Actualités : Proposition d’un suivi par l’hypnose auprès d’une patiente, suite à l’annonce d’une maladie grave et incurable

Publié le 16 avr. 2026 à 14:14
Article paru dans la revue « AJG / La Gazette du jeune gériatre » / AJG - La gazette du jeune gériatre N°40

Mme Dau est une patiente de 89 ans, ancienne fleuriste à la retraite. Elle est veuve et a un fils unique, très présent pour sa mère. Elle est de taille moyenne, de forte corpulence et présente un lymphoedème du bras gauche très important, séquelle du traitement d'un cancer du sein gauche en 2012. Mme Dau vit seule à domicile et est autonome pour les actes de la vie quotidienne excepté qu'elle ne prend plus les transports en commun. Mme Dau est hospitalisée dans l'hôpital de gérontologie clinique où j'exerce en tant que psychomotricienne.

Elle est adressée pour asthénie et chute sur altération de l'état général dans un contexte opératoire de pleurésie.

Antécédents médicaux : cancer du sein gauche en 2012, cancer du poumon droit en 2019.

Indication en psychomotricité : Quand je rencontre Mme Dau pour les premières séances de psychomotricité, l'indication est faite pour une difficulté de sensation de son membre inférieur gauche sans troubles de la sensibilité.

1ères séances et relation thérapeutique

Lors des premiers rendez-vous, je propose des séances de psychomotricité où j'utilise comme médiation le toucher thérapeutique pour le trouble de sensation de Mme Dau. Elle aborde son histoire de vie et des traumatismes anciens avec beaucoup d'émotion lors de ces séances. Au cours de ces rencontres, elle peut se saisir de cet espace pour se confier sur son histoire de vie et parallèlement semble plus à l'écoute de son propre corps et de ses sensations. Elle investit la relation thérapeutique qui se met en place.

L'annonce bouleversante d'une maladie grave et incurable

Durant l'hospitalisation, Mme Dau doit subir des examens et les résultats amènent les médecins à lui annoncer la découverte fortuite de la récidive d'un cancer du poumon avec métastase pleurale à droite. Lorsque je la retrouve quelques jours après, Mme Dau est anxieuse. Elle évoque l'annonce de son cancer et de l'impossibilité de l'équipe d'oncologie de lui proposer des soins curatifs. Elle exprime une grande colère quant à sa maladie...

Elle peut également décrire la représentation qu'elle en a : « son poumon comme un vieux sac poubelle qui se flétrit ».

Plusieurs séances suivent et je continue cette prise en charge toujours autour de la demande de Mme Dau concernant les sensations de sa jambe gauche. Mme Dau apprécie le toucher-thérapeutique des jambes et se saisit de l'écoute même si elle préfère "esquiver" les sujets trop douloureux pour le moment. Elle peut aborder sa tristesse mais avec beaucoup de défense. Après quelques jours, lors d'un entretien, Mme Dau aborde son anxiété et ses difficultés à gérer ses émotions. Elle évoque la relation compliquée avec son fils notamment son rapport à la maladie et la mort et est très émue. Elle verbalise peu à peu des sensations plus en lien avec sa pathologie notamment se sentir très essoufflée ce qui l'angoisse beaucoup. Mme Dau questionne toujours beaucoup sur ses traitements et les possibilités de traitement… Elle semble passer par des état émotionnels et phases en lien avec les étapes du deuil, parfois dans un certain déni mais surtout par la colère, l'anxiété et une profonde tristesse.

Le choix de l'accompagnement par l'hypnose

Lors de la séance qui suit, après avoir entendu son angoisse, je propose à Mme Dau de changer un peu de procédé et de tenter un exercice d'hypnose. Après lui avoir exposé le déroulement d'une séance je lui propose de travailler autour d'un souvenir agréable en incluant la respiration : « souvenir d'apprentissage agréable de souffler des bulles de savon ».

Le choix de cette proposition s'appuie sur le récit des ressentis que Mme Dau verbalise (sensation d'étouffer et de mal synchroniser sa respiration) et sur ce qu'elle raconte de son histoire de vie notamment les souvenirs de sa petite enfance, période de sa vie qu'elle dit la plus joyeuse.

En effet, comme nous le précise Marie Floccia dans son ouvrage « Cas pratiques en hypnose gériatrique » Dunod Paris 2024, « il existe chez les personnes vieillissantes un pic de réminiscence qui se situe entre 10 et 30 ans. Ainsi, cette période de vie devient plus présente et elle va s'éveiller au moment de la transe hypnotique devenant une régression guidée par le patient : c'est souvent dans cette période que se situent les ressources, la safe place… ».

Mme Dau se saisit d'emblée de la proposition. Elle accède à l'hypnose que j'induis via une focalisation visuelle et un body scan semblant plus adaptés aux capacités sensorielles de la patiente. Je lui propose ensuite de retrouver un souvenir agréable « souffler des bulles ». Elle peut me signaler qu'elle accède à un souvenir avec un signaling du doigt. Je l'accompagne alors par ce récit : « Quand vous étiez enfant, il vous est arrivé sûrement d'avoir soufflé, comme beaucoup d'enfants presque tous, … des bulles. […] Elle ouvre plusieurs fois les yeux lors de la transe, est émue, des larmes apparaissent, mais peut contenir et accueillir cette émotion.

Avec les patients âgés, j'ai pu constater que l'état de transe est parfois très court et comme « fractionné ».

Geneviève Perrenou et Serge Sirvain soulignent dans leur ouvrage Hypnose médicale de la personne âgée pour les professionnels de santé en 43 notions, Dunod 2024 : « Le patient, classiquement de fait des troubles attentionnels, peut sortir spontanément de l'état de transe, avec possible retour rapide en état modifié de conscience ».

