La nutrition en cancérologie

Publié le 26 nov. 2025 à 10:08
Article paru dans la revue « AJG / La Gazette du jeune gériatre » / AJG N°39

Définition

Le vieillissement musculaire ou la dyapénie se caractérise par une altération fonctionnelle du muscle liée à l'âge, en dehors de toute maladie neurologique ou musculaire, avec une perte de force musculaire et de la vitesse du geste, ainsi qu'une susceptibilité à développer une sarcopénie.

La sarcopénie est définie par une diminution de la masse musculaire squelettique avec une diminution de la force musculaire. Sa sévérité s'exprime par une diminution des performances physiques. Cela représente un risque accru de morbidité et de mortalité.

Prévalence

La prévalence de la sarcopénie augmente dans le cancer. Elle est de 38 % en pré-thérapeutique (79 % dans le cancer du poumon, 24 % dans le cancer gastrique).

Dans le cancer de la prostate (cancer le plus fréquent chez l'homme), la prévalence serait de l'ordre de 30 %. L'hormonothérapie entraîne des troubles métaboliques, une asthénie et une altération de la fonction physique, facteurs d'aggravation de la sarcopénie.

Conséquences

L'impact de la dénutrition sur le pronostic en cancérologie est très important :

  • Augmentation du risque d'infection nosocomiale ;
  • Augmentation du risque de complications mineures et majeures post-opératoires ;
  • Augmentation des complications de la chimiothérapie et de la radiothérapie ;
  • Augmentation de la mortalité après chimiothérapie ou greffe de cellules souches ;
  • Diminution de la réponse à la chimiothérapie ;
  • Diminution de la résécabilité des cancers digestifs ;
  • Diminution de la qualité de vie après la chirurgie/radiothérapie/ chimiothérapie ;
  • 5 % à 25 % des décès en cancérologie sont les conséquences de la dénutrition.

Dépistage

30 % à 50 % des patients atteints de cancer présentent une perte de poids et sont potentiellement dénutris avant même le début du traitement. il y a donc un intérêt à un dépistage systématique avant le traitement :

  • Le score SARC-F peut être utilisé pour le repérage de la sarcopénie, en prenant en compte un seuil supérieur ou égal à 4/10.
  • La masse musculaire est le plus souvent évaluée par le scanner en oncologie, et le DXA en gériatrie. L'IRM est encore très peu utilisée.
  • La force musculaire est évaluée par le test des 5 levers de chaise et la force de préhension.

Les performances physiques sont évaluées par la vitesse de marche, TGUG, SPPB et le test de marche sur 400m.

La nutrition en cancérologie

Prise en charge

La prise en charge de la sarcopénie et de la dénutrition est étroitement liée et doit être débutée rapidement.

  • Suivi diététique avec une alimentation riche en protéine et calorie et éventuellement des compléments nutritionnels oraux.
  • Prise en charge des symptômes qui limitent l'alimentation et des compléments nutritionnels oraux.
  • Proposer une activité physique adaptée (APA) sur ordonnance. Il est toujours préconisé de pratiquer au moins 30 min d'activité physique modérée (endurance) au moins 5 jours par semaine, y compris pour les personnes âgées.
  • Si une nutrition artificielle est nécessaire, privilégier une nutrition entérale plutôt que parentérale.

Il y aurait un intérêt probable des acides gras poly-insaturés (AGPI) Omega 3 pendant la chimiothérapie pour augmenter l'appétit, les ingesta, la masse maigre et le poids.

Il n'y a aucune place pour les régimes restrictifs (ex : régime cétogène, jeûne intermittent...). L'Institut National du Cancer (INCa) et le Réseau Nutrition Activité Physique Cancer Recherche (NACRe) ne recommandent pas cette pratique en raison du manque de preuve suffisante de bénéfice (en particulier des études sur l'homme).

Dr Nesrine MENTRI
PHc, CH Narbonne

Pour l'association des jeunes gériatres

Publié le 1764148092000