L'arcade de Riolan et les communications intermésentériques

Publié le 17 sept. 2026 à 14:32
Article paru dans la revue « AJCV / Digest’Times » / AJCV - Digest'times N°3

Avant toute chirurgie de résection colique, la question de la suppléance vasculaire du segment colique restant se pose systématiquement. La ligature de l'artère mésentérique inférieure à son origine est considérée comme une impérative carcinologique, impliquant une confirmation anatomique pour assurer une vascularisation adéquate du côlon restant.

C'est dans ce contexte que l'arcade de Riolan a été largement décrite comme une structure anatomique clé, capable d'assurer une connexion entre les systèmes mésentériques supérieur et inférieur, garantissant ainsi la continuité vasculaire entre le côlon droit et gauche.

Cela amène à se poser une question fondamentale : qu'est-ce que vraiment l'arcade de Riolan et existe-t-il d'autres voies de communication intermésentériques ?

Qui est Riolan ?

L'arcade de Riolan et les communications intermésentériques

Jean Riolan le Jeune (1577–1657), surnommé le prince des anatomistes, était un célèbre anatomiste français du XVIIe siècle. Fils de Jean Riolan l'Ancien (1539–1605), il occupa la chaire d'anatomie et de botanique à l'Université de Paris et celle de médecine au Collège royal.

Il est connu pour la dénomination de plusieurs structures anatomiques, notamment le muscle de Riolan et l'arcade de Riolan. Son apport à la littérature médicale est également remarquable à travers plusieurs ouvrages, parmi lesquels Anthropographia (1618), Opuscula Anatomica (1649) et Encheiridium Anatomicum et Pathologicum (1648) (1).

L'étude de l'arcade de Riolan à travers un recul historique révèle une réalité inattendue : Jean Riolan le Jeune n'a jamais décrit spécifiquement la vascularisation du colon dans ses travaux (2). D'après plusieurs revues de la littérature, c'est en réalité Albrecht von Haller qui fut le premier à établir l'existence d'une voie artérielle collatérale entre l'artère mésentérique supérieure (AMS) et l'artère mésentérique inférieure (AMI).

Familiarisé avec l'ensemble des travaux de Riolan, Haller attribua cette anastomose collatérale au célèbre anatomiste français en hommage à son immense contribution à l'anatomie (3).

La littérature sur l'arcade de Riolan demeure peu claire et hétérogène, ce qui donne une définition ambiguë et vague de cette arcade. On sait que l'arcade de Riolan désigne généralement une structure anatomique assurant la communication entre l'artère mésentérique supérieure (AMS) et l'artère mésentérique inférieure (AMI) (4) et ce, même en présence de multiples interprétations et éponymes.

Les communications intermésentériques

Chirurgicalement le colon est divisé en deux segments différents, le côlon droit, irrigué par l'artère mésentérique supérieure (depuis le cæcum jusqu'au deux tiers proximaux du côlon transverse), et le côlon gauche, vascularisé par l'artère mésentérique inférieure (du tiers distal du transverse jusqu'au côlon sigmoïde) (5).

La communication entre ces deux systèmes vasculaires repose sur deux artères principales, constituant les piliers des connexions secondaires ultérieures (figure 02).

L'arcade de Riolan et les communications intermésentériques

Figure N°02 : Anatomie modale de la vascularisation artérielle colique

L'artère colique moyenne (ACM)

• Présente dans 80 à 95 % des cas, elle naît directement de l'AMS au bord inférieur du bloc duodénopancréatique, puis se dirige immédiatement vers le côlon transverse à travers le mésocolon, où elle se divise en deux branches, marquant ainsi la jonction entre le côlon droit et le côlon gauche (5) :

» Une branche droite se dirige vers l'angle colique droit pour s'anastomoser avec la branche ascendante de l'artère colique droite et/ou l'artère iléocolique (si l'artère colique droite est absente).

» Une branche gauche se dirige vers l'angle colique gauche pour s'anastomoser avec la branche ascendante de l'artère colique gauche.

L'artère colique gauche (ACG)

• Considérée comme la seule artère constamment présente pour la vascularisation du côlon gauche, elle peut naître d'un tronc commun avec les artères sigmoïdiennes ou émerger séparément (6). Elle suit un trajet transversal vers la gauche pour se diviser en deux branches :

» Une branche descendante qui s'anastomose avec l'artère sigmoïdienne supérieure.

» Une branche ascendante qui monte jusqu'à l'angle colique gauche en suivant un trajet parallèle à la veine mésentérique inférieure. Elle se divise à l'angle colique gauche en deux branches formant un « V » à sa terminaison :

• La branche médiale rejoint la branche gauche de l'artère colique moyenne.

• La branche latérale rejoint à son tour l'artère sigmoïdienne supérieure.

