
Exploring positive and negative body image and health-related quality of life in women with endometriosis : a latent profile analysis
Sara IANNATTONE, Human Reproduction, Juin 2025
L'endométriose est une maladie chronique caractérisée par la présence de tissu endométrial ectopique. Elle concerne environ 10 % des femmes en âge de procréer. Les symptômes sont nombreux et peuvent altérer la qualité de vie des femmes tant sur le plan physique que psychologique. Les traitements communément utilisés dans l'endométriose peuvent occasionner des effets indésirables. Tous ces aspects de la maladie et de sa prise en charge peuvent influencer la manière dont la femme atteinte d'endométriose perçoit son corps. Ainsi, de nombreuses patientes décrivent leur corps comme étant « défectueux » ou « endommagé ». Une perception négative du corps dans l'endométriose a été identifiée dans certaines études comme significativement corrélée à une qualité de vie diminuée, ainsi qu'à des douleurs accrues. À l'inverse, une perception positive du corps a été associée à une diminution des douleurs d'endométriose, montrant ainsi un potentiel rôle protecteur de cette perception positive sur la qualité de vie. La plupart des études sur le sujet ont été discriminantes en se focalisant soit sur une perception négative du corps, soit sur une perception positive. Lorsqu'elles se concentrent sur une perception positive, elles incluent rarement des outils permettant de mesurer cette perception et sa relation avec la qualité de vie. L'étude présentée ici s'est intéressée à la perception du corps dans sa globalité chez les femmes atteintes d'endométriose. Son objectif était d'identifier des types de perceptions corporelles pertinentes à la fois positives et négatives, et de montrer l'impact qu'elles peuvent avoir sur la qualité de vie et les symptômes d'endométriose.
Matériel et méthodes
270 femmes italiennes déclarant avoir reçu un diagnostic d'endométriose ont été incluses dans l'étude. Elles ont été recrutées via les réseaux sociaux (Facebook ou Instagram) d'organisation spécialisées dans l'endométriose entre mars et septembre 2023. Ont été incluses dans l'étude des femmes de plus de 18 ans ayant eu soit un diagnostic clinique d'endométriose (étayé par des examens d'imagerie) soit un diagnostic chirurgical. Ont été exclues les patientes qui présentaient une pathologie chronique autre. Les patientes ont rempli un questionnaire socio-démographique, médical (antécédents médicaux, nombre et type de traitements, présence ou non de symptômes de l'endométriose : dysménorrhée, dyspareunie, dyschésie, douleurs pelviennes) ainsi qu'une auto-évaluation de leur image corporelle, et de leur qualité de vie liée à la santé.
Concernant l'image corporelle positive, 2 échelles ont été utilisées : The Functionality Appreciation Scale (FAS) et the Body Appreciation Scale (BAS-2), mesurant l'acceptation de son corps par la patiente, le respect et les soins qu'elle lui accorde, et sa capacité à se protéger contre les normes de beauté.
Concernant l'image corporelle négative, une échelle (BIS) a été utilisée afin d'évaluer la détresse liée à ce type d'image corporelle. Développée initialement pour des populations oncologiques, elle a ensuite été largement mise en oeuvre dans les maladies chroniques.
L'évaluation de la qualité de vie liée à l'endométriose aussi appelée “satisfaction corporelle”, a été mesurée par l'échelle EHP-30. Cette échelle contenait des items sur la douleur, la notion d'autonomie, le bien-être émotionnel, le soutien social, l'image de soi, la vie professionnelle, les relations avec les enfants, les professions médicales, le traitement, l'infertilité.
L'article présente une analyse de profils latents (LPA), les auteurs utilisent une méthode statistique permettant d'identifier des sous-groupes homogènes au sein d'une population hétérogène.
Résultats de l'étude
Les différentes échelles utilisées ont permis de mettre 3 profils en évidence :
- Profil 1 : « faible appréciation de son image corporelle et une forte insatisfaction corporelle », profil contenant la plus grande proportion de participantes (47.8 %).
- Profil 2 : « forte appréciation de son image corporelle et une faible insatisfaction corporelle » (17 %), profil contenant la plus faible proportion de participantes.
- Profil 3 : « appréciation modérée de son image corporelle et insatisfaction modérée à l'égard du corps » (35.2 %).
L'étude ne montre pas d'association statistiquement significative entre l'appartenance à un profil et le type de diagnostic spécifique de l'endométriose, le traitement de l'endométriose, la présence de symptômes non douloureux.
