Actualités : L’usage de la contraception orale augmente la densité osseuse et réduit le risque d’ostéoporose

Publié le 23 juin 2026 à 13:31
Article paru dans la revue « AIGM / Gynéco Med » / AIGM - Gyneco'MEd N°6

Oral contraceptive use increases bone density and reduces the risk of osteoporosis

Ivansson and al, EJE, Juillet 2025

L'ostéoporose est une maladie fréquente définie par une densité minérale osseuse (DMO) inférieure de 2.5 déviation standard à la moyenne.

Il s'agit d'une maladie multifactorielle dont l'un des principaux facteurs est la carence en estrogènes. En effet, le tissu osseux possède des récepteurs aux estrogènes, dont l'activation déclenche des voies de signalisation favorisant la formation osseuse.

Cela explique pourquoi le traitement hormonal de la ménopause (THM) contribue à réduire le risque fracturaire en augmentant la densité minérale osseuse chez les femmes ménopausées.

En revanche, l'impact de la contraception orale sur le métabolisme osseux reste mal établi.

L'étude avance l'hypothèse que, à l'instar du THM, l'utilisation au cours de la vie reproductive d'une contraception orale serait associée à une diminution du risque de fracture et à une densité osseuse plus élevée.

Matériels et méthodes

ll s'agit d'une étude de cohorte menée au Royaume-Uni à partir des données de la UK Biobank. Cette base inclut 500 000 volontaires britanniques âgés de 37 à 72 ans ayant fourni des données cliniques entre 2006 et 2010 et consenti au suivi longitudinal de leur dossier médical à des fins épidémiologiques.

L'étude a inclus les femmes caucasiennes de la base ayant renseigné leur exposition à la contraception orale.

L'exposition, définie par l'utilisation d'une contraception orale et sa durée, a été recueillie à l'inclusion. Les critères de jugement étaient l'ostéoporose (auto-déclarée à l'inclusion ou diagnostiquée jusqu'en 2020 via les registres médicaux) et la densité osseuse mesurée par échographie du calcanéum lors de la visite initiale.

L'analyse de l'association entre la contraception osseuse, la densité osseuse et la prévalence de l'ostéoporose a été ajustée sur plusieurs covariables recueillies à l'inclusion : l'âge, l'IMC, le statut tabagique, le statut ménopausique, la parité, ainsi que les antécédents d'hystérectomie ou d'annexectomie.

Résultats

Au total, 257 185 femmes ont été incluses : 82 % avaient déjà utilisé une COP et 18 % jamais. Âgées de 39 à 72 ans à l'inclusion, 60 % étaient ménopausées. Les caractéristiques initiales étaient comparables entre les groupes.

Ostéoporose. Dans la cohorte, la prévalence de l'ostéoporose était plus importante chez les non exposées que chez les exposées (11.2 % vs 6.8 % p inférieure à 0.001).

L'analyse de survie a comparé trois statuts : non exposées, exposées et anciennes exposées. Aucune différence significative n'est observée entre exposées et non exposées (HR = 1,00 ; IC 95 % : 0,91–1,08). En revanche, les anciennes utilisatrices présentent une réduction du risque de 14 % (HR = 0,86 ; IC 95 % : 0,83–0,89).

Densité osseuse. L'utilisation d'une contraception orale est associée à une augmentation moyenne de +0,052 du T-score. Aucun effet significatif n'est observé chez les femmes préménopausées, contrairement aux femmes ménopausées (+0,054).

Le bénéfice persiste en cas d'initiation avant 18 ans (+0,047) et reste comparable à une initiation plus tardive (+0,055).

Un effet dose–réponse est retrouvé : pas d'impact inférieure ou égale à 1 an ; +0,046 entre 2–5 ans ; +0,062 entre 6–10 ans ; puis stabilisation au-delà de 16 ans (+0,064), suggérant un plateau.

Discussion

L'absence d'effet significatif chez les patientes en cours d'exposition à la contraception orale peut s'expliquer par un manque de puissance statistique, puisque seulement 4 % des cas d'ostéoporose ont été diagnostiqués dans ce groupe. Néanmoins, l'absence d'effet mesurable chez les femmes préménopausées suggère que d'autres mécanismes biologiques jouent un rôle prédominant dans la solidité osseuse avant la ménopause.

Ainsi, la contraception orale exercerait un effet bénéfique différé sur l'os, pleinement observable après la ménopause.

Il s'agit de l'une des premières grandes cohortes évaluant l'effet de la contraception orale sur la santé osseuse, avec des informations sur l'exposition à l'adolescence.

Elle présente néanmoins plusieurs limites :

  • Le type de contraception n'est pas connu, mais les auteurs supposent qu'il s'agissait majoritairement d'une pilule oestroprogestative de première ou deuxième génération compte tenu des années de naissance (1936–1970).
  • La durée d'exposition est estimée à partir de l'âge du premier et du dernier usage déclaré, sans information sur les interruptions, ce qui peut avoir sous-estimé l'effet protecteur.
  • Le diagnostic d'ostéoporose repose sur auto-déclaration et registres médicaux, sans précision sur les modalités. L'usage de fractures ostéoporotiques comme critère principal aurait été plus pertinent. Une analyse secondaire montre toutefois une réduction de 13 % du risque de fracture (HR = 0,87) avec la contraception orale.
  • L'évaluation de la densité osseuse a été faite par échographie du calcanéum et non par l'intermédiaire d'une ostéodensitométrie qui est l'examen de référence.
  • Certaines variables influençant le métabolisme osseux (corticoïdes, THM, SERM) n'ont pas été incluses dans les covariables d'ajustement.

Il est crucial que de futures études évaluent également l'impact des pilules microprogestatives sur le métabolisme osseux.

Take Home Messages

  • La contraception orale semble avoir un effet protecteur « différé » sur le risque d'ostéoporose
  • Elle est associée à une densité osseuse plus élevée avec un bénéfice croissant selon la durée d'exposition.
  • Elle est associée à une densité osseuse plus élevée même en cas d'initiation avant 18 ans.

Conclusion

La contraception orale semble laisser une empreinte positive et durable sur le métabolisme osseux, probablement via l'action des estrogènes sur la densité minérale osseuse.

Une relation dose–réponse est observée : le bénéfice apparaît après environ deux ans d'utilisation et se stabilise au-delà de dix ans.

Son initiation à l'adolescence ne semble pas altérer le capital osseux : l'effet protecteur est maintenu et comparable à celui d'une initiation plus tardive.

Sarah SAHLOUL
Interne en Gynécologie
Médicale, 5ème semestre
Paris

Dr Anne FÈVRE
Gynécologie Médicale
CHU Reims

Publié le 1782214272000