Bien que la littérature soit riche en éponymes et en dénominations, on peut tout de même distinguer trois ordres de communications inter-mésentériques, surtout au niveau de l'angle colique gauche (7) (tableau 01).

L'arcade de Riolan et les communications intermésentériques

Tableau N°01 : Les types des communications inter mésentériques

Arc artériel de premier ordre : l'artère marginale de Drummond (figure 03)

• C'est l'anastomose paracolique entre les branches coliques de l'AMS et de l'AMI, qui se termine par des branches droites terminales, dites vasa recta, à environ 2,5 cm du bord mésocolique du colon. Elle s'étend du côlon ascendant au côlon pelvien. Elle est présente chez presque tous les individus, mais peut aussi être absente en certains points, créant ainsi des zones vasculaires critiques, notamment au niveau de l'angle colique gauche (point de Griffith), du sigmoïde (point de Südek) et du côlon ascendant (figure 04) (8).

L'arcade de Riolan et les communications intermésentériques

Figure N°03 : Les communications intermésentériques

Arc artériel de deuxième ordre : la bifurcation en "V" de la branche ascendante de l'artère colique gauche (figure 03)

• Elle représente un arc artériel anastomotique efficace, complétant l'artère marginale, surtout en cas d'insuffisance de cette dernière. Elle est présente dans 63 à 100 % des cas (7).

Arc artériel de troisième ordre : le tronc intermésentérique (figure 03)

• Située à la racine du mésocolon, suivant un trajet tortueux, reliant souvent le segment proximal de l'artère colique moyenne à la branche proximale de l'artère colique gauche. Il présente des dispositions anatomique variable (tableau 02) et sa prévalence est faible inférieur à 18 % des cas (9).

L'arcade de Riolan et les communications intermésentériques

Figure N°04 : Les zones de vascularition artérielle critique

L'arcade de Riolan et les communications intermésentériques

Tableau N°02 : Les différentes dispositions anatomiques formant le tronc intermésentérique.

Les interprétations de l'arcade de Riolan (figure 05)

Malgré le fait que Riolan n'ait jamais décrit cette arcade, plusieurs interprétations lui ont été attribuées dans la littérature. Certains auteurs considèrent l'artère marginale et l'arcade de Riolan comme des synonymes (10), tandis que d'autres la définissent comme une partie de l'artère marginale ou même comme le synonyme du tronc intermésentérique (6). Dans d'autres cas, elle est décrite comme une artère supplémentaire provenant de l'AMI ou de l'ACG (artère colique gauche) et rejoignant l'artère marginale de Drummond (AMD) médialement à l'angle colique gauche (4).

Les implications

  • Les arcades anastomotiques entre les deux systèmes mésentériques semblent, même si elles sont sujettes à de nombreuses variations anatomiques, protéger théoriquement le côlon contre les variations du flux et les occlusions athérosclérotiques mésentériques. Cependant, les zones jonctionnelles (angle colique gauche et sigmoïde) sont les plus sensibles à l'ischémie (atteinte de 33 à 87 % en cas d'ischémie colique), tandis que le rectum, qui reçoit une double vascularisation (iliaque et mésentérique), est le plus souvent épargné (11).

  • Théoriquement, la vascularisation du côlon gauche en cas de sténose de l'AMI peut être compensée par un flux antérograde de l'AMS via le tronc intermésentérique et l'arcade marginale, ainsi que par les artères iliaques internes via les artères rectales moyenne et inférieure. Par la suite, un flux rétrograde dans l'artère rectale supérieure peut s'établir grâce à de multiples anastomoses artérielles.

  • En cas de sténose de l'artère mésentérique supérieure, la reprise de la vascularisation du territoire concerné peut être assurée par le tronc coeliaque via les arcades pancréatico-duodénales et les artères jéjunales, ainsi que par l'AMI via un flux rétrograde passant par le tronc intermésentérique et l'artère marginale.

L'arcade de Riolan et les communications intermésentériques

Figure N°05 : Les différentes interprétations de l'arcade de Riolan

  • Dans le rare cas du syndrome de Leriche, où la vascularisation des membres inférieurs dépend de l'AMI en raison d'une occlusion thrombotique de l'aorte abdominale en aval de cette dernière et en l'absence de possibilité de revascularisation préalable, la résection du côlon gauche doit être réalisée avec une extrême prudence, en restant au plus près du tube digestif. Cette approche permet de préserver au mieux le réseau artériel mésentérique inférieur et de minimiser le risque d'ischémie des membres inférieurs (6).

  • La chirurgie oncologique colorectale avec ligature de l'AMI à son origine ne conduit généralement pas à une ischémie du segment colique proximal, à condition que le côlon sigmoïde soit au moins partiellement réséqué et qu'aucune sténose significative de l'AMS ne soit présente (2). Ainsi, dans ce contexte, les chirurgiens sont invités, à respecter les voies de communication intermésentériques, bien que la préservation du tronc intermésentérique est généralement impossible lors de la mobilisation de l'angle colique gauche après la ligature de la veine mésentérique inférieure (7).