Les patientes ayant le profil 1 « faible appréciation de son image corporelle et forte insatisfaction corporelle » étaient les plus susceptibles de ressentir des symptômes douloureux et/ou non spécifiques (tels que la prise de poids, la baisse de libido, les ballonnements, les céphalées) que celles ayant les autres profils.
Concernant la qualité de vie, l'étude montre que les patientes ayant le profil 1 « faible appréciation de son image corporelle et forte insatisfaction corporelle » avait une qualité de vie plus altérée selon l'EHP-30 et un nombre moyen plus élevé de symptômes liées à l'endométriose par rapport à celles des deux autres profils. À l'inverse, les patientes ayant le profil 2 « forte appréciation de son image corporelle et faible insatisfaction corporelle » avaient une qualité de vie moins altérée selon l'EHP-30, et un nombre moyen plus bas de symptômes liés à l'endométriose comparé aux autres profils.
Il n'existait pas de différence statistiquement significative sur l'échelle EHP 30 entre les femmes ayant le profil 2 « forte appréciation de son image corporelle et faible insatisfaction corporelle » et le profil 3 « appréciation modérée de son image corporelle et insatisfaction modérée à l'égard du corps ». Il n'existe pas non plus de différence statistiquement significative entre les profils en ce qui concerne le nombre de mois écoulés depuis le diagnostic.
Discussion
Cette étude est la première à documenter la coexistence d'une image corporelle positive et négative au sein d'un échantillon de femmes atteintes d'endométriose.
Il est plausible qu'une image corporelle négative puisse être un facteur de risque d'une qualité de vie altérée avec une perception accrue des symptômes d'endométriose. Une image corporelle positive pourrait agir comme un facteur protecteur.
Il semble à l'inverse que l'impact de la douleur physique sur la qualité de vie pourrait jouer un rôle significatif dans la formation d'une image corporelle négative. Les futures recherches devraient explorer les interactions entre image corporelle, qualité de vie liée à la santé et bien-être physique chez les femmes atteintes d'endométriose afin de clarifier la manière dont ces facteurs interagissent.
Il est possible que même des niveaux modérés d'image corporelle puissent offrir une protection contre les effets négatifs des douleurs d'endométriose sur la qualité de vie.
Il semble que les profils d'image corporelle identifiés soit plutôt liés à des facteurs psychologiques, sociaux ou contextuels plus larges. Des recherches supplémentaires sont nécessaires pour déterminer ces facteurs.
Concernant les futures études, réaliser une étude longitudinale permettrait de mieux comprendre le développement et la progression de l'image corporelle ainsi que ses conséquences. Constituer un groupe témoin ne souffrant pas d'endométriose permettrait de savoir si les profils identifiés sont spécifiques aux femmes atteintes d'endométriose ou s'ils reflètent des tendances plus générales. Inclure des femmes issues de milieux sociaux, culturels divers permettrait une généralisation des profils identifiés dans différents pays et cultures. Inclure des personnes recrutées dans un éventail de contextes plus large améliorerait la représentativité de l'échantillon. En effet, la méthode de recrutement utilisée dans l'étude a pu conduire à un échantillon biaisé en faveur des personnes les plus gravement touchées ou préoccupées par leur état. Enfin, il serait souhaitable d'avoir des données provenant de plusieurs sources (entretiens semi-structurés, groupe de discussion) : le recours exclusif aux questionnaires d'auto-évaluation est sujet à un biais de mémorisation.
Conclusion
L'étude révèle trois profils d'image corporelle chez les femmes atteintes d'endométriose, montrant que cette dimension est bien plus complexe qu'une simple opposition entre image positive et négative. Comprendre ces différents aspects est essentiel pour saisir son impact sur la qualité de vie.
La mise en évidence d'un lien entre les profils d'image corporelle et la qualité de vie chez les femmes atteintes d'endométriose pourrait aider à mettre au point des interventions psychologiques adaptées en fonction du profil identifié. Des approches thérapeutiques qui encouragent une image corporelle plus positive et une meilleure valorisation du corps pourraient aider à atténuer les symptômes de l'endométriose et à renforcer la qualité de vie.

Diane DUPUIS
Interne en 2ème semestre
Gynécologie médicale
Paris

Dr Justine HUGON-RODIN
Hôpital Paris Saint-Joseph
Également relu par le
Dr Leslie CHELON
Gynécologue médicale à l'hôpital
Paris Saint-Joseph
Mme Frédérique PERROTTE
Sage-femme de la filière Endométriose
EndoSud IDF

