
Il y avait quoi avant ?
Avant le 2 septembre 2015, la formation en masso-kinésithérapie était régie par le référentiel de 1989. La formation se déroulaitsur3 années, avec des connaissances évaluées en modules composés de beaucoup de cours souvent mai organisés.
Le contenu pédagogique était sensiblement le même que l’actuel mais avec une approche pédagogique très différente. Cette dernière était bien plus proche de la notion de compagnonnage que de la pédagogie employée à l'université qui vise à l'autonomisation des étudiants et leur implication dans leur formation, notamment par l'utilisation du temps de travail personnel.
Le diplôme délivré à la fin de la formation était un diplôme d'état seul, considéré comme étant bac+2 et dans certains cas assez rare, comme bac+3. En outre, il n'avait pas de reconnaissance européenne. La poursuite d'études après ce DE (diplôme d'état) était difficile.
Les voies d'entrée en formation étaient diverses : PACES, L1 STAPS, concours interne à certains instituts et le concours PCB (Physique-Chimie-Biologie) qui portait sur un programme avancé de 1ère et Terminale S.
Les étapes de la mise en place de la réforme
Depuis la naissance même de la FNEK en 2002 (qui a fait suite à la FNEKE), les étudiants kinés se sont battus pour une revalorisation de leurs études et une intégration à l'Université. Des manifestations, des contributions, des négociations avec le gouvernement, de la sensibilisation, de la réflexion, des échanges avec les différentes instances de la profession, ont mené à la réforme de 2015.
QU'EST CE QU'ON A OBTENU ?
Un des grands changements de cette réforme est le passage de la durée de notre formation de (1)+3 ans à 1+4 ans. Suite à quoi nous avons, entre autres, obtenu la reconnaissance bac + 5 par la fonction hospitalière.
Cette augmentation du nombre d'années de formation n'a pas eu pour seul objectif cette reconnaissance ni une " dilution" du contenu de l'ancien programme. En effet, c'est toute la pédagogie de la maquette de formation qui a été revue. Là où l'ancien programme ressemblait à un compagnonnage avec une transmission en générale unilatérale; le nouveau programme s'oriente vers une autonomisation et une professionnalisation de l'étudiant au travers de l'utilisation du temps de travail personnel et un contenu pédagogique plus axé sur le raisonnement clinique.
Cette réforme a été conçue dans l'objectif d'intégrer notre formation à l'Université. Cette intégration nous permettrait, entre autres choses, l'accès aux différents services universitaires.
Notre enseignement est maintenant organisé sous la forme d'UE (Unités d'Enseignement) dont la validation permet l'acquisition d'ECTS (European Crédits Transfer System).
Ces crédits sont reconnus au niveau européen et permettent d'avoir un diplôme reconnu dans les différents pays signataires des accords de Bologne*.
Ces ECTS faciliteront aussi la poursuite d'études après le diplôme avec la reconnaissance par l'Université. En effet, poursuivre les études à l'Université, comme par exemple réaliser un master, voire un doctorat, nécessite que le diplôme possédé à la base soit reconnu par l'Université.
Un autre des changements est la voie d'entrée en formation. Elle est universitaire. En effet, un étudiant peut accéder à un IFMK à la suite d'une PACES (Première Année Communes aux Études de Santé) ou d'une L1 STAPS ou encore d'une L1 dans le domaine sciences, technologie, santé. Cette uniformisation du statut de la voie d'entrée, nous permet de réellement inclure la première année de sélection comme partie intégrante de notre formation.
Une nouvelle notion a été ajoutée officiellement aux textes, c'est l'initiation à la recherche. En effet, un des objectifs de cette réingénierie est l'ouverture à la recherche et de permettre la poursuite d'étude après le diplôme dans le domaine de la recherche.
Une autre nouveauté de la réforme est le clinicat. C'est un stage de 3 mois préprofessionnalisant qui est un projet construit par l'étudiant en rapport avec son projet professionnel. Ce stage se distingue des autres stages plus "classiques" au delà de la simple durée. En effet, dans le référentiel de la formation, ses objectifs sont clairement définis et le plus grand enjeux est donc la professionnalisation du futur praticien. Pour cela, il faut que tous les acteurs de ce clinicat en prennent conscience : l'étudiant, le tuteur et l'institut.
Cependant, même si la réforme nous a permis d'obtenir beaucoup de choses, elle est loin d'être achevée.
« Les ECTS [...] sont reconnus au niveau européen et permettent d'avoir un diplôme reconnu dans les différents pays »
* "L'objectifprincipal de l ’a ccord de Bologne est de créer un espace européen de l'enseignem ent supérieur. H renforce la m obilité des étudiants et des chercheurs, augmente I'attractivité des études en Europe et facilite la reconnaissance des diplômes.
LES ENJEUX ET PERSPECTIVES D’AVENIR
A court terme
A court terme, le principal "obstacle" qui apparaît, c'est la mauvaise connaissance des objectifs et des principes de la réforme par nous, les étudiants, mais aussi par les formateurs, parfois par les équipes pédagogiques et surtout les tuteurs de stage et les professionnels.
Cela entraîne une mauvaise adaptation de l'enseignement ou une incompréhension des tuteurs de stage sur les connaissances que nous avons.
Comme énoncé précédemment, la réforme a permis l'ouverture à la recherche. Elle laisse aussi plus de place à l'EBP (Evidence Based Practice). Cette réforme a pour objectif une élévation du niveau de connaissance et de preuve de notre profession. En effet, en développant la recherche en kinésithérapie, nous serons en mesure de prouver les techniques que nous utilisons, ainsi la prise en charge des patients sera plus efficace et mieux adaptée, et la profession sera mieux reconnue.
Une problématique qui commence à apparaître est le maillage territorial avec des instituts excentrés par rapport aux Universités. Même si théoriquement les étudiants des instituts ont accès aux services de l'Université grâce aux conventions entre l'institut et l'Université, ils se retrouvent, bien trop souvent, trop éloignés pour réellement en bénéficier. Il sera indispensable de trouver des solutions à cet éloignement afin de permettre aux étudiants en kinésithérapie de pouvoir bénéficier pleinement des services qui doivent leur être accessibles avec l'entrée à l'Université.
Dans les perspectives d'avenir, on pourra notamment voir se développer les mutualisations de cours avec d'autres formations en santé, une évolution de nos intervenants et formateurs, de nouvelles innovations pédagogiques ou encore un développement de la pédagogie inversée.
Nos études sont en train de changer et nous en sommes les principaux acteurs !
A long terme
A long terme, l'objectif de cette réforme serait l'intégration pleine et entière de la formation à l'Université avec tous les avantages que cela implique, comme par exemple des frais de scolarité universitaires, un accès aux bibliothèques et aux bases de données universitaires ou encore les services du CROUS.
A très, très long terme, l'un des objectifs majeurs serait de passer sur un système LMD (License Master Doctorat) et de devenir une véritable filière de l'Université. Ceci nous permettra également d'accéder plus facilement à la recherche universitaire pleine et entière.
Même si la réforme a été actée, il reste encore du travail à accomplir avant qu'elle ne soit réellement appliquée efficacement et comprise par l'ensemble des acteurs de notre formation.
Article paru dans la revue “Le Journal des Étudiants Kinés” / BDK n°46

