L'évaluation gériatrique (EGA) doit-elle encore servir à adapter la thérapeutique ? Pour / Contre

Publié le 26 nov. 2025 à 18:32
Article paru dans la revue « AJG / La Gazette du jeune gériatre » / AJG N°39

Présentée sous forme de duel par Dr Philippe CAILLET, gériatre à l'hôpital Européen Georges Pompidou Paris et le Dr Jean-Phillipe METGES, oncologue au CHU de Brest.

D'un point de vue gériatrique, Dr Caillet affirme que l'évaluation gériatrique sert à adapter la thérapeutique et apporter des éléments prédictifs. En effet, elle révèle des vulnérabilités non identifiées qui peuvent limiter ou contre-indiquer le traitement.

L'EGA permet d'adapter la thérapeutique en fonction du pronostic global du patient et pas seulement selon le pronostic du cancer. L'âge chronologique à lui seul n'est pas informatif sur l'espérance de vie à un âge donné (ni sur la capacité du patient à supporter les traitements). La valeur pronostique des paramètres gériatriques est plus puissante que celles des paramètres oncologiques.

L'EGA sert à bien plus que la seule discussion thérapeutique oncologique mais aussi à la mise en œuvre d'interventions adaptées aux problèmes identifiés et une prise en charge globale « Plan personnalisé de soins (PPS) » permettant ainsi d'optimiser le traitement et le devenir du patient.

L'idée principale qu'il soulève : traiter le cancer, c'est bien.

Soigner le patient, c'est mieux !

D'un point de vue oncologique, Dr Metges explique que l'EGA présente de multiples avantages :

  • Une prise en compte de la polypathologie qui permet d'ajuster la thérapeutique ;
  • L'optimisation des soins pour améliorer la qualité de vie ;
  • Limiter les effets secondaires des médicaments ;
  • Prévenir les hospitalisations.

Une approche globale qui ne se limite pas aux aspects physiques mais prend en compte les capacités cognitives, la santé mentale, et le contexte social. Il cite également la prévention de la dépendance grâce à des stratégies pour prévenir ou ralentir la perte d'autonomie, que ce soit par la rééducation fonctionnelle, les thérapies cognitives, ou les conseils pour adapter le cadre de vie.

Concernant les inconvénients : Dr Metges considère que l'EGA aurait un risque de surmédicalisation suites à plusieurs évaluations qui pourraient mener à des traitements excessifs ou inutiles. D'autre part, l'évaluation gériatrique demande un investissement en temps et en ressources, ce qui peut être un problème dans certains systèmes de santé saturés. Le manque de formation spécifique est un autre point à améliorer, cela peut entraîner des erreurs de jugement qui nuisent à la qualité des soins. Les évaluations gériatriques sont parfois basées sur des modèles standardisés, ce qui peut ne pas correspondre à la réalité de chaque patient. Une évaluation trop rigide pourrait omettre des aspects spécifiques de la situation de chaque individu.

En réponse à la question sur « L'évaluation gériatrique doitelle encore servir à adapter la thérapeutique ? », Dr Motges affirme que : « on ne peut pas être contre ! Ensemble on est plus forts ! ».

Dr Nesrine MENTRI
PHc, CH Narbonne

Pour l'association des jeunes gériatres

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