son THS (Traitement Hormonal Substitutif). Un autre exemple est notre contribution au désengorgement des plannings familiaux. Ainsi nous réservons des créneaux d'urgence pour les IVG que nous ouvrons 12h avant.

Un autre intérêt de ces collaborations, est de proposer un accompagnement complémentaire.

Chez Sorella, une patiente suivie à l'hôpital, par exemple dans le cadre d'une FIV, pourra aussi bénéficier d'une prise en charge psychologique, diététique, sexologique, gynécologique et sportive.

Nous construisons un réseau d'adressage pour les patientes avec les hôpitaux publics de sorte à les accompagner dans leurs soins, lorsqu'un passage à l'hôpital est requis. Je rencontre avec l'infirmière de coordination les différents services pour bien comprendre leurs enjeux et leurs besoins puis l'infirmière de coordination assure l'adressage au quotidien.

Comment cela se traduit-il pour un praticien exerçant chez Sorella ?

Dr A. R. : Un praticien retrouve une configuration de travail proche de l'hôpital : la pratique en équipe, l'émulation intellectuelle, etc. Nous partageons une salle des professionnels de santé, où nous pratiquons nos staffs et qui nous permet de nous retrouver tout au long de la journée. Les professionnels de santé peuvent exercer à temps partiel chez Sorella et à l'hôpital, ce qui permet de garder un pied à l'hôpital pour les chirurgiens par exemple.

Nous avons mis récemment en place notre premier contrat tripartite avec l'APHP et l'ARS.

Il s'agit d'un contrat d'exercice partagé entre la Pitié Salpêtrière et Sorella, l'ARS finançant le poste mi-temps à la Pitié. Tout le monde trouve son compte et cela renforce les liens ville hôpital sur le terrain.

Voyez-vous un intérêt économique dans ces partenariats public-privé ?

Dr A. R. : Les partenariats public-privé représentent un intérêt financier significatif pour les institutions publiques en permettant de partager les coûts et les risques avec des partenaires privés.

Par exemple, à l'hôpital, les PPP peuvent permettre d'augmenter la capacité d'accueil sans alourdir les budgets. Grâce à ces partenariats, les hôpitaux peuvent obtenir des lits supplémentaires, réduisant ainsi la pression sur les infrastructures existantes. Cela se traduit par des économies substantielles, puisque le coût moyen d'une nuit d'hospitalisation pour la Sécurité sociale et l'État est d'environ 1000 euros.

En externalisant une partie de cette charge vers les partenaires privés, les hôpitaux peuvent optimiser leurs ressources financières et humaines, tout en maintenant ou améliorant la qualité des soins offerts aux patients.

Les PPP ne répondent-ils qu'à ces seuls enjeux économiques ?

Dr A. R. : Ils constituent une initiative stratégique et bénéfique à plusieurs niveaux. Tout d'abord, l'impact sur la prise en charge des patientes est considérable. Grâce aux ressources et aux infrastructures supplémentaires apportées par le privé, nous pouvons offrir une continuité de soin et éviter ainsi la rupture de suivi.

Nous permettons à une plus grande partie des patientes d'être suivies en pluridisciplinaire.

En ce qui concerne l'organisation des médecins, les partenariats public-privé offrent une flexibilité précieuse. Les praticiens à temps partagé avec l'hôpital peuvent pratiquer chez

Sorella sans acheter leur matériel pour occuper l'espace une partie de la semaine, ce qui leur permet de mieux gérer leur temps et leurs ressources tout en bénéficiant d'infrastructures modernes et bien équipées. Ceci contribue à une optimisation des coûts et à une amélioration des conditions de travail pour les médecins.

Enfin, pour les chirurgiens et obstétriciens qui ont besoin d'un accès régulier à un bloc opératoire, maintenir un pied à l'hôpital est essentiel.

Les partenariats public-privé permettent de conserver ces infrastructures tout en intégrant les gestes techniques indispensables à leur pratique. Ainsi, ils peuvent continuer à offrir des soins de haute qualité tout en bénéficiant des avantages d'une collaboration avec le privé.

Publié le 1729075781000