Mme Dau verbalise un mieux-être en fin de séance. Elle manifeste une respiration beaucoup plus calme et exprime se sentir très apaisée. […] Elle semble se saisir de la proposition d'hypnose pour mieux gérer son anxiété. Je lui propose ainsi de pouvoir reprendre cet exercice pour elle avant notre prochaine séance quand elle le souhaite. Pour faciliter ce temps en autonomie, je lui offre de reprendre une installation confortable, de choisir un moment calme et de poser une intention sur sa séance (comme retrouver une respiration confortable ou juste avoir un moment calme à l'intérieur d'elle-même) puis de fixer un point, de prendre une grande inspiration et de laisser aller l'esprit là où il le souhaite et pourquoi pas en pensant à la séance que nous venons de faire.

Cette « prescription » de reprendre l'exercice proposé me semble important afin de rendre Mme Dau plus actrice de son soin et de lui permettre de contacter ses propres ressources afin de mieux gérer son anxiété.

Les semaines suivantes, Mme Dau est toujours très demandeuse de travailler autour de la respiration afin de mieux gérer son anxiété. Mme Dau semble se saisir de l'hypnose pour apprivoiser sa respiration et dans le même temps pour se renarcissiser. Elle évoque pour la première fois le sentiment d'injustice de la récidive de son cancer.

Lors d'une séance, Je retrouve Mme Dau anxieuse et agitée. Elle a une respiration rapide, verbalise ne pas arriver à reprendre son souffle. Elle évoque une sensation de poids sur le thorax qui la gêne beaucoup. Je lui propose une séance différente pour travailler en hypnose sur ce poids. Je présente l'exercice de réification. L'induction est plus rapide, via la focalisation sur un point. Mme Dau semble déjà dissociée mais dans une transe négative où l'angoisse et l'agitation dominent. La réification lui permet alors de mieux qualifier sa sensation puis de mieux la contenir pour peu à peu s'apaiser. La dissociation devient positive, Mme Dau adhère à cet exercice en qualifiant plus finement sa sensation puis en trouvant la ressource en elle lui permettant de s'apaiser et de retrouver une respiration plus calme. Je suggère à Mme Dau avant la sortie de son état de transe un ancrage en ramenant une sensation, une image ou une émotion en lien avec l'expérience qu'elle vient de vivre et qu'elle pourra alors utiliser pour retrouver, dans le futur, un état de confort et d'apaisement. Mme Dau choisit de serrer son poing droit. Elle verbalise ensuite longuement sur ses sensations d'oppressions et l'angoisse que cela lui procure en lien avec son cancer et la fin de sa vie.

La séance qui suit, Mme Dau est calme et m'accueille avec un grand sourire ce jour. Elle verbalise se sentir mieux et arriver à mieux "gérer" sa respiration. Elle dit trouver sa respiration « moins en désordre, mieux coordonnée ». Elle exprime réussir à reprendre l'exercice d'hypnose pour elle-même lors des moments d'anxiété. Elle utilise également son geste « le poing droit serré » pour renforcer cette sensation d'apaisement.

Fin de suivi et autonomisation

Mme Dau est informée qu'elle va changer de service et peut évoquer ce changement prochain avec une certaine anxiété mais qu'elle réussit à mieux gérer, l'angoisse ne l'envahit plus. Et elle évoque alors avoir accepté sa fin de vie même si cela reste par moments très angoissant pour elle, elle sait qu'elle a la ressource pour gérer ses angoisses. Mme Dau exprime vouloir investir le nouveau service où elle finira sa vie. Elle évoque son autonomie et sa respiration retrouvée.

Nous décidons ensemble que je reste disponible si besoin mais que l'heure est venue pour elle d'investir différemment son lieu de fin de vie. Mme Dau décèdera quelques semaines plus tard entourée de ses proches dans une ambiance sereine selon les retours du personnel soignant.

Conclusion

Intégrer l'hypnose dans ma pratique de psychomotricienne a été plutôt aisée car c'est, notamment, une médiation hautement sensorielle : elle passe par le corps et la sensorialité. De plus, l'hypnose permet d'associer les sensations corporelles à l'état psychique, pratique tout à fait en accord avec la psychomotricité. J'ai pu constater avec l'hypnose dans mes séances, une plus grande facilité pour les patients à se connecter à leur monde sensoriel, un apaisement dans leur relation à eux-mêmes. L'hypnose vient soutenir la conscience de soi, la confiance en soi, leur lien au monde dans un accordage plus serein.

Pour Mme Dau, cela lui a permis un apaisement malgré ces symptômes angoissant mais également une certaine sérénité, un lien avec son identité profonde. L'hypnose lui a permis de se positionner comme plus actrice de sa prise en soin, lui permettant de retrouver une place et non plus comme subissant son corps, sa maladie, sa relation de dépendance aux autres. Cette pratique lui a offert, en retrouvant ou plongeant dans des souvenirs de sa petite enfance, et en retrouvant des sensations corporelles structurantes et agréables, la restauration de l'image d'elle-même.

L'hypnose a enrichi ma pratique de psychomotricienne notamment dans la prise en soins de certaines indications où je me sentais parfois limitée avec la relaxation, (comme la douleur, la dyspnée entre autres) en me donnant des outils pour mieux accompagner les patients.

Mme Cécile DECORSIÈRE 
Psychomotricienne – Hôpital Broca – APHP

Pour l'Association des Jeunes Gériatres

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