AMP - Suivi sur dix ans des issues reproductives chez les femmes tentant une maternité après une congélation ovocytaire élective

Publié le 28 nov. 2025 à 13:53
Article paru dans la revue « AIGM / Gynéco Med » / AIGM Gynéco'Med N°5

A 10-year follow-up of reproductive outcomes in women attempting motherhood after elective oocyte cryopreservation

S. Loreti
Human Reproduction, publiée le 1er février 2024

Face au report croissant de la maternité dans les pays à revenu élevé, la cryopréservation ovocytaire élective (EOC, pour “elective oocyte cryopreservation”) est de plus en plus réalisée chez les femmes souhaitant préserver leur fertilité. Des études ont décrit que la plupart des femmes ayant bénéficié d'une EOC réutilisent peu leurs ovocytes congelés, pour un taux de naissance après réchauffement ovocytaire de 2 % à 12 % pour celles âgées de moins de 38 ans¹, ².

Néanmoins, les études disponibles restent limitées par leur échantillon et/ou par leur suivi court³, ⁴. Par ailleurs, un grand nombre des patientes ayant eu une EOC optent pour d'autres alternatives thérapeutiques de PMA pour un projet de grossesse ultérieur sans recourir aux ovocytes congelés. Or le profil de ces patientes est peu étudié dans la littérature. La question de la légitimité de l'EOC à but sociétal se pose.

L'objectif de cette étude était d'analyser, sur une large cohorte avec un recul important, les données reproductives des femmes ayant fait une préservation de fertilité et revenant pour un désir de maternité. Elle vise à fournir des données utiles pour guider le clinicien sur la stratégie thérapeutique la plus adaptée au profil de chaque patiente.

Méthodes

Il s'agit d'une étude observationnelle rétrospective monocentrique décrivant les femmes âgées de 18 à 40 ans, ayant eu recours à l'EOC pour raison sociétale seule, de 2009 à 2019 dans la clinique Brussels IVF. Les patientes revenues à la clinique avec un projet parental avant mai 2022 (soit 3 à 13 ans après la congélation), ont été incluses dans l'analyse des résultats.

Le critère principal de l'étude était le taux de naissance vivante (TNV) par patiente après traitement de fertilité chez ces femmes.

Les critères secondaires de l'étude étaient : le taux de retour à la clinique de fertilité ; le taux d'utilisation des ovocytes qui avaient été cryopréservés ; ainsi que les résultats des données biologiques.

Une analyse de régression multivariée a également été réalisée afin d'identifier les facteurs associés à la décision de décongeler les ovocytes lors du retour à la clinique.

Résultats

L'EOC a été réalisée chez 843 femmes, à un âge moyen de 36,5 ans, avec un taux d'AMH moyen de 2,3. Au total, 5 à 23 ovocytes matures ont été conservés par patiente avec 1,6 cycle par femme, dont pour 85.3 % issus d'un protocole antagoniste.

Parmi ces femmes, 231 sont revenues en consultation pour un projet parental après en moyenne 3,3 ans, à un âge entre 37 et 43 ans avec un taux d'AMH moyen de 1,5 ng/ml.

Le taux de réutilisation des ovocytes préservés sur la population totale était de 16,7 % (141/843).

Le taux de survie ovocytaire après réchauffement était de 82,6 %. En moyenne, 1 à 2 embryons ont été transférés par cycle de PMA avec un TNV par transfert de 17.3 % (IC 95 % : 14,1–20,8).

La technique de PMA décidée en première intention a été pour 47,6 % (110/231) des femmes un réchauffement ovocytaire, pour 30,7 % une FIV avec ovocytes frais, et pour 21,6 % une IIU.

Au cours de leur parcours, 39 % ont bénéficié exclusivement d'un réchauffement ovocytaire (groupe WOO pour Warm Oocytes Only, n=90), 22,5 % d'entre elles uniquement d'un recours aux ovocytes frais (groupe FOO pour Fresh Oocytes Only, n=52), tandis que le reste a combiné les deux approches.

