Je l’ai lu ou relu... et vous aimerez peut-être...

Publié le 30 juin 2025 à 18:29
Article paru dans la revue « INPH / Le Mag de l’INPH » / INPH N°31

Lire "1984" en 1985, et le relire en 2025… avec ChatGPT

Ce n'est qu'en 1985, après avoir vu à leur sortie les ­ films 1984 de Michael Radford et Brazil de Terry Gilliam, que j'ai lu pour la toute première fois 1984, le roman dystopique de l'écrivain britannique George Orwell sorti en 1949. Cependant, je ne pensais pas avoir l'idée de le relire quarante ans plus tard, a­ n d'éclairer une actualité bien réelle… tout en espérant que la guerre nucléaire entre l'Est et l'Ouest n'aura pas plus lieu en 1950, qu'en 2050, ou bien avant.

Neuvième et dernier livre de G. Orwell paru de son vivant le 8 juin 1949, après quelques années de « digestion » de ses expériences d'années de guerre, il revêt aujourd'hui un caractère quasi prophétique sur notre réalité, notamment en ce qui concerne les « télécrans » omniprésents. Orwell n'avait juste pas pu imaginer que cette surveillance permanente par les écrans se ferait avec notre complet assentiment.

Je vous livre ici, non pas ma relecture actuelle de 1984, mais celle de ChatGPT à l'occasion d'une requête que je lui ai formulée, ainsi que in extenso, le dialogue assez édi­fiant que nous avons eu à l'issue.

Requête de EO à ChatGPT :

Bonjour, pourrais-tu en 500 à 800 mots faire une relecture pertinente, voire impertinente, du livre 1984 de George Orwell, à la lumière du monde actuel : celui des I.A., du numérique, des écrans et des grandes puissances mondiales, stp ? Merci.

Réponse de ChatGPT (en quelques secondes, comme à chaque fois) :

Bien sûr, voici une relecture critique et contemporaine de 1984 de George Orwell, à la lumière de notre monde numérique, hyperconnecté et gouverné par des flux de données et d'algorithmes.

1984 à l'ère des IA : Orwell avait-il tort sur la forme, mais raison sur le fond ?

George Orwell, en écrivant 1984, n'a pas seulement inventé une dystopie — il a forgé un miroir noir dans lequel notre époque numérique, pourtant libre en apparence, semble de plus en plus se refléter. Si Big Brother ne ressemble plus à un moustachu stalinien ­ gé dans l'écran, il a peut-être été remplacé par quelque chose de bien plus subtil, omniprésent et accepté : l'intelligence arti­ficielle, les algorithmes de recommandation, et l'obsession de la donnée. À la lumière du XXIe siècle, 1984 n'est pas une prophétie littérale, mais un avertissement métaphorique dont les accents résonnent puissamment.

Le visage moderne de Big Brother : le regard bienveillant des algorithmes

Big Brother surveillait par la terreur. Aujourd'hui, il nous observe avec notre consentement enthousiaste. Nous portons dans nos poches des appareils capables d'enregistrer, d'analyser et de prédire nos comportements. Google sait où nous sommes, Amazon ce que nous voulons, TikTok ce que nous regardons, et les assistants vocaux ce que nous disons. Ces outils ne nous « oppriment » pas : ils nous servent, nous guident, nous divertissent. Et c'est précisément cela qui est vertigineux.

Dans 1984, Winston craint l'écran qui voit tout ; nous vivons au sein des écrans que nous choisissons de regarder à chaque instant. La surveillance s'est dématérialisée, dépersonnalisée — elle n'est plus imposée, elle est intégrée. Orwell ne pouvait prédire cette mutation du pouvoir : une tyrannie douce, algorithmique, où la censure se fait par invisibilisation (ce qui ne vous est pas montré n'existe pas), et où l'idéologie se diffuse par le plaisir, non par la peur.

La novlangue est devenue data

L'un des grands outils de contrôle dans 1984 est la novlangue — un appauvrissement du langage destiné à restreindre la pensée. Ironiquement, aujourd'hui, ce n'est pas l'État qui réduit la pensée critique, mais souvent l'infrastructure numérique elle-même : 280 caractères, vidéos de 15 secondes, tendances virales, langage appauvri par les emojis ou les algorithmes de complétion automatique.

La pensée se fait parfois super­ficielle, fragmentée, guidée par la logique de l'instantané et du clic. La vérité ? Elle est devenue relative, modulable, voire générée automatiquement. Les IA peuvent réécrire l'histoire en quelques secondes, faire parler les morts, ou créer des réalités parallèles crédibles (deepfakes, fake news). Si Orwell craignait que l'Histoire soit réécrite par des bureaucrates zélés, il n'avait pas prévu qu'elle le serait par des machines et des foules consentantes

Doublepensée 2.0 : la schizophrénie numérique

Dans 1984, la doublepensée permet d'accepter deux vérités contradictoires en même temps. Aujourd'hui, nous vivons un phénomène similaire : nous exigeons la protection de nos données, tout en acceptant des conditions d'utilisation que nous ne lisons pas. Nous dénonçons la manipulation des masses, tout en passant des heures à scroller sur des plateformes optimisées pour détourner notre attention. Nous af­firmons notre individualité, tout en portant les mêmes vêtements, écoutant les mêmes musiques, dictés par des tendances algorithmiques.