Conclusion

La grande confusion dans la littérature concernant l'arcade de Riolan impose une standardization des nomenclatures, tandis que certains auteurs proposent même d'abandonner cet éponyme.

En conclusion, nous retenons une définition plus large et fluide de cette arcade : il s'agit d'une communication artérielle entre les deux systèmes mésentériques, supérieur et inférieur, quelle que soit sa disposition.

Une bonne connaissance de l'anatomie vasculaire du côlon reste la meilleure stratégie pour une chirurgie colorectale sûre et adaptée aux exigences carcinologiques. Face aux variations anatomiques interindividuelles et aux situations exceptionnelles rencontrées chez les patients présentant des lésions athéromateuses, une exploration angiographique préopératoire peut être proposée.

Références

(1) Toklu, E., Nteli Chatzioglou, G., Gayretli, Ö., et al. (2023). La vie du prince des anatomistes Jean Riolan, Jr. (le Jeune) (1577–1657). Child's Nervous System, 39, 2255–2259. https://doi.org/10.1007/s00381-022-05667-5

(2) Lange, J. F., Komen, N., Akkerman, G., Nout, E., Horstmanshoff, H., Schlesinger, F., Bonjer, J., & Kleinrensink, G. J. (2007). Riolan's arch: Confusing, misnomer, and obsolete. A literature survey of the connection(s) between the superior and inferior mesenteric arteries. American Journal of Surgery, 193(6), 742–748. https://doi.org/10.1016/j.amjsurg.2006.10.022

(3) van Gulik, T. M., & Schoots, I. (2005). Anastomosis of Riolan revisited: The meandering mesenteric artery. Archives of Surgery, 140(12), 1225–1229. https://doi.org/10.1001/archsurg.140.12.1225

(4) Kęska, F., Radoń, J., Juszczak, A., Walocha, J., & Pasternak, A. (2024). Arc of Riolan revisited - Proposal of a new classification system. Folia Morphologica, 83(3), 707–715. https://doi.org/10.5603/fm.98013

(5) Cazelles, A., Manceau, G., & Maggiori, L. (2023). Anatomie chirurgicale du côlon. EMC - Techniques chirurgicales - Appareil digestif, 39(4), 1-9 [Article 40-535].

(6) Prevot, F., Sabbagh, C., Mauvais, F., & Regimbeau, J. M. (2016). Colectomy in patients with previous colectomy or occlusive vascular diseases: Pitfalls and precautions. Journal of Visceral Surgery, 153(2), 113- 119. https://doi.org/10.1016/j.jviscsurg.2016.02.002

(7) Bruzzi, M., M'harzi, L., El Batti, S., Ghazaleh, R. A., Taieb, J., Poghosyan, T., Berger, A., Chevallier, J. M., & Douard, R. (2019). Inter-mesenteric connections between the superior and inferior mesenteric arteries for left colonic vascularization: Implications for colorectal surgery. Surgical and Radiologic Anatomy, 41(3), 255–264. https://doi.org/10.1007/s00276-018-2139-5

(8) Mitchell, R. M., Kawzowicz, M., Komosa, A. J., Sherer, Y. M., Łazarz, D. P., Loukas, M., Tubbs, R. S., & Pasternak, A. (2021). The marginal artery of Drummond revisited: A systematic review. Translational Research in Anatomy, 24, 100118. https://doi.org/10.1016/j.tria.2021.100118

(9) Gourley, E. J., & Gering, S. A. (2005). The meandering mesenteric artery: A historic review and surgical implications. Diseases of the Colon and Rectum, 48(5), 996–1000. https://doi.org/10.1007/s10350-004- 0890-7

(10) Douard, R., Chevallier, J. M., Delmas, V., & Cugnenc, P. H. (2006). Clinical interest of digestive arterial trunk anastomoses. Surgical and Radiologic Anatomy, 28(3), 219–227. https://doi.org/10.1007/s00276-006- 0098-8

(11) Nuzzo, A., Huguet, A., Maggiori, L., Ronot, M., Ben Abdallah, I., Castier, Y., et al. (2019). Ischémies coliques. EMC – Gastroentérologie, 14(2), 1-12 [Article 9-073-A-10].

L'arcade de Riolan et les communications intermésentériques

Dr Chahrazed DOUS (*)
[email protected]
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Dr Nadjet GUEZI (*)

Pr Omar BAFDEL (*)

(*) Service de chirurgie
carcinologique, centre de lutte contre
le cancer, CLCC Batna, Algérie

Publié le 1789648331000