Au moment de l'EOC, les femmes dans le groupe WOO avaient entre 35 et 39 ans et une AMH moyenne de 3.0 ± 2.5 ng/ml ; les femmes dans le groupe FOO avaient entre 33 ans et demi et 39 ans et demi.

Lors du retour à la clinique, les femmes dans le groupe WOO avaient entre 38 ans et demi et 44 ans et demi, et celles du groupe FOO entre 36 et 42 ans. Les femmes dans le groupe FOO présentaient un nombre de 2 à 12 ovocytes vitrifiés par femme et un taux moyen d'AMH entre 0 et 3 ng/ml.

L'analyse descriptive des deux groupes WOO et FOO a présenté un TNV similaire (respectivement 23.7 % vs 26.9 %) avec un taux de fausse-couche précoce également similaire (25 % vs 29,3 %).

À noter, lors de la vitrification, 20,6 % des femmes avaient un partenaire. Parmi les femmes retournant à la clinique, 68.3 % étaient en couple et n'ont pas réussi à concevoir naturellement, 29,4 % étaient célibataires et 2,2 % avaient un partenaire de même sexe. Dans le groupe WOO, 19 % des femmes avaient un partenaire contre 40 % des femmes dans le groupe FOO au retour à la clinique.

Enfin, l'analyse multivariée a montré que le nombre total d'ovocytes vitrifiés (OR 1,10 au seuil de significativité ; IC 1,00– 1,20 ; p = 0,004) et l'intervalle de temps entre l'EOC et le retour à la clinique (OR 1,05 ; IC 1,02–1,09 ; p = 0,04) étaient associés à la décision de décongeler les ovocytes plutôt qu'à un recours à des ovocytes frais.

Conclusion

Dans cette cohorte de 142 patientes, issue de 231 femmes revenues après EOC, le TNV entre les femmes ayant opté pour un réchauffement ovocytaire seul, et celles ayant opté pour l'utilisation exclusive de leurs ovocytes frais semblait similaire, sachant qu'il s'agit d'une étude purement descriptive.

De plus, près d'un quart (27.4 %) des patientes ayant réalisé une EOC sont revenues avec un désir de grossesse, mais seulement 16,7 % ont utilisé leurs ovocytes congelés, ce qui confirme les données des études antérieures⁵. Ainsi cela soulève la question du coût-efficacité de l'autoconservation sociétale.

Cependant, le caractère rétrospectif monocentrique, et surtout descriptif de l'étude limitent la généralisation des résultats. Les biais de sélection liés à l'âge des patientes ainsi que les données manquantes des patientes suivies hors centre, sont également à prendre en compte.

Références

1. Practice Committees of American Society for Reproductive Medicine, Society for Assisted Reproductive Technology. Mature oocyte cryopreservation: a guideline. Fertil Steril. 2013;99:37–43.

2. Loreti S, Darici E, Nekkebroeck J, Drakopoulos P, Van Landuyt L, De Munck N, Tournaye H, De Vos M. A 10-year follow-up of reproductive outcomes in women attempting motherhood after elective oocyte cryopreservation. Hum Reprod. 2024;39(2):355–363. doi:10.1093/humrep/dead267.

3. Cobo A, García-Velasco J, Domingo J, Pellicer A, Remohí J. Elective and onco-fertility preservation: factors related to IVF outcomes. Hum Reprod. 2018;33:

4. Kasaven LS et al. Reproductive outcomes from ten years of elective oocyte cryopreservation in the UK: study of 373 women. 2022.

5. Hodes-Wertz B, Druckenmiller S, Smith M, Noyes N. What do reproductive-age women who undergo oocyte cryopreservation think about the process as a means to preserve fertility? Fertil Steril. 2013;100:1343–1349.

AMP - Suivi sur dix ans des issues reproductives chez les femmes tentant une maternité après une congélation ovocytaire élective

Manon DUCLOS
Interne en 4ème semestre
Gynécologie médicale
Paris

AMP - Suivi sur dix ans des issues reproductives chez les femmes tentant une maternité après une congélation ovocytaire élective

Dr Mika MANIVET
Assistante en gynécologie
médicale, service d'AMP
Centre hospitalier Delafontaine

Publié le 1764334383000