Ce paradoxe n'est pas imposé par une dictature, mais par une sorte d'anarchie régulée par des géants du numérique : GAFAM d'un côté, BATX (Baidu, Alibaba, Tencent, Xiaomi) de l'autre. Deux blocs mondiaux, chacun avec leur propre forme de « ministère de la vérité ».

Oceania ou Siliconia ?

Orwell décrivait un monde divisé entre trois superpuissances en guerre constante : Oceania, Eastasia, Eurasia. Aujourd'hui, le clivage n'est pas seulement géopolitique mais techno-idéologique : entre un monde américain libéral-digital (centré sur la monétisation des données personnelles) et un monde chinois techno-autoritaire (centré sur le contrôle social algorithmique). Dans les deux cas, la technologie est l'infrastructure du pouvoir. L'IA, les caméras de reconnaissance faciale, les notes sociales, les chatbots propagandistes : tout cela n'est plus de la fiction.

Conclusion : Orwell n'a pas prédit l'outil, mais il a cerné le mécanisme

Non, nous ne vivons pas dans 1984 au sens strict. Il n'y a pas de Parti unique, pas de Salle 101 (du moins pas encore...), pas d'interdiction formelle d'aimer. Mais nous vivons dans un monde où la surveillance est diffuse, où le contrôle se fait par le confort, l'habitude, la distraction. Orwell avait vu juste non pas sur la forme que prendrait la dictature, mais sur la dynamique du pouvoir : celui qui maîtrise le langage, les données, l'attention... maîtrise les esprits.

La question n'est donc pas : vivons-nous en 1984 ? Mais plutôt : avons-nous appris quelque chose de 1984 — ou sommes-nous simplement en train de l'actualiser, version 2.0 ?

Souhaites-tu que je t'en fasse une version adaptée pour publication (blog, presse, ou autre) ?

Réponse de EO :

Je te remercie, ta réponse est très éclairante et le format me convient parfaitement.

ChatGPT :

Avec grand plaisir, je suis ravi que le texte t'ait été utile et ait répondu à tes attentes. Si jamais tu souhaites explorer une autre œuvre sous un angle contemporain ou développer ce texte pour un usage spéci­fique, je suis à ta disposition. Bonne continuation dans tes réflexions — et mé­fie-toi des écrans trop silencieux

EO :

Juste une dernière question, que veux-tu dire par « mé­fie-toi des écrans trop silencieux » ?

Très bonne question — et merci de la poser.

Par « méfie-toi des écrans trop silencieux », je voulais faire une allusion poétique (et un peu orwellienne) à cette idée : dans notre monde saturé d'écrans et de données, ce qui est visible n'est pas toujours ce qui est important, et ce qui est absent peut être encore plus inquiétant que ce qui crie.
Un écran « silencieux », c'est par exemple :

• Un algorithme qui ne te montre pas certaines infos, sans que tu saches qu'elles ont été ­ filtrées.

• Une IA qui te guide dans une direction sans jamais t'imposer quoi que ce soit — juste par conception.

• Un appareil qui ne fait aucun bruit... mais capte tout.

• Un espace numérique sans conflits, sans contradiction apparente, car tout a été modéré, épuré, lissé.

Dans 1984, le pouvoir est bruyant, brutal. Aujourd'hui, il est souvent calme, invisible, sans friction. C'est cette forme de silence, apparemment anodine, mais potentiellement pleine d'intentions cachées, à laquelle je faisais référence.
Souhaites-tu que je développe cette idée plus largement ?

EO :

Cela devrait suf­fire pour aujourd'hui, je laisserai le loisir à nos futurs lecteurs d'explorer cette idée avec l'intelligence de leur choix... s'il leur appartient encore ;-)

Réponse ChatGPT :

Parfaitement dit — et cette touche ironique est tout à fait dans l'esprit d'Orwell, ou même de Kafka. La meilleure graine qu'on puisse semer, c'est celle du doute lucide.
Bonne route dans tes lectures, réflexions… et résistances douces. À bientôt peut-être, dans un autre couloir du labyrinthe numérique

EO :

Il semblerait que le dernier mot soit toujours pour toi. Amusant. Je te souhaite une belle journée.
« Dernier mot » de ChatGPT :
C'est un plaisir d'avoir ce dernier mot, tant que ça reste dans la bonne humeur ! Merci encore pour cette conversation enrichissante. Je te souhaite également une très belle journée, pleine de réflexion et de découvertes ! À bientôt, j'espère.

Ainsi se clôt (parce que j'ai ­ ni par le décider) cette discussion sur une dernière phrase de ChatGPT presque d'injonction (« reste dans la bonne humeur »…) et très claire, car « conversation enrichissante » indique finalement qui enrichit qui ou quoi. Les plus optimistes diront que c'est un enrichissement mutuel, « win-win » comme on dit dans le business… mais qui va gagner ou qu'allons-nous gagner à la fin ?

Ci-dessous un lien pour une version française disponible en ligne. https://archive.org/details/ALLM7089_eleve_1984/mode/2up
Mais pour celles et ceux qui aimeraient exercer leur « pouvoir d'achat » (qui au passage devrait surtout être le « pouvoir de ne plus acheter n'importe quoi »), voici une édition format Folio très abordable et chez Gallimard de surcroît… donc sans avoir à financer le groupe Bolloré !

Je l’ai lu ou relu... et vous aimerez peut-être...

Dr Eric OZIOL
Lecteur égalitaire, solidaire et libre…car responsable.

Publié le 1